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11H37 - jeudi 10 juillet 2014

Union européenne : le dilemme de David Cameron

jeudi 10 juillet 2014 - 11H37

La désignation comme candidat le 27 juin dernier, de l’ancien Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, au poste de Président de la Commission européenne par le Conseil européen, a provoqué la colère du Premier ministre britannique David Cameron. Pourtant cette réaction procède plus d’une posture eurosceptique et d’un calcul politique qui ont fini par le mettre aujourd’hui dans une situation délicate.

David Cameron, le Premier ministre britannique au 10 Downing Street - Juin 2013 © Daniel Deme / Allpix Press

David Cameron le Premier ministre britannique au 10 Downing Street – Juin 2013 © Daniel Deme / Allpix Press

Le premier ministre britannique s’est toujours opposé à la nomination d’une personnalité europhile à la tête de la Commission européenne et a mis en garde les différents chefs d’Etat et de gouvernements des 28 pays de l’Union européenne (UE) qui « auraient à regretter leur choix ». Après la période de doute qui a suivi les élections européennes, la candidature de M. Juncker a fini toutefois par faire consensus et seul le Premier ministre conservateur hongrois, Viktor Orban, s’est joint à la croisade contre le Luxembourgeois Juncker. Avant d’être désigné officiellement comme successeur au Portugais José Barroso, M. Juncker devra désormais conquérir une majorité au Parlement européen.

Depuis sa prise de fonction en mai 2010, après le retour du parti conservateur dans l’opposition depuis 1997, David Cameron a multiplié les discours eurosceptiques. Le 23 janvier 2013, il annonçait notamment que si il était réélu en 2015, et en l’absence de réformes de l’Union européenne, il organisera en 2017 un référendum sur le maintien ou non de la Grande-Bretagne au sein de l’Union. En faisant planer ainsi la menace ultime contre les institutions communes, Cameron pensait obtenir les concessions qu’il désirait afin d’apparaître comme le restaurateur de « l’indépendance britannique » face à Bruxelles la bureaucrate, et s’assurer une réélection pour le moment mal engagée.

La défaite historique des partis traditionnels britanniques face au Parti de l’indépendance du Royaume Uni (UKIP) qui est parvenu à siphonner une grande partie des mécontents lors des dernières élections européennes, et l’isolement du Premier ministre britannique face aux autres chefs d’Etats et de gouvernements à Bruxelles, ont rendu toutefois sa position de plus en plus difficile à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Jouer à l’eurosceptique pour une réélection assurée ?

La crise économique et financière a durement touché le Royaume-Uni qui a connu en 2008 et 2009 la récession, une première depuis 1992. La forte montée du chômage, le creusement des déficits et l’augmentation de la dette publique avaient alors permis au parti conservateur emmené par David Cameron de reprendre le pouvoir en 2010 avec une très faible majorité relative.

Le nouveau Premier ministre annonce alors ce qui sera l’une des politiques d’austérité les plus rudes de l’Union. Fondée sur une forte contraction des dépenses et une hausse des impôts, elle touche durement les plus démunis qui voient leurs allocations baisser fortement au nom de « l’optimisation des ressources » selon les mots du secrétaire d’État au Trésor, Danny Alexander. Le Premier ministre doit également affronter l’opposition violente des étudiants en lutte contre la hausse des frais de scolarité et faire face aux émeutes de Londres du 6 au 11 août 2011. Ces événements sont par ailleurs révélateurs d’un mal-être de la société britannique de l’époque.

A la recherche d’une nouvelle popularité, David Cameron s’est alors mis en quête du bouc émissaire parfait, le même depuis Margaret Thatcher : l’Union européenne. Depuis les années 1980, l’UE souffre d’un déficit d’image constant auprès des Britanniques qui l’accusent de desservir leurs intérêts. En surfant sur ce sentiment eurosceptique fort, David Cameron pensait tendre un piège au parti travailliste et neutraliser l’UKIP, afin d’apparaître comme un homme au service des seuls intérêts de ces citoyens. L’annonce de l’organisation d’un référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE a provoqué de fortes réactions à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union : entre exaspération de Bruxelles de se voir perpétuellement attribuée le mauvais rôle, inquiétude sur l’avenir d’une Union en pleine zone de turbulences politiques, économiques et sociales, et profonde perplexité.

Les élections européennes de 2014 devaient être pour David Cameron un test concernant sa popularité à l’approche des élections législatives de 2015. Le parti conservateur (23,05%) est finalement arrivé derrière son rival de toujours, le parti travailliste (24,43%), mais également derrière l’UKIP qui se place en tête avec 26,6% des voix. L’abstention s’élevant dans le même temps à plus de 65%. Loin du triomphe, les discours eurosceptiques de David Cameron ont rendu sa position plus qu’inconfortable.

Une position plus qu’inconfortable

Le Premier ministre aura beau mettre en garde les dirigeants européens sur l’absence de réforme de l’UE et se poser en défenseur des citoyens face à Bruxelles, il n’en est pas moins ressorti fortement affaibli à l’issue de ce vote. La victoire de l’UKIP et des travaillistes est venu le décrédibiliser un peu plus et le force à devoir choisir entre revenir à une politique de compromis ou s’adonner à la surenchère anti-Europe qui conduirait inévitablement à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Conservateur historique – il écrivait des discours de Margaret Tchatcher et John Major -, David Cameron ne porte certes pas l’Union dans son cœur mais il connaît – sans toutefois les reconnaître – les avantages qu’elle procure à son pays. Loin de l’image d’une Europe parasite vivant sur le dos des Britanniques, il convient de rappeler que le Royaume-Uni occupe une place presque privilégiée au sein de l’Union. Le pays dispose ainsi d’une marge de manœuvre en matière de politique monétaire plus importante. Depuis 1984, il a obtenu de l’UE un « rabais » sur sa participation au budget de l’Union tout en continuant de recevoir les bienfaits de la Politique agricole commune (PAC) et de la politique régionale qui a permis au pays de développer certaines régions isolées (l’Ecosse en particulier). Enfin, l’appartenance à l’Union a fait de Londres la place financière de référence sur le continent.

S’il avait absolument voulu faire sortir son pays de l’Union, David Cameron l’aurait fait depuis bien longtemps. Il espère seulement obtenir des concessions plus importantes de Bruxelles, notamment sur le maintien du « rabais » ou le renforcement de la composante intergouvernementale de l’Union en gommant certains de ses aspects trop « intégrés » du fonctionnement : maintien de l’unanimité au sein du Conseil des ministres, ou de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) dans un strict esprit intergouvernemental… Sa politique au forcing face à la désignation de Jean-Claude Juncker au poste de président de la Commission européenne doit également lui permettre de recevoir des garanties sur la composition et les priorités de cette institution, tout en évitant la rupture avec ses partenaires.

Le résultat des élections toutefois a largement affaibli le Premier ministre britannique à l’intérieur et à l’extérieur de son pays. Débordé sur sa droite par l’UKIP, et menacé sur sa gauche par des sondages qui donnent le parti travailliste vainqueur en 2015, il dispose d’une faible marge de manœuvre propice à la surenchère contre l’Europe. En surfant sur l’euroscepticisme, David Cameron a également sacrifié son allié, le parti europhile et libéral des démocrates libéraux de Nick Clegg, qui n’a réussi qu’à sauver un seul siège au sein du Parlement européen et dont les sondages plafonnent à 8% des intentions de vote pour 2015.

Ainsi, en voulant détourner les Britanniques des problèmes intérieures, en désignant l’UE comme responsables des maux du Royaume-Uni, David Cameron pensait pouvoir manœuvrer habilement comme Margaret Tchatcher en son temps. Il espérait que l’Europe cèderait et qu’il n’aurait pas à alimenter davantage la surenchère qu’il a lui-même enclenché en menaçant Bruxelles d’une sortie du pays de l’Union. David Cameron pensait arracher des concessions suffisamment importantes pour apparaître comme le restaurateur de l’indépendance britannique.

Poussé par l’opinion publique qui a désavoué son parti lors des dernières élections européennes en le plaçant derrière l’eurosceptique UKIP et le parti travailliste, sa marge de manœuvre se rétrécit tandis que s’approche les élections législatives britanniques de 2015 qui s’annoncent difficiles pour le parti conservateur. Le Premier ministre se trouve dans une position inconfortable : il devra soit assumer son impopularité et accepter la défaite de son parti ou bien poursuivre sa rhétorique anti-européenne au risque de provoquer une rupture désastreuse pour le Royaume-Uni et le continent tout entier.

Diplômé en sciences politiques et en relations internationales, Guillaume publie notamment des articles consacrés au continent asiatique.

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