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21H28 - jeudi 23 avril 2015

Ari Vatanen, Hervé Morin, Jean-Yves Leconte, Christophe Girard, Anthony Bellanger, Frédéric Sicard, David Gordon-Krief, Marie-Alix Canu Bernard… La société se mobilise pour Serge Atlaoui

jeudi 23 avril 2015 - 21H28

 

Affaire Serge Atlaoui : les personnalités françaises et internationales réagissent face au rejet du recours ultime par la Cour Suprême indonésienne. 

 

«Tant qu’il y aura la peine de mort, des innocents seront condamnés et exécutés» : entretien avec Ari VATANEN, ancien champion du monde des rallyes et ancien député européen finlandais

vatanen1Quelle est votre réaction face à au rejet par la Cour Suprême indonésienne de l’ultime recours judiciaire du condamné à mort français Serge Atlaoui en Indonésie ?

Ma réaction est toujours la même face à l’échec de l’humanité et à la victoire de la barbarie. Nous devons continuer à en parler pour que cela reste d’actualité. Si tout le monde est impliqué, cela va créer un mouvement de masse contre la peine de mort, qui deviendra plus grand et plus influent que le mouvement qui la soutient.

 

Vous êtes Finlandais, ancien député européen, que vous inspire que fait qu’un Européen risque d’être exécuté d’un jour à l’autre ?

« Cela nous renvoie un message, mais au final la valeur humaine reste la même, qu’il s’agisse d’un Indonésien, d’un Nord Coréen, d’un Américain, d’un Européen…il n’y a pas de différence dans la valeur humaine. Dans une situation comme celle-ci, on réalise d’autant plus la gravité de la situation, alors que pour d’autres cas on a tendance à y prêter moins attention. Le cas de Serge Atlaoui, avec un Européen en première ligne, nous réveille.

 

Le Français est poursuivi pour des raisons de trafic de drogue selon la justice indonésienne, pensez-vous qu’on lutte contre la drogue par la peine de mort ?

Quelle que soit la raison, ce n’est jamais justifié. La peine de mort n’a pas réduit le nombre de crimes dans les pays, mais là n’est même pas la question. Tant qu’il y aura la peine de mort, des innocents seront condamnés et exécutés. Il n’y a pas de plus grande injustice dans le monde qu’une personne innocente exécutée par la société. Rien que pour cela, la peine de mort ne devrait jamais être appliquée. Dans le cas de Serge Atlaoui, il était seulement ouvrier dans l’usine en question, donc cela rend la peine de mort d’autant plus inexcusable. Mais quelle que soit la raison, il faut lutter contre car nous perdons tous si nous laissons gagner la barbarie.

 

« Ce procès est injuste, il faut donc que le Président indonésien reconsidère sa position et accorde sa grâce» : La réaction d’Hervé MORIN, dirigeant de l’U.D.I. (centre droit) et ancien ministre de la Défense de la République française

 article_0802-FRA07-MORIN« Le sang des Français est sacré. Ce n’est pas supportable que dans le cadre d’un procès obscure, une peine capitale soit prononcée et exécutée. Il faut que la France fasse savoir aux Indonésiens que l’exécution de Serge Atlaoui aurait des conséquences graves pour les relations entre l’Indonésie et France, que beaucoup de dossiers dans les relations politiques, économiques et scientifiques entre les deux pays feraient l’objet d’une révision. Ce procès est injuste, il faut donc que le Président indonésien reconsidère sa position et accorde sa grâce. »

 

«Pourquoi lui?», la réaction de Jean-Yves LECONTE, sénateur représentant les Français établis hors de France : 

leconte_jean_yves11026g« Une mobilisation sans précédent a vu le jour autour de cette perspective d’exécution. Serge Atlaoui n’est pas le seul qui risque d’être exécuté en Indonésie. D’autres ressortissants étrangers se trouvent dans une situation similaire, notamment des Australiens.

Pour Serge Atlaoui, au delà du fait que la peine de mort est un acte barbare, une série de raisons justifient de s’opposer d’autant plus à son exécution. Lorsque qu’il a été arrêté, il était avec d’autres personnes, mais il était le seul étranger. Parmi ces personnes, il est le seul à avoir été condamné à mort (après avoir été condamné à la perpétuité dans un premier temps). On peut donc sérieusement se poser des questions quant à cette décision.

Lorsque des compatriotes français sont dans un pays susceptible de les condamner à mort, il faut une structure pour les assister face à la justice. Au début, Serge Atlaoui s’est retrouvé seul et sans avocat. Une telle structure est essentielle pour accompagner les Français dès le début du processus et éviter de se réveiller une fois qu’il est déjà trop tard. Même s’il y a une mobilisation exceptionnelle aujourd’hui, il vaut mieux prendre le problème à la racine. On doit également saisir l’opportunité d’un président Indonésien démocratique pour lancer une réflexion sur la peine de mort en Indonésie.

Et surtout, il ne faut pas abandonner et répéter : pourquoi lui et pas les autres ? Pourquoi lui qui est français et pas les autres ? »

 

« Nous devons continuer à défendre nos valeurs, nos principes et les combats de nos ancêtres ». Christophe GIRARD, Maire du 4e arrondissement de Paris et Conseiller régional d’Ile-de-France appelle à la mobilisation. 

Christophe-Girard-MODA-DOMANI-INSTITUTE-rencontre-professionnelle-28-JANVIERQuelle est votre réaction face à la situation de Serge Atlaoui, qui risque d’être exécuté d’une semaine à l’autre en Indonésie ?

Ma réaction est de m’indigner face à cette situation. J’y suis sensible car c’est l’un de nos compatriotes et je suis opposé à la peine de mort. Serge Atlaoui clame son innocence dans cette affaire depuis le premier jour de son arrestation. Je pense à lui et à sa famille.

 

Que peut encore faire la France dans cette affaire afin d’empêcher cette exécution ?

A ma connaissance, le Président de la République, le Premier Ministre et le Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius déploient tous leurs efforts pour empêcher l’exécution, ainsi que Corinne Breuzé, l’Ambassadrice de France en Indonésie.  Mais l’Indonésie est un pays souverain, donc entendront-ils la voix de nos dirigeants et celle de la communauté internationale ? En tout cas, je le souhaite fortement. 

 

Les relations diplomatiques entre deux Etats doivent-elles êtres influencées par des questions de respect des droits humains ? 

Tout à fait. Aujourd’hui, nous voyons que les droits reculent dans beaucoup de pays. Face à cela, nous devons continuer à défendre nos valeurs, nos principes et les combats de nos ancêtres qui ont inspiré nombre d’autres démocraties.

 

« L’abolition de la peine de mort va dans le sens de l’histoire ». L’analyse d’Anthony BELLANGER, journaliste aux Inrocks et à France Inter

bellangerUn Français risque d’être exécuté d’une semaine à l’autre en Indonésie. Quelle est votre réaction ?

A titre personnel, je trouve évidemment cela scandaleux qu’un Français, ou quiconque d’autre, soit exécuté. C’est une peine qui ne devrait plus exister. 99 pays au monde l’ont abolie, le plus récent étant les  îles Fidji. Cela montre bien que l’abolition va dans le sens de l’histoire. Plusieurs régions du monde rejettent d’ailleurs totalement la peine de mort, soit  l’Europe occidentale et l’Océanie. Mais ce n’est pas parce que Serge Atlaoui est Français que je m’y oppose, je suis contre la peine de mort en toutes circonstances.

 

Quelle est la marge de manœuvre diplomatique de la France dans cette affaire ?

On a sous-estimé les propos tenus par le nouveau président, Joko Widodo, lors de sa campagne, selon lesquels il appliquerait la peine de mort. On voyait en lui un moderniste, et on s’est reposé sur le moratoire appliqué par son prédécesseur. La peine de mort est un moyen pour les Indonésiens d’avoir le sentiment d’avoir un président fort. Joko Widodo avait été qualifié de politicien faible, donc le moyen pour affirmer sa dureté est de ne pas transiger. 

Dès janvier, alors qu’aucune exécution n’avait eu lieu en 2014, 6 condamnés à mort ont été exécutés. A mon avis, la France doit aujourd’hui faire profil bas.  D’autres personnes, avec un profil criminel beaucoup plus grave, seront sans doute exécutées. On peut imaginer qu’en laissant faire les Indonésiens dans un premier temps, cela suffira à calmer l’opinion publique en Indonésie et permettra d’envisager une grâce pour Serge Atlaoui. Mais c’est un calcul difficile car il repose sur le fait que d’autres personnes devront mourir avant lui.

En France,  on parle très peu de l’Indonésie et c’est un pays dans lequel la France a peu d’intérêts, donc peu de moyens d’influence. Parallèlement, les pays qui ont le plus d’influence en Indonésie sont aussi les moins appréciés par l’Indonésie, à l’image de l’Australie. Il est vrai que l’Indonésie, en tant que grand pays émergent du moment, a besoin de beaucoup d’investissements économiques étrangers pour se développer. Exécuter les Occidentaux pour faire venir l’argent n’est donc pas la bonne stratégie et une influence économique peut donc être exercée. La France devra pour cela s’appuyer sur d’autres pays, comme par exemple les Pays-Bas qui ont des liens anciens avec l’Indonésie.

 

Les droit de l’homme doivent-il peser dans la balance des relations diplomatiques entre deux Etats ?

C’est très compliqué. Je pense que oui, mais le problème est de savoir à partir de quel moment la mise en avant des droits de l’homme est perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures d’un pays. On ne peut pas avoir deux principes différents. Si la France veut être le pays des droits de l’Homme, elle doit les défendre coûte que coûte. Depuis 1981 et parce que la France a ensuite signé des conventions internationale, la peine de mort est interdite a réprouvée par la France. Mais la question est de savoir comment gérer les pays qui l’appliquent. Encore une fois, on peut encore peut-être faire comprendre à l’Indonésie que des cas comme celui de Serge Atlaoui peuvent avoir de sérieuses conséquences économiques, notamment par rapport à l’Union européenne.

 

« Il s’agit d’un jugement irrégulier. » Entretien avec Maître Frédéric SICARD, candidat au Bâtonnat de Paris

sicard2Quelle est votre réaction face au rejet par la Cour Suprême indonésienne de l’ultime recours déposé par Serge Atlaoui ?

Cette exécution est une abomination judiciaire, à la fois par la méthode et à la fois par l’erreur qu’elle représente tant en terme de justice que d’efficacité. La peine de mort est une sanction inhumaine et totalement inefficace. Il y a en plus le fait que nombre d’irrégularités sont totalement incompréhensibles dans le dossier. Il s’agit d’un jugement irrégulier.  

 

Comment doivent réagir la France et l’opinion publique dans cette affaire ?

Il lui appartient de se mobiliser, mais l’action efficace est une action de tous les pays. Il faut regretter le retard pris actuellement alors que le véritable poids est à l’échelle européenne. C’est donc en mobilisation des pays européens qu’on fera avancer quelque-chose. L’Europe a un pouvoir international et économique, il faut donc exiger une prise de position de l’UE. 

Concernant la société civile, la France essaie de se mobiliser depuis longtemps, mais nous n’avons pas su faire assez. Dans tous les dossiers, il faut avoir des informations mieux ciblées. Je ne critique pas les journalistes. Je pense à nos organisations professionnelles, à mon ordre. Il faudrait diffuser les informations plus en amont aux avocats. Notre profession peut encore faire plus en informant et en diffusant. C’est une leçon à apprendre.

 

« Je suis fier que des avocats portent les valeurs que défendent le Barreau de Paris et la France. »Maître David Gordon-Krief, candidat au Bâtonnat de Paris :

3d73b90Je suis horrifié. Sans être familier du droit pénal ni de ce dossier judiciaire, il semble manifeste que Serge Atlaoui n’a pas eu dro
it à un procès équitable. J’apporte tout mon soutien à sa famille. Mais je veux surtout ici souligner la mission ingrate, courageuse de ses avocats, notamment Richard Sédillot qui sait toute mon affection confraternelle et amicale. Je suis fier que des avocats portent les valeurs que défendent le Barreau de Paris et la France.
J’ajoute que, lorsqu’on attente à la vie et aux droits fondamentaux d’un homme, que ce soit en Indonésie, en Europe ou ailleurs, ce n’est pas bon pour la sécurité juridique, pour le développement économique et culturel d’un pays.

 

 » L’incompréhension face à l’iniquité de la procédure contre Serge Atlaoui est totale » : La réaction de Maître Marie-Alix CANU-BERNARD, candidate au vice-bâtonnat de Paris

Marie-Alix_Canu-BernardLa  Cour Suprême indonésienne a rejeté le recours ultime déposé par Serge Atlaoui. Quelle est votre réaction face à cette condamnation à mort ?

Je suis allée avec Laurent Martinet à l’ambassade pour exprimer notre incompréhension face à l’iniquité de la procédure contre Serge Atlaoui. Les ressortissants nationaux indonésiens bénéficient d’une politique d’examen bien plus bienveillante. Dans le cas de Serge Atlaoui, il a été condamné à la peine de mort sans que les témoins soient entendus, alors que le recours du condamné principal, qui est Indonésien, est examiné  par la Cour Suprême depuis 18 mois. On observe aussi que parmi les six exécutions qui ont eu lieu en janvier, cinq concernaient des ressortissants étrangers. En parallèle, le gouvernement indonésien a maintenu une politique de clémence sur tous les condamnés à mort indonésiens à l’étranger, pour lesquels il intervient de façon très forte. Nous resterons engagés jusqu’à la dernière minute afin de combattre cette injustice.