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11H21 - mercredi 8 juillet 2015

Le rendez-vous politique : Hervé Morin, le référendum grec n’est qu’une étape de plus dans la fuite en avant de Tsipras

mercredi 8 juillet 2015 - 11H21

 

Ancien ministre de la défense, actuel député de la troisième circonscription de l’Eure, candidat de la droite et du centre à la présidence de la nouvelle Région Normandie, Hervé Morin a accepté de répondre aux questions d’Opinion Internationale. Entretien.

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Crédit : David Roosens

 

Ne craignez-vous pas que la crise de l’euro qui secoue la Grèce ne menace le projet démocratique européen dans son ensemble ?

Le référendum grec de dimanche est une fuite en avant. Ce vote certes démocratique n’exonère pas les Grecs de leurs responsabilités. Ce n’est pas qu’une question de règle et de respect d’un traité. Il s’agit d’être responsable, et la responsabilité c’est de créer un écosystème en Grèce qui soit compatible avec l’euro. Or ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Il y a en effet une telle divergence de compétitivité entre la Grèce et les pays du Nord de l’Europe qu’il n’y a pas de chemin pour la Grèce dans la zone euro si les réformes structurelles de la Grèce soutenues par les Européens ne lui permettent pas d’être dans une zone de monnaie forte (puisque dévaluation et inflation ne sont plus possibles). Si le peuple grec trouve cela insupportable – et c’est son droit -, il faut savoir en tirer les conséquences et quitter la zone euro.  

Mieux vaut ce scénario plutôt que de continuer à faire croire qu’un compromis bancal est possible. Evitons à nouveau de reculer pour mieux sauter. Arrêtons de faire l’autruche…

 

C’est ce que fait François Hollande actuellement ?

 C’est l’apparence qu’il donne alors que, si les Grecs refusent de suivre le chemin de l’effort et persévèrent dans les politiques de Monsieur Tsipras qui les mèneront au fond du trou, il faut au plus vite en tirer clairement les conséquences. Doit-on rappeler que les gouvernements successifs de toutes couleurs politiques en Grèce ont pris des engagements qui n’ont pas été tenus ? Le dossier grec traîne depuis trop longtemps.

 

Les négociations sur le nucléaire iranien tardent à aboutir et on se dirige vers une énième report des discussions. Au fond, est ce que vous souhaitez un accord avec l’Iran sur le nucléaire ?

Oui, dès lors que c’est un accord qui ne soit pas un acte de faiblesse. Si l’accord consiste à fermer les yeux sur le développement d’un programme nucléaire qui peut avoir des prolongements militaires, alors je n’y suis pas favorable. Un tel accord doit fixer les conditions pour que l’Iran puisse bénéficier du nucléaire civil, tout en faisant preuve de totale transparence pour lever les doutes sur d’éventuelles finalités militaires. Les garanties de paix et de sécurité doivent être au cœur d’un tel accord.

 

La politique de la France est-elle équilibrée entre les différentes puissances régionales ? D’aucuns trouvent la France trop proche de l’Arabie Saoudite ?

Compte tenu de la politique américaine au Moyen Orient, la France retrouve de l’espace dans les pays arabes. Elle en profite et c’est très bien.

 

Reprendriez-vous à votre compte les termes du premier ministre français qui parle d’une « guerre de civilisation » contre la barbarie ?

Non, car nous ne sommes pas en guerre contre les autres. Il y a des terroristes qui mènent une guerre contre la civilisation mais nous ne sommes en guerre contre personne. Je ne supporte pas l’idée qu’on puisse remettre en cause le contrat social qui fonde notre société mais je respecte l’autre tant qu’il respecte mon contrat social.

 

Avec l’adoption de la loi sur le renseignement, la France est-elle dotée de moyens légaux suffisants pour prévenir les actes terroristes sur son sol ?

Que proposez-vous de plus ? Certes, je suis pour des mesures complémentaires telles que la déchéance de nationalité pour les binationaux, des mesures très strictes de contrôle des djihadistes qui rentrent en France, voire leur imposer un bracelet électronique. Mais peut-on mettre un policier derrière chaque Français ?

Nous disposons des moyens de renseignement et la vraie question demeure dans la rigueur du traitement de l’information collectée et son suivi dans le temps. C’est là l’enjeu.

 

La présente question est indépendante des points qui précèdent. Ce n’est pas la tradition française mais aux Etats-Unis par exemple, le président américain souhaite ses meilleurs vœux aux chrétiens à Noël, aux juifs à Kippour, aux iraniens à Norouz [Nouvel An persans] et aux musulmans lors de Ramadan. Nous sommes en période de Ramadan. Quel message-adressez-vous aux musulmans de France ? 



Je suis convaincu que l’immense majorité des musulmans de France sont heureux de vivre en France et sont attachés aux valeurs de la République. J’ai confiance en eux. Je leur dis : affirmez-le tous les jours, dites-le, criez-le ! C’est comme cela que nous éviterons tout amalgame avec les djihadistes. 


 

Vous êtes candidat à la présidence de la nouvelle région Normandie. Quelles seront les lignes directrices de votre gouvernance de la Normandie réunifiée si vous êtes élu ?

Premièrement, ce sera une gouvernance où nous ferons des économies de fonctionnement en réorganisant les structures. Si l’on se compare à la Bretagne ou aux Pays de la Loire, on constate que la division de la Normandie a créé une surcharge administrative importante. On a donc des marges de manœuvre qui permettront de dégager de l’argent pour le rendre aux Normands ou procéder à des investissements dont nous avons besoin. 


Deuxièmement, on doit avoir une région équilibrée. Si l’une des villes phare est perdante dans l’histoire, alors l’unification qui pourrait être un formidable élan sera un échec : entre Caen et Rouen, l’une aura la préfecture de région et l’autre le conseil régional. Et avec Le Havre, les trois villes formeront la grande métropole normande.

Il faudra aussi répartir les administrations par pôles de compétences entre les trois villes avec un réseau ferroviaire efficace et rapide et des salles de visioconférence permettant aux administrations de ne pas avoir à se déplacer pour toute une série de réunions.

HM Bouleville-8084

Crédit : David Roosens

 



Si vous êtes élu, vous serez le premier président de la Normandie. Quelles sont les valeurs de la Normandie ?

Il faut faire renaître l’identité normande pour qu’elle soit une force. Il faut être fier d’être Normand comme les Bretons savent se valoriser. Je veux créer la marque « Normandie ». Nous avons un imaginaire exceptionnel, et il faut en profiter pour notre économie, notre tourisme, notre POLITIQUE culturelle. Les Normands sont des gens courageux, plus travailleurs que la moyenne, n’aimant pas l’esbroufe, attentifs à l’idée de responsabilité et soucieux d’égalité. Etre Normand, au fond, c’est être Français.

 

Si vous êtes le prochain président de la région Normandie, serez-vous candidat aux primaires de la droite en vue des Présidentielles de 2017. Vous serez donc un président à temps plein ?

J’ai d’ores et déjà indiqué que, une fois élu, j’abandonnerai mon mandat parlementaire et que je ne serai pas candidat aux présidentielles de 2017.

Gouverner la Normandie supposera de reconstruire une gouvernance, de mener des politiques nouvelles en rupture avec la simple accumulation des politiques de la Haute et de la Basse-Normandie. C’est une nouvelle page qu’il nous faudra écrire. Ce sera un métier à temps plein et je le ferai avec enthousiasme.

 

 

Propos recueillis par Jean Darrason et Michel Taube