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15H34 - mercredi 9 octobre 2013

Peine de mort au Bélarus : Silence, on exécute !

mercredi 9 octobre 2013 - 15H34

Dernier pays d’Europe continentale à appliquer la peine capitale, le Bélarus exécute ses condamnés dans des conditions épouvantables, souvent à l’issue de procès sommaires.

Peine de mort

Peine de mort

Mardi 17 septembre, la condamnation à mort de Pavel Selioun était officiellement confirmée. Inculpé du meurtre de sa femme et de son amant en août 2012, le jeune homme de 23 ans s’est vu refuser sa demande de commutation de la peine capitale en peine d’emprisonnement. Cette décision de la Cour Suprême du Bélarus consacre la quatrième condamnation à la peine capitale de cette année. Pavel Selioun ne prendra probablement connaissance du verdict le concernant et du refus de grâce présidentielle que quelques heures avant d’être forcé de s’agenouiller et d’être abattu d’une balle dans la nuque.

Le processus de l’exécution fait froid dans le dos. En effet, les condamnés sont exécutés dans le secret le plus total, à la prison de Minsk. Ils ne sont informés qu’au dernier moment – le jour même – de leur exécution et ne peuvent ainsi se mettre en condition, si toutefois c’est possible.

Leur maintien dans une angoisse terrible jusqu’à leur mort fait de la peine de mort une véritable torture psychologique. En  novembre 2011, le Comité contre la Torture s’inquiétait des souffrances mentales infligées aux victimes comme aux familles. Ces dernières ne sont informées de l’exécution de leurs proches que plusieurs jours ou plusieurs mois après qu’elle ait eu lieu. Les familles sont coupées de tout droit à approcher le condamné, à communiquer avec lui. Enfin, le corps n’est pas remis aux familles, pas plus que ne leur est confié le lieu de la sépulture, ce qui revient à une privation de toute forme de deuil traditionnel.

La peine capitale au Bélarus s’apparente donc à un processus profondément déshumanisant et destructeur. Il s’inscrit de surcroît en dernier maillon d’un système judiciaire corrompu et inéquitable.

Dernièrement, l’attentat de la station Oktyabrskaya a été l’illustration de ce système judiciaire vicié. Le 11 avril 2011, une explosion dans le métro de Minsk a tué une quinzaine de personnes et en a blessé deux-cents autres. Deux suspects sont immédiatement arrêtés, Vladislav Kovalev et Dmitri Konovalov. Si Dimitri Konovalov a rapidement reconnu les faits, Kovalev nie en bloc. L’enquête est expédiée, d’autres attentats plus anciens – qui pourtant avaient déjà été attribués à d’autres terroristes – sont également mis au compte de Kovalev et Konovalov. Malgré l’absence évidente de mobile et malgré des preuves matérielles faisant cruellement défaut, les deux suspects ont été condamnés et exécutés, bien que Kovaliev ait clamé son innocence jusqu’à sa dernière heure, et en dépit de l’indignation de la communauté internationale. Lors de la condamnation des deux « terroristes », Catherine Ashton, le haut représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères, avait même appelé les autorités bélarusses à ne pas exécuter les deux accusés. En vain.

Procès inéquitables, refus à tous recours, aveux parfois extorqués par la violence psychologique et physique, forment donc le cadre de la peine capitale au Bélarus. Les dernières condamnations en 2013 ont amené les représentants de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) sur la peine de mort à exprimer à nouveau leur indignation et à réclamer un moratoire sur la peine de mort au Bélarus. La Russie elle-même avait, en 2012, sobrement exprimé son intérêt à ce qu’Alexandre Loukachenko, l’innamovible président bélarusse, en poste depuis 1994 se joigne au moratoire européen sur la peine de mort. Des sanctions européennes ont été prises envers le régime. Cependant, ce dernier n’a donné jusqu’à ce jour aucun signe de fléchissement.

Pourtant, au Bélarus, les mentalités semblent changer. Alors qu’un sondage de 1996 annonçait le peuple bélarusse favorable à 80% à la peine capitale, l’Institut indépendant des études socio-économiques et politiques du pays déclarait en 2012 que « 49,7% des Bélarusses estiment qu’il faut abolir la peine de mort« , ainsi que le rapporte le journal russe RiaNovosti

Journaliste