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11H08 - mercredi 18 juin 2014

Slovénie : Un pays qui boite et un président qui patine

mercredi 18 juin 2014 - 11H08

Lors des récentes élections européennes, les Slovènes, lassés et déçus, ont montré qu’ils ne croyaient plus aux élites politiques. Le taux d’abstention a atteint près de 80%, ce qui place la Slovénie parmi les pays où les électeurs se sont le moins déplacé pour aller voter. L’ignorance des citoyens slovènes est inquiétante : à leurs yeux, l’Europe est une utopie qui ne les concerne pas. On a l’impression que Bruxelles est trop loin et a priori contre nous. Pourtant, les Slovènes ont largement bénéficié de leur entrée dans l’UE en 2004. Mais bien que les frontières soient tombées, l’Europe est à la fois connue et méconnue. Les murs mentaux sont difficiles à percer.  

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Le 25 mai, huit députés européens ont été élus. La droite a gagné, c’était une évidence. La gauche doit se contenter de trois sièges au parlement, tandis que la droite en a pour sa part obtenu cinq. Ce résultat témoigne du climat qui règne non seulement dans notre petit pays alpin, mais aussi dans d’autres pays européens, du moins dans certains d’entre eux. L’époque est de droite et la gauche cherche toujours sa boussole.

Démissions en cascade

Suite à sa défaite aux élections européennes Igor Lukšič, le président du parti social-démocrate qui fait partie de la coalition sortante, a présenté sa démission, son parti n’ayant recueilli qu’un seul siège au sein du Parlement européen ; le parti de la Liste civique n’ayant obtenu aucun siège, son chef de file, Gregor Virant, a lui aussi immédiatement démissionné, de même que Pavel Gantar qui était jusqu’à présent à la tête du parti Zares.

Tandis que la vieille gauche se dégrade (y compris le parti Slovénie positive) et cherche sa nouvelle identité – le tout nouveau parti Verjamem  [Je crois en français qui cherche à se démarquer des autres] a obtenu un siège au Parlement européen –, les Slovènes ont de plus en plus l’impression qu’entre la gauche et la droite, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

L’ex-président du gouvernement emprisonné mais qui séduit toujours

Il y a toutefois une différence considérable : le corps électoral de la droite est bien plus discipliné que celui de la gauche, il sait qu’il faut aller voter pour gagner les élections. Bien que le président du Parti démocratique slovène (SDS), ancien président du gouvernement de droite de 2004 à 2008, puis entre 2012 et 2013, Janez Janša, ait été condamné il y a quelques semaines à deux ans de prison ferme et doive être incarcéré le 20 juin, son charisme est indéniable. Ses fidèles ne perdent pas confiance en lui et son électorat fait corps.

À gauche, c’est une autre histoire, bien qu’on ne puisse pas nier la dynamique qui y règne. La Présidente du gouvernement slovène démissionnaire, Alenka Bratušek, a constitué son nouveau parti, nommé le parti de l’Alliance d’Alenka Bratušek (Zavezništvo Alenke Bratušek), qui s’est fixé pour but de gagner les élections anticipées. Elles auront lieu le 13 juillet comme l’a décidé Borut Pahor, le président de la République de Slovénie, qui vient de dissoudre le Parlement.

Des élections anticipées alors que les Slovènes seront en vacances…

Les observateurs s’étonnent de ce choix, sachant qu’à cette date la majorité des Slovènes seront en vacances. Le parti Solidarité (Solidarnost; on s’y traite de gauche) a immédiatement annoncé qu’il allait déposer un recours auprès de la Cour constitutionnelle… Pendant ce temps-là un autre parti de centre, Le Parti de Miro Cerar, vient d’être créé par un professeur de droit très connu et respecté, Miro Cerar. Il promet beaucoup, car il promet aux citoyens de dépasser les clivages droite-gauche.  

Perte de compétitivité et corruption sont les maux de la Slovénie

Et pendant que la politique, empêtrée dans ses difficultés internes, cherche le secret de la normalisation, le pays boite. La Slovénie qui avait pour modèle la Suisse et qui s’auto-proclamait la « Suisse balkanique », se trouve aujourd’hui parmi les pays les moins compétitifs au monde. Selon le récent classement de l’école de commerce suisse International Institute for Management  Development, le pays serait tombé, en matière de compétivité, à la 55ème place sur une liste comprenant 60 pays (pour comparaison: l’année dernière, la Slovénie occupait la 52 ème place, la France est cette année au 27ème rang et l’Allemagne au 6ème). Ce qui est aussi inquiétant, ce sont les problèmes de corruption de la Slovénie, pas uniquement la corruption des élites politiques et économiques, mais aussi l’économie « grise », qui est une maladie dont le peuple, à sa manière et à son niveau, souffre aussi.

Naviguer en eaux troubles, tel est le destin de la Slovénie. Les citoyens n’arrivent pas à sortir de l’apathie, ils se désolent que le pays soit affaibli… Mais ils peuvent prendre exemple sur leur président Borut Pahor qui sait pertinemment que l’activité physique est essentielle pour rester en bonne condition physique. Il y a quelques semaines, celui-ci a promis de faire du patin à glace pendant dix heures, et il l’a fait… La motivation, cela compte beaucoup.  De bonnes pratiques  de motivation encore plus, on ne tarde pas à s’en moquer.        

Journaliste slovène au quotidien slovène Delo (service international)

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