Monde / World
Afrique /
16H11 - lundi 15 juin 2015

Entretien du jour avec Caroline Wassermann

lundi 15 juin 2015 - 16H11

 

Maître Caroline Wassermann revient sur la confirmation par la Cour suprême du Cameroun de la condamnation à 25 ans de prison de la franco-camerounaise Lydienne Yen-Eyoum.

 

51704_150726408306776_150711808308236_255479_6949202_o_0

 

La Cour Suprême du Cameroun a confirmé la condamnation à 25 ans de prison de la franco-camerounaise Lydienne Yen-Eyoum. Comptez-vous demander la grâce au Président du Cameroun ?

 

Non, Lydienne Yen-Eyoum ne veut pas demander la grâce présidentielle. Ce serait un aveu implicite de sa responsabilité. Lydienne revendique son innocence et elle conteste fortement les 25 ans de prison. Elle n’est pas du tout dans une logique de demander la grâce.

 

Le même jour, a été rendu public un avis du Groupe de travail du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies qui condamne le Cameroun dans cette affaire. Qu’en pensez-vous ?

L’avis condamne l’Etat camerounais pour la détention, jugée arbitraire, de Lydienne Yen-Eyoum. Même s’il n’a pas de valeur obligatoire et que le Cameroun n’est donc pas tenu d’appliquer cette décision, la portée psychologique est importante. L’avis confirme que l’enquête n’a pas été bien menée. Le Cameroun est signataire de conventions internationales concernant les détentions arbitraires, donc le pays est d’autant plus concerné par cet avis. Il faut savoir que le Groupe de travail avait posé en février une liste de questions au gouvernement camerounais. Celui-ci avait jusqu’en avril pour répondre, faute de quoi un avis serait rendu. Malgré ce délai assez long, les autorités camerounaises n’ont pas voulu et surtout pas pu répondre, ce qui représente aveu implicite que la détention de Lydienne est bien arbitraire et que la légalité de la procédure est très problématique.

 

Lydienne Yen-Eyoum est française. Quel est le rôle des autorités françaises vis-à-vis d’elle ?

Le Quai d’Orsay a publié il y a 48h un communiqué dans lequel il rappelle son attachement sérieux aux valeurs des Nations Unies et dans lequel il souligne que la décision rendue par le Groupe de travail sur les détentions arbitraires est très importante. Le Quai d’Orsay s’est donc rattaché à la position des Nations Unies et ne comprend pas pourquoi le Cameroun peut s’opposer à une motion des Nations Unies claire et motivée.

 

Y a-t-il des accords de coopération judiciaire entre la France et le Cameroun qui permettraient à un Français de purger sa peine en France ?

En théorie, Lydienne pourrait bénéficier de ce qu’on appelle le transfèrement afin de purger sa peine en France, sauf que le transfèrement n’est possible que si les peines sont similaires dans les deux pays. Or en France, les délits relatifs aux détournements de fonds publics ne sont évidemment pas punissables de 25 ans. De plus, accepter un transfèrement reviendrait pour Lydienne à reconnaître sa culpabilité, ce qu’elle ne veut pas.

 

Comment va Lydienne Yen-Eyoum ?

Elle vit dans des conditions de détention particulièrement difficiles. Mais ma cliente est résolue à se battre avec toute son énergie pour obtenir justice et faire valoir son innocence.

 

 

Propos recueillis par Maria Gerth-Niculescu