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09H46 - mercredi 11 février 2015

Ouverture internationale : le pari de l’économie marocaine

mercredi 11 février 2015 - 09H46

 

Le Maroc a fait un bond de 16 places dans le dernier rapport « Doing Business 2015 » de la Banque mondiale, qui évalue l’environnement réglementaire des affaires pour 189 pays. Focus sur une économie qui a fait le choix de s’ouvrir aux échanges internationaux.

Inauguration de l'usine Renault en 2002 à Tanger par le Roi Mohammed VI et Carlos Ghosn

Inauguration de l’usine Renault en 2002 à Tanger par le Roi Mohammed VI et Carlos Ghosn – source MAP

 

Une croissance élevée

 

Bien qu’inférieure aux prévisions du gouvernement, la croissance du PIB marocain aura dépassé les 3 % en 2014. Une année relativement timide si l’on compare aux 4,5 – 5 % de croissance annuelle moyenne sur la période 2008 – 2013. Mais dans le contexte des crises des matières premières, sécuritaires et européennes, les chiffres montrent la bonne résistance de l’économie marocaine.

Dans ce cadre général, si la France reste le premier partenaire économique du Royaume, l’économie chérifienne se diversifie. Les grandes entreprises marocaines investissent fortement en Afrique sub-saharienne, notamment les banques. Amel Chevreau, directrice des études et coordinatrice de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen, et Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE), décrivent le Maroc comme un véritable « hub eurafricain » et soulignent, dans les colonnes du Monde, que le Royaume chérifien « est ainsi devenu le premier investisseur africain dans les zones de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont les volumes d’échanges commerciaux ont doublé en quatre ans. »

En 2013, Singapour et les Emirats Arabes unis étaient les deuxième et troisième investisseurs, en termes de flux d’IDE au Maroc. La Chine y investit également fortement, dans la sidérurgie et le textile notamment. Ceci dit, si le secteur automobile est devenu le premier secteur exportateur du pays, c’est principalement grâce à l’usine Renault de Tanger (180.000 véhicules exportés en 2014) et à la grappe d’entreprises du secteur qui se développent autour de ce « navire amiral ».

De grands travaux restructurent le pays en profondeur : le Port Tanger-Med, un réseau autoroutier très important (supérieur à 1500 km alors qu’il était à peine de 400 km en 2000), ou encore le futur TGV construit avec les Français (Alstom). Les énergies renouvelables se développent rapidement, notamment avec le parc éolien de Tarfaya (en collaboration avec GDF Suez) et le programme de centrales solaires « Nour » de Ouarzazate : d’ici 2020, 42 % de la production d’énergie devrait être issue d’énergies renouvelables. Les services liés à l’économie numérique se développent fortement. Bref, le Maroc, ce n’est plus uniquement le tourisme et l’agriculture.

 

Grand Port Tanger Med 2

Grand Port Tanger Med 2

 

L’Etat marocain tente également de se moderniser et d’assainir ses finances publiques. Sous la houlette d’un ministre des finances déterminé et pragmatique, M. Mohamed Boussaid, la réduction des déficits (de 7,3 % en 2012 à 4,2 % en 2014) est en marche, notamment par le jeu de réforme structurelles (retraites, caisse de compensation). La politique de lutte contre l’évasion fiscale est efficace : le dispositif d’ « amnistie » fiscale pour les contribuables qui rapatrient leurs avoirs de l’étranger a très largement dépassé ses objectifs (plus de 2 milliards d’euros pour 19.000 déclarations, soit 5 fois plus que prévu). Les deux tiers de la dette publique sont d’origine interne.

 

Les indicateurs internationaux sur le climat des affaires sont optimistes

 

Le Maroc a fait le choix d’une ouverture résolue sur l’économie mondiale : des accords de libre-échange ont été signés avec 55 pays dont l’Union Européenne et les Etats-Unis. Des entreprises comme la SNI, le holding royal marocain, sont certes puissantes mais elles sont comme les autres confrontées à un marché qui s’ouvre de plus en plus à la concurrence…

Est-ce pour cela que le regard de la communauté internationale sur l’économie marocaine est plutôt bienveillant ? Le climat des affaires est perçu comme étant au beau fixe.

Ainsi, dans le dernier rapport, déjà évoqué, « Doing Business 2015 » de la Banque mondiale, qui évalue l’environnement réglementaire des affaires pour 189 pays, le Maroc est classé 71ème. Notons au passage que la France est 31e dans ce classement international.

 

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Marie-Estelle Rey, directrice adjointe du programme « MENA Investment » à l’OCDE, résume le point de vue des analystes internationaux : « par rapport aux autres pays de la zone MENA, le Maroc possède une bonne stabilité économique. Le Maroc avance lentement mais sûrement. » Le Maroc est devenu en novembre 2009 le 42e signataire de la Déclaration de l’OCDE sur l’investissement international et les entreprises multinationales. En outre, élu coprésident du comité consultatif du Centre de la Gouvernance MENA-OCDE, le Maroc affirme sa forte volonté institutionnelle de coopération internationale.

 

Des chantiers intérieurs structurants

 

Côté intérieur, le climat des affaires s’améliore aussi. Pragmatisme, simplification et renforcement de la confiance sont les mots d’ordre. Ainsi, la réglementation de l’Office des Changes en matière de transferts de devise s’assouplit d’année en année.

Selon Karim Basrire, un des dirigeants de l’Association Maroc Entrepreneurs, « au Maroc, les cartes sont en train d’être rebattues ! Le climat des affaires s’améliore : lutte contre la corruption, e-administration, simplification administrative et de la réglementation douanière (e.g. réduction du nombre de documents requis pour l’exportation), investissements régionaux, infrastructures aéroportuaires (l’aéroport de Casablanca est devenu un véritable hub) et autoroutières, etc. De même, le statut marocain d’autoentrepreneur, qui va se développer notamment dans les services à la personne, permettra à terme de réduire la taille de l’économie souterraine. »

Face au défi de l’emploi des jeunes, l’économie marocaine est obligée de s’adapter et de réinventer chaque jour de nouvelles perspectives de marchés.

 

De réels obstacles au développement économique

 

Quels sont donc les principaux obstacles au développement de l’économie ? La corruption, l’augmentation du coût de la vie, les inégalités salariales, et le système éducatif sont parmi les principaux obstacles au développement de l’économie. Dans un document de recherche publié par l’AFD (Agence Française de Développement) en 2014, Clémence Vergne pointe également le « manque de compétitivité du secteur exportateur manufacturier marocain », et affirme que « l’amélioration de la productivité est indispensable ».

Sur la corruption, Zakaria Fahim, président de la commission « Ethique et bonne gouvernance » de la CGEM (Confédération Nationale des Entreprises du Maroc) en convient : « au Maroc, la corruption grève fortement le PIB. Ainsi, la lutte contre la corruption (corruption active ou passive) constitue un chantier majeur, une « action collective », et un projet global… encore en gestation ! Ainsi, il faut accélérer la cadence. Il faut arrêter les passe-droits. Il faut protéger le tissu des PME. »

 

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Prenez garde à la corruption !

 

En la matière, des actions ont déjà été menées : renforcement des pouvoirs de l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption (désormais Instance Nationale de Probité, de Prévention et de Lutte contre la Corruption), dispositifs « stop corruption » et « stop contrefaçon », réforme du code pénal pour protéger les dénonciateurs et les lanceurs d’alerte, importantes actions de sensibilisation (spots publicitaires, messages de sensibilisation affichés dans les administrations publiques). Mais la lutte contre la corruption reste un des grands défis majeurs qui attendent le Maroc.

Autre talon d’Achille, et qui rejoint la nécessité de pousser au développement d’une classe moyenne dans le pays : « les moyennes entreprises sont le « missing middle ». Les efforts sont déployés majoritairement vers les TPE et vers les grandes entreprises, comme le confie Marie-Estelle Rey.

Les inégalités territoriales freinent également le développement du pays, mais le Royaume est engagé dans une vaste régionalisation qui devrait impacter positivement l’économie : par exemple, le Sahara marocain bénéficie de nombreux programmes économiques.

 

Focus sur la RSE

 

Les entreprises marocaines s’ouvrent peu à peu aux enjeux de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Depuis 2007, la CGEM (le MEDEF marocain) décerne un label RSE. Aujourd’hui, 69 entreprises sont labellisées. La certification est vérifiée régulièrement, et des entreprises l’ont déjà perdue.

La RSE est un processus « en cours » au Maroc. Pour l’instant, la RSE est majoritairement mise en œuvre par de grandes entreprises. Les labels RSE et certifications anti-corruption constituent des éléments de différenciation pour ceux qui les obtiennent. Comme le dit Zakaria Fahim, « l’objectif est de créer des incitations orientées business ». Mais la tâche est immense.

Vigeo, premier expert européen de l’analyse, de la notation et de l’audit-conseil des organisations, dirigé par Nicole Notat, a salué en 2014 huit entreprises marocaines toutes cotées à la Bourse de Casablanca pour leurs performances concrètes en matière de RSE : BMCE Bank, Cosumar, Lafarge, Lesieur, Lydec, Managem, Maroc-Telecom et la société métallurgique d’Imiter (SMI), filiale du groupe Managem.

Selon Fouad Benseddik, directeur des méthodes et des relations institutionnelles chez Vigeo, la RSE est un thème important, voire une nécessité. « La RSE a fortement progressé au Maroc, le contexte s’y prêtant bien. Elle ne fait pas l’objet d’une forte résistance. Les « parties prenantes » et les marchés sont de plus en plus attentifs à la RSE, ainsi qu’à l’empreinte sociale et environnementale. »

 

Réformer, toujours réformer

 

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De passage à Paris pour le Forum Franco-Africain pour une croissance partagée, le ministre des finances du Royaume du Maroc, Mohamed Boussaid, résumait bien la problématique de son pays : « le Maroc souffre de phénomènes comme la corruption, nous ne nous en cachons nullement. Mais nous sommes engagés à la fois sur un chemin de stabilité et sur le chantier de nombreuses réformes. Cette politique a permis au Maroc de bien résister aux crises de ces dernières années mais surtout d’amorcer une accélération de notre développement économique que vient prouver notamment le développement des investissements internationaux dans notre pays. »

 

Charles BONATI et Ali BENNIS

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