Iran
12H18 - mercredi 11 décembre 2013

« Notre objectif est la la levée des sanctions qui pèsent sur l’Iran en échange de la poursuite d’un programme nucléaire civil »

 

Entretien en deux parties avec Ali Ahani, ambassadeur de la République islamique d’Iran en France. Nous avons pu aborder librement les sujets tels que l’accord sur le nucléaire iranien, les espoirs de changement que font nourrir l’élection du nouveau président Rohani, l’état de la peine de mort en Iran ou encore les relations avec Israël. Nous publions aujourd’hui la première partie de cet entretien. L’ambassadeur revient sur l’accord trouvé à Genève sur le nucléaire, le 24 novembre dernier.

Ali Ahani, Ambassadeur de la République islamique d’Iran en France

Vous avez été nommé par le précédent président Mahmoud Ahmadinejad et confirmé par son successseur élu en juin dernier. Quel changement représente l’arrivée au pouvoir d’Hassan Rohani ?

Je suis un diplomate de carrière, j’ai été nommé par Ali Khameinei, le Guide suprême à l’époque où il était Président de la République Islamique d’Iran, et ai travaillé avec tous les autres présidents, chacun ayant son langage, sa personnalité et ses caractéristiques. M. Rohani a été élu comme chaque président avant lui à travers le vote direct des citoyens.

Nous avons en Iran  un modèle de démocratie, en vigueur depuis la révolution islamique qui est basée sur la religion et est difficile à comprendre dans un pays laïc comme la France.

Le président Rohani a présenté une autre approche et fait preuve de plus d’ouverture que son prédécesseur et il a été élu. Le peuple iranien qui l’a choisi attend maintenant des évolutions sur différents sujets. M. Rohani connaît bien les dossiers internationaux grâce à sa grande expérience [NDLR : Hassan Rohani a été négociateur en chef du programme nucléaire de 2003 à 2005],  il peut représenter un espoir pour un engagement plus approfondi avec les pays voisins et d’autres pays qui seraient prêts à travailler avec nous sur la base du respect mutuel.

 

L’un des changements les plus visibles concerne le dossier nucléaire. L’accord trouvé le 24 novembre à Genève entre l’Iran et le groupe des 5+1 (France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine, Allemagne) prévoit que l’Iran n’enrichira pas l’uranium à plus de 5% et se destinera donc à un usage civil en échange de la levée des sanctions économiques. Vous avez déclaré qu’il s’agissait d’un accord « gagnant-gagnant ». Que cela signifie t-il ? 

Ce dossier est devenu très compliqué surtout ces dix dernières années. Le point de désaccord fondamental était  dû à l’absence de confiance de part et d’autre. Le groupe 5+1 avait des doutes quant à notre programme nucléaire même s’ils savaient bien que l’Iran n’était absolument pas doté de l’arme nucléaire.

Nous sommes signataires du traité de non-prolifération (TNP) dès sa mise en place en 1968 et notre Parlement l’a ratifié en 1970 et nous nous sommes toujours conformés à nos obligations. Mais cette méfiance ne nous permettait pas d’arriver à un compromis. Nous pouvons y arriver aujourd’hui sous la supervision de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA). L’accord de Genève prévoit que l’Iran continue son programme nucléaire civil et l’enrichissement d’Uranium en Iran à des fins civils sous surveillance de l’AIEA avec le respect de nos droits tels que définis dans le TNP de la part des 5+1 et parallèlement il y aura la réduction et puis la levée des sanctions.

 

« L’objectif final de cet accord est la levée des sanctions et la garantie de la poursuite du programme nucléaire civil et de l’enrichissement en Iran à des fins civiles »

Elle est prévue étape par étape. Une commission mixte doit suivre l’application de l’accord global et on fera le bilan dans 6 mois. Mais on peut être optimiste.

L’objectif final est la levée des sanctions et la garantie de la poursuite de notre programme nucléaire civil ainsi que l’enrichissement en Iran à des fins civiles. Vous savez, d’ailleurs, les caméras de l’AIEA surveillent attentivement les installations iraniennes. L’Iran, compte tenu de son poids politique et de son histoire, peut aider à résoudre les différentes crises qui existent dans notre région. Mais malheureusement, depuis des années aux yeux des pays occidentaux, le sujet nucléaire iranien avait jeté une ombre sur la possibilité d’exploiter pleinement le potentiel stratégique et stabilisateur de l’Iran dans la région.

 

L’accord de Genève est donc à mettre au crédit du président Rohani ?

Chaque président a sa méthode de travail et apporte une vision différente lors de sa prise de fonction.

Depuis qu’il est en place, le président Rohani a promis au peuple iranien qu’il essaierait de parvenir à une solution convenable sur le nucléaire. Cet accord a été conclu moins de 100 jours après son arrivée au pouvoir et a été accueilli favorablement de toutes parts par la communauté internationale, les 5+1 et l’Iran. Naturellement, le président Rohani reste sous pression sur le plan intérieur à cause de l’absence de confiance à l’égard de l’Occident et il faut être vigilant à ne pas perdre de temps.

 

Propos recueillis par Elie Levaï et Michel Taube

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