Amériques Latines
10H27 - mardi 30 juin 2015

Le Brésil, poids lourd contrarié des relations internationales

mardi 30 juin 2015 - 10H27

 

Des BRICS à la scène diplomatique internationale, – et après des années Lula très actives en dialogues inter-étatiques -, le Brésil est gagné par une tentation de repli, due largement à ses problèmes internes.

 

Le Brésil, actuellement en décroissance et en crise économique, compte sur sa participation au sein du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui des pays émergents dont le poids augmente dans l’économie mondiale, pour améliorer sa situation économique. 

Cependant, s’il tente de se faire plus prégnant sur la scène internationale via cette association, la position du Brésil est parfois ambiguë car elle reste souvent en retrait des grandes affaires internationales, après une période de diplomatie active sous la présidence de Lula.

La visite officielle, fin mai au Brésil, du premier ministre chinois, Li Keqiang, a mis en exergue la présence de plus en plus marquée de la Chine en Amérique latine mais aussi une certaine dépendance économique du Brésil à l’égard des autres pays des BRICS. D’autant plus que sa situation économique n’est pas au beau fixe… « Cette année, le taux de croissance brésilien est inférieur à zéro et ces trois dernières années, il a été inférieur à ceux de la France et de l’Allemagne », affirme Yves Saint-Geours, directeur général de l’administration au ministère des affaires étrangères depuis août 2012, et ancien ambassadeur de France au Brésil (2009/2012), en marge d’une conférence sur les BRICS, organisée par Open Diplomacy le 8 juin dernier. 

 

La Chine et la Russie se tournent vers le Brésil pour investir

Le Brésil attend donc beaucoup de son implication dans les BRICS, notamment de la Russie et de la Chine, qui vont s’implanter dans le pays, via des investissements et des projets. La Chine prévoit ainsi un grand projet de développement des infrastructures brésiliennes. « Il y a de vrais problèmes dans ce domaine au Brésil, le pays en manque drastiquement, le réseau routier et ferroviaire n’est pas très développé », poursuit le diplomate. 

Parmi les projets portés par cette dernière dans le pays, figure le grand couloir ferroviaire qui relierait les océans Atlantique et Pacifique, traverserait le Brésil, puis la cordillère des Andes pour s’achever au Pérou. Objectif ? Permettre de faciliter l’exportation de produits brésiliens vers la Chine et développer les réseaux de transports en Amérique du sud. 

La Russie, quant à elle, lorgne aussi sur les terres brésiliennes pour leurs ressources énergétiques, comme le pétrole. La société russe Rosneft a fait l’acquisition, mi-mai, du grand gisement d’hydrocarbures de Solimoes dans le nord du pays, pour un montant estimé à 55 millions de dollars. Le Brésil, aux prises avec le scandale de corruption Petrobras, avec des milliards d’euros détournés au profit d’hommes d’affaires et de politiques (2 milliards de dollars depuis 2004)  et des dizaines de milliers d’emplois sacrifiés, n’est pas tellement en mesure de refuser. 

 

Un gros récepteur d’IDE

Pour autant, on ne peut pas en conclure que le salut du Brésil réside seulement dans les BRICS puisque le pays peut aussi compter sur les IDE (investissement directs à l’étranger) de la part d’autres pays du monde. Depuis une dizaine d’années, le pays s’est imposé comme une des principales destinations mondiales des flux d’investissement direct à l’étranger. Entre 2011 et 2014, le flux d’IDE au Brésil était compris entre 65 et 70 milliards de dollars par an, selon la direction générale française du Trésor

Selon un rapport établi en 2013 par la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement), le Brésil se classe à la quatrième place en tant que destination mondiale d’IDE derrière les Etats-Unis (168 milliards de dollars), la Chine (121 milliards de dollars) et Hong Kong (75 milliards de dollars). Parmi les BRICS, il se trouve au deuxième rang devant la Russie (9e rang mondial et 51 milliards de dollars) et l’Inde (15e rang mondial et 26 milliards de dollars d’IDE).

Selon le dernier relevé de la Banque Centrale datant de 2012, le stock d’IDE dans le pays s’élève à 737,3 milliards de dollars.

 

Une diplomatie internationale plus en retrait actuellement

Si en termes d’IDE, le Brésil joue dans la cour des grands, sa position actuelle par rapport aux grands enjeux internationaux ou aux crises secouant le monde, reste parfois en retrait. Selon Yves Saint-Geours, cela tient au fait que « les BRICS sont attachés à la souveraineté et au non interventionnisme et le Brésil est très emblématique de cette tendance. Le souverainisme correspond à un sentiment profond du Brésil. Il faut savoir que le pays n’a pas d’ennemis, ni de menaces terroristes ou fondamentalistes, ou de guerre, et il est donc moins disposé à entrer dans la responsabilité de protéger, prônée par l’ONU ». 

Selon lui, compte tenu de ce principe de souveraineté, « le Brésil ne veut pas intervenir contre l’ordre mondial et ne veut pas être entraîné dans les crises internationales ». 

Cependant, il existe un certain paradoxe, puisque malgré cette position de retrait, le Brésil souhaite quand même peser davantage sur la scène internationale puisqu’il se porte candidat depuis plusieurs années, aux côtés de l’Inde, pour être membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU. La France soutient cette revendication.

Sous le gouvernement de Lula Da Silva (2003/2011), le Brésil avait développé sa diplomatie, notamment en se portant médiateur sur la crise du nucléaire iranien, aux côtés de la Turquie, en 2010. Des sanctions sont adoptées par 12 voix contre 3. La France, elle, n’a pas soutenu ce processus. « Le Brésil lui en a voulu de ne pas lui avoir donné son appui », commente Yves Saint-Geours. 

L’ère Lula a contribué à propulser le Brésil dans les premières loges du jeu international : création en 2003 d’un groupe de pression capable de modifier le processus de prise de décision au sein de l’OMC (en s’alliant avec l’Inde et l’Afrique du Sud), naissance en 2005 de groupes de concertation entre l’Amérique du Sud et la Ligue arabe mais aussi entre l’Amérique du Sud et l’Afrique noire, participation à des dynamiques Nord-Sud (G4 avec l’Allemagne, l’Inde et le Japon), mais aussi investissement dans le groupe de travail conjoint avec les Etats-Unis sur l’éthanol en 2007. 

Aujourd’hui, avec la présidence de Dilma Rousseff, le pays se positionne davantage en retrait des grandes affaires internationales. Lors de l’opération Serval de la France au Mali en janvier 2013, Dilma Rousseff voyait la posture française comme colonialiste et aujourd’hui elle perçoit les Occidentaux comme déstabilisant des pays comme la Libye, l’Irak et la région du Moyen-Orient.

Ce moindre engagement du Brésil dans la diplomatie internationale s’explique-t-il par ses problèmes internes ? Corruption massive, système fiscal complexe, carences en matière d’éducation et  de santé, problèmes politiques et manque d’infrastructures adéquates sont autant de défis auxquels le pays doit faire face et résoudre pour les années à venir.