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10H29 - lundi 8 septembre 2014

La Francophonie a besoin d’un ancien chef d’Etat à sa tête pour renforcer son influence dans le monde

lundi 8 septembre 2014 - 10H29

Ancien président du Burundi, représentant de l’Union africaine au Sahel, Pierre Buyoya était de passage à Paris pour défendre sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Le successeur d’Abdou Diouf sera désigné par les chefs d’Etat en octobre. Entretien. 

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Monsieur le président, vous avez plus été un homme de pouvoir et d’action qu’un médiateur dans votre vie politique ? N’allez-vous pas vous ennuyer à la tête de la Francophonie si vous êtes désigné pour succéder à Abdou Diouf ? 

J’ai été un homme de pouvoir car j’ai géré mon pays, le Burundi, pendant deux mandats. Mais depuis dix ans, je suis un homme de médiation au service de la Francophonie et de l’Union africaine. J’ai promu de nombreux dialogues et conciliations en Afrique, au Soudan, aujourd’hui au Sahel. Je connais bien l’Organisation internationale de la Francophonie (O.I.F) et je pense qu’il y a du travail à faire. Il y a tout un programme d’éducation, de culture, de coopération à renforcer. Bref, il y a de quoi occuper un homme d’action. 

 

« Ce qui compte, c’est moins les conditions

d’accès au pouvoir que ce que l’on fait du pouvoir »

 


Avez-vous des chances d’être élu ? Certains pays comme le Canada et la Suisse mettent une sorte de veto à votre candidature vu les conditions dans lesquelles vous êtes arrivé au pouvoir à deux reprises au Burundi ?
 

Je revendique que l’on tienne compte de tout mon parcours et des progrès que le Burundi a connus sous ma gouvernance : c’est vrai, je n’ai pas pris le pouvoir par les élections mais j’y ai porté très haut les valeurs de la Francophonie de démocratie, de paix, de droits de l’homme. Et j’ai fait de même depuis dix ans en Afrique. Mon bilan parle pour moi-même. Vous savez, ce qui compte, c’est moins les conditions d’accès au pouvoir que ce que l’on fait du pouvoir. Et en Afrique, certains gouvernants élus démocratiquement ont détourné le pouvoir et ruiné leur pays. Je me présente comme je suis avec une forte expérience. L’O.I.F. doit faire face à des défis considérables et je suis en bonne position pour les relever. L’Afrique a besoin d’institutions fortes mais aussi d’hommes capables de les faire fonctionner. Si un homme fort est celui qui peut faire avancer les choses, alors oui on a besoin d’hommes forts pour développer la Francophonie, notamment en Afrique.


A quoi sert l’Organisation Internationale de la Francophonie ?

L’Organisation est un des acteurs clé de la promotion de la langue française dans le monde, notamment à travers les systèmes d’éducation. L’école devrait être le premier terrain d’action de la Francophonie. Par exemple, notre organisation pourra jouer un rôle clé dans la promotion des propositions du rapport de Jacques Attali qui explore les possibilités et les enjeux économiques de la promotion du français dans le monde. L’Organisation a aussi mené des actions de pacification en Afrique qui ont parfois porté comme en Guinée. Nous pouvons les renforcer. 


Le Vietnam est le dernier pays membre de la Francophonie qui continue à procéder à des exécutions. La Francophonie pourra-t-elle contribuer à l’abolition de la peine de mort dans ses pays membres ?
 

L’abolition de la peine de mort mérite une plaidoirie permanente. La francophonie peut porter cette plaidoirie et je suis prêt à en faire l’un de mes combats si je suis désigné.


La Francophonie ne s’est pas fait entendre pour condamner l’irruption récente de la menace djihadiste dans le monde. Doit-elle s’engager ?

Je parlerai plus de terrorisme que de djihadisme par respect pour mes amis musulmans. De nombreuses organisations internationales se sont dotées de conventions ou de chartes pour condamner et réprimer le terrorisme. Oui, nous pourrions faire de même dans le cadre de la Francophonie. Ce combat concerne tous les démocrates dans le monde.

Propos recueillis par Michel Taube avec Boris Deroose et Noé Michalon

Directeur de la publication