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11H04 - mardi 4 février 2014

Ghana : La jeune réalisatrice américano-ghanéenne Akosua Adoma Owusu fait revivre le Rex Cinéma

mardi 4 février 2014 - 11H04

Le 7 décembre dernier, Akosua Adoma Owusu a réalisé le rêve de nombre de réalisateurs africains. A l’aube de ses 30 ans, la réalisatrice d’origine ghanéenne a organisé la réouverture du Rex, un vieux cinéma d’Accra, capitale du Ghana.

 

 

Le cinéma Rex, à Accra au Ghana

Le cinéma Rex, à Accra au Ghana

 

Plusieurs bénévoles ont prêté main forte à la jeune réalisatrice afin de préparer le cinéma et le samedi 7 décembre 2013, soutenue par l’Institut Français au Ghana, l’Alliance Française d’Accra et des opérateurs culturels locaux, le Rex Cinéma a rouvert. Au programme : musique avec notamment une performance d’Ebo Taylor, danse traditionnelle, projection du documentaire Perished Diamonds d’Anita Afonu, DJ set et projection de Kwaku Ananse, le court-métrage de la jeune réalisatrice, le tout pour la modique somme de 5 GHC (moins de 2€).

Anonymes et célébrités ghanéennes ce sont réunis pour soutenir ce projet audacieux. Lors de cette soirée spéciale on a pu aperçevoir les membres du groupe Fokn Bois, le rappeur M.anifest, l’artiste plasticien Serge Attukuei et le DJ et présentateur radio Badboi Steloo entre autres. Au total, plus de 300 personnes ont assisté à l’événement. Un chiffre encourageant qui marque bel est bien le début de la nouvelle vie du Cinéma le Rex.

Akosua Adoma Owusu est née et a vécu aux Etats-Unis. C’est également outre-atlantique qu’elle a effectué ses études de cinéma à la University of Virginia (l’Université de Virginie) et au California Institute of the Arts (l’Institut des Arts de Californie). Elle a réalisé une dizaine de court-métrages, et travaille actuellement au développement de son premier long-métrage, Black Sunshine, qui lui a valu d’être nominée pour le prix Arte International.

En 2013 elle a réalisé le court-métrage Kwaku Ananse. Au casting de ce film figurent Jojo Abot, la star montante de la soul ghanéenne, le légendaire musicien de highlife et de Palm Wine Koo Nimo et la célèbre actrice Grace Omaboe. Cette adaptation moderne d’un conte ghanéen populaire, lui a permis de participer à de nombreux festivals tels que le Short Film corner du festival de Cannes, la Berlinale de Berlin, et de remporter le Africa Movie Academy Award (le prix de l’Académie de film africain).

C’est en Juillet 2013 que la jeune femme a présenté son travail pour la première fois au Ghana avec beaucoup d’appréhension. La première de Kwaku Ananse à Accra a fait l’objet d’une soirée spéciale à l’Alliance française: concert de Koo Nimo, DJ set, discours de la ministre de la culture et du  tourisme, etc. Ce film indépendant à petit budget a su convaincre la population ghanéenne et Akosua Adoma Owusu a obtenu le soutien de nombreux artistes et personnes influentes de la scène culturelle d’Accra.

Ghallywood ou le Hollywood Ghanéen, est un terme qui revient souvent lorsque l’on évoque l’industrie cinématographique du Ghana. En effet des milliers de films sont produits tous les ans. Cependant très peu de films sont diffusés au Silverbird, le seul cinéma de la capitale. Ce complexe propose majoritairement de grosses productions américaines au détriment des films ghanéens.

C’est dans ce contexte qu’Akosua Adoma Owusu a décidé de rouvrir le cinéma le Rex. Ce lieu situé en plein cœur d’Accra, est un endroit mythique de la capitale ghanéenne où la bourgeoisie se retrouvait pour assister à des projections de films. Au fil des ans, comme de nombreuses salles de cinéma en Afrique, le Rex a périclité. Ces dernières années la salle de cinéma n’est occupée que lors des rassemblements de l’église évangélique Kingdom Vision International Gospel Church (l’église évangélique internationale de la vision du royaume). Cependant les lieux étaient très peu entretenus et pratiquement à l’abandon. Akosua Adoma Owusu a donc décidé de réhabiliter le cinéma et d’en faire un lieu dédié à la vie culturelle alternative.

En octobre dernier, elle a lancé une campagne de financement participatif intitulée «Damn the man, Save The Rex» (A bas le système, sauvons le Rex), avec pour objectif la réhabilitation du cinéma Le Rex. Une initiative rare en Afrique de l’Ouest. Largement relayée sur les réseaux et la presse ghanéenne, cette initiative lui a permis de récolter plus de 9000 $. Récemment elle confiait qu’elle souhaiterait transformer le Rex en un lieu incontournable de la scène culturelle d’Accra. Elle aimerait y proposer des créations indépendantes, alternatives et pluridisciplinaires à des prix accessibles au plus grand nombre. Une belle initiative qui pourrait voire éclore le cinéma ghanéen.