Edito / Editorial
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07H41 - mardi 15 octobre 2013

Un Front citoyen contre le Front national ?

mardi 15 octobre 2013 - 07H41

Opinion Internationale n’est pas un site partisan. Mais lorsqu’un parti hostile au respect des droits humains, de tous les droits humains pour tous les êtres humains, menace une démocratie, nous ne pouvons rester silencieux.

 

La candidat Front national Laurent Lopez après sa victoire, dimanche 13 octobre à Brignoles

La candidat Front national Laurent Lopez après sa victoire, dimanche 13 octobre à Brignoles

Certes le Front national est un parti fasciste, raciste et d’extrême-droite dans ses fondements et la philosophie de la plupart de ses dirigeants. Les preuves abondent mais nous n’en donnerons que deux : ce parti est pour le rétablissement de la peine de mort (soumise à référendum) et il veut remettre en cause le remboursement de l’IVG, considérant qu' »il existe suffisamment de moyens de contraception ».

Mais lorsqu’on a dit cela, la question se pose de la stratégie à conduire pour endiguer cette poussée populiste. Et elle se pose dans toute l’Europe où les partis populistes ou d’extrême-droite accèdent au pouvoir, comme en Norvège, où le Parti du Progrès a trouvé un accord avec le Parti conservateur pour former une coalition, sont tous proches d’y arriver comme en Autriche, ou influencent nettement la politique conduite par Viktor Orban en Hongrie.

Que penser de l’élection dimanche à Brignoles (Var, sud de la France) d’un conseiller général du Front national ? Que faire face à un Front national qui emporte une élection cantonale certes locale mais observée par toute la France alors même que la participation électorale a fortement augmenté entre les deux tours ?

Je repense à une expérience qui m’a profondément marqué. J’ai été en 1996 et 1997 l’un des organisateurs de la mobilisation « Front citoyen » qui avait fait descendre 100 000 citoyens européens dans les rues de Strasbourg le week-end de Pâques pour protester contre le choix de la capitale européenne des droits de l’homme par le président du FN (à l’époque Jean-Marie Le Pen) pour y tenir son congrès national cette année-là. La réalité est que cette mobilisation citoyenne n’avait en rien fait baisser le vote FN trois mois plus tard lors des élections législatives anticipées de l’époque. J’en ai tiré en 1998 un livre tristement prémonitoire : « On n’en a pas fini avec le Front national ».

Ma position est claire : on ne lutte pas contre la Front national en le vilipendant ou en brandissant sa menace à cor et à cri comme le font les dirigeants actuels du Parti socialiste qui confondent un peu trop le PS d’aujourd’hui avec le SOS Racisme qu’ils lancèrent dans les années 1980.

Certes, le Front républicain est une nécessité lorsqu’au deuxième tour d’élections, des candidats du FN menacent de l’emporter. Mais il ne peut tenir lieu de stratégie !

 

Moins on parle du FN et mieux c’est

 

Le Front républicain cache de moins en moins le fait que nos politiques sont désarmés face au phénomène FN. Il cache encore moins cette contradiction, voire cette supercherie qui menace encore plus la vie politique française. Comment peut-on dénoncer le Front national et appeler à un Front républicain lorsqu’on prône tous les jours des politiques qui lui empruntent des idées et surtout ses priorités ? La stigmatisation éhontée de l’immigration depuis 30 ans a fait le lit du Front national alors que cette immigration est encore et a toujours été une « chance pour la France » (titre de l’ouvrage du défunt Bernard Stasi en 1984). L’instrumentalisation politique de faits divers sécuritaires, le manque de moyens de notre politique pénale, la stigmatisation de certaines minorités sont autant de marqueurs d’une légitimation rampante du Front national.

Le Front républicain a surtout un inconvénient de taille qui pourrait renforcer encore davantage cette poussée d’extrême-droite : il laisse penser aux électeurs zappeurs qui sont majoritaires dans le corps électoral que la vraie, la seule alternative aux politiques menées depuis 30 ans, c’est le Front national. « La preuve, c’est qu’ils sont tous contre le FN », pensent bon nombre de ses nouveaux électeurs.

Si l’on veut endiguer la poussée « mariniste », il faut donc moins en parler. Arrêtons d’en faire le centre de nos débats politiques.

 

Trois défis pour faire reculer le Front national

 

Non, la dure réalité, c’est qu’on lutte contre le FN en tenant ses engagements : quand le non-cumul des mandats est voté, le FN recule. Quand le droit de vote aux étrangers est repoussé aux calendes grecques, on le fait progresser, notamment auprès des Français d’origine étrangère qui sont certainement nombreux à voter FN.

A contrario les affaires qui entachent l’honneur des dirigeants républicains de droite comme de gauche accréditent le « tous pourris » du FN et de nos électeurs zappeurs.

On lutte plus efficacement contre le FN en donnant du travail aux chômeurs, en libérant les forces économiques et en relançant une politique industrielle comme s’y efforce le ministre Arnaud Montebourg (d’autres élus de droite s’y sont essayé) qu’en annonçant un tour de France anti-FN ou en stigmatisant la population Rom… L’explosion du chômage et la crise économique concourent évidemment plus que les enjeux de sécurité, largement instrumentalisés, à la progression du Front national.

Il y a enfin le manque de dignité et de reconnaissance des Français : trop de Français sont oubliés par toutes les instances de représentation du pays, politiques, médiatiques et citoyennes. Lisez le récit qu’a tiré de sa traversée pédestre de la France pendant trois mois le généticien et humaniste Axel Kahn. Il a été bouleversé par le manque de dignité que ressentent des milliers de Français dans nos villes moyennes, nos ruralités et nos banlieues. Mais ce sont ces Français qui votent FN.

Pour renouveler et assainir la vie politique française, pour donner du travail aux chômeurs, pour redonner la parole à ces Français oubliés, bref pour relever ces trois défis qui seuls feront reculer l’extrême-droite, les citoyens doivent se mobiliser ! Oui à un Front citoyen entendu comme une mobilisation générale pour redresser la France et lui redonner joie, créativité et énergie, non à un Front républicain, fragile béquille qui ne résistera pas à la pression croissante de la menace frontiste.

Quelle tristesse de voir la France des droits de l’homme être l’un des pays d’Europe qui comptent le parti d’extrême-droite le plus puissant ! Les Français doivent réagir et ne pas laisser à nos politiques cette seule responsabilité.

 

Directeur de la publication

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