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10H51 - jeudi 19 septembre 2013

Noël Mamère : « je ne voterai pas le budget car l’écologie politique n’est pas une priorité du gouvernement. »

jeudi 19 septembre 2013 - 10H51

Entretien avec le député-maire de Bègles (Gironde) qui demande le retrait des ministres Verts du gouvernement.

 

Noël Mamère considère qu'il vaut mieux pour les ministres EELV quitter le gouvernement

Noël Mamère considère qu' »il vaut mieux pour les ministres EELV quitter le gouvernement « 

u’il vaut mieux pour les ministres EELV DE quitter le gouvernement »

 

François Hollande a annoncé le report de la taxe sur le diesel. Vous menacez de quitter Europe Ecologie les Verts (EELV) si les ministres écologistes restent au gouvernement dans ces conditions. Demandez-vous au gouvernement de revoir sa position ?

J’attends qu’il soit conforme à ses engagements : la transition énergétique doit être une réalité. Je crains au regard des informations que j’ai à deux jours de la conférence environnementale, que l’on propose des solutions cosmétiques. D’ailleurs certaines dispositions ont été prises et vont à l’encontre de la transition énergétique. On renonce à taxer les poids lourds, on met en place un plan d’investissement d’avenir qui accorde une trop grande place à des projets routiers et autoroutiers alors que nous considérions que ce n’était pas conforme à la transition énergétique, on autorise des prescriptions pour les agrocarburants supérieures à la moyenne et à ce qui a été décidé par l’Union Européenne. Cela va créer des effets d’aubaine pour des oligopoles comme sofiprotéol, dirigée par le président de la FNSEA, ce qui ne manque pas d’engendrer des conflits d’intérêts. Enfin, on ne taxe pas le kérosène sur les lignes intérieures, comme peuvent le faire les États-Unis par exemple. Tout cela ne va pas dans le sens de la transition énergétique. Je dis donc à mes amis : Depuis 30 ans, on se bat pour mettre en place cette transition énergétique et on pensait que si les écologistes faisaient partie du gouvernement, cela pourrait accélérer ce processus. D’année en année on constate que ce n’est pas le cas.

Est-il possible d’être en même temps écologiste et membre du gouvernement ? En d’autres termes, l’écologie politique est-elle compatible avec l’exercice du pouvoir ?

Oui, je pense que c’est possible. Les Verts allemands l’ont prouvé. Au sein du gouvernement de Gerhard Schröder, ils ont pesé pour que le gouvernement allemand décide de sortir du nucléaire d’ici 2020, une promesse sur laquelle Angela Merkel était revenue en 2010 avant de se raviser après Fukushima. Les écologistes ont vocation à changer la société. en France, nous avons un système électoral qui nous condamne, le rapport de force n’est pas en notre faveur. Nous ne sommes que 16 députés et la plupart d’entre nous avons été élus grâce à un accord avec le Parti Socialiste. Du coup donc cela instaure une certaine dépendance. Le PS n’a en plus même pas besoin de tenir compte de notre avis car il dispose de la majorité absolue à l’Assemblée Nationale.

Nicolas Hulot déclare dans son dernier livre que « il y a quelque chose de profondément vicié à EELV ». Vous partagez son point de vue ?

Nicolas Hulot a sans doute raison, c’est d’ailleurs pourquoi je prends des distances vis-à-vis d’EELV. C’est aujourd’hui un syndicat d’élus et un parti de salariés d’élus et davantage préoccupé par des combines d’appareil que par l’intérêt de la France.

Vous laissez entendre que vous n’êtes pas seul à avoir envie de quitter le parti…

C’est une décision personnelle. On verra si les ministres restent au gouvernement ou non. Je sais qu’il y a un certain nombre de militants qui s’éloignent et que des responsables s’interrogent. Mais, s’interroger ne suffit pas, il faut aussi prendre les dispositions pour que cela change.

Ne croyez-vous pas que ces divisions entraînent une désaffection de la politique encore plus importante auprès des citoyens ?

Les écologistes sont victimes comme tous les autres partis de cette crise de confiance. C’est à nous de nous rendre respectable et pour cela, il faut peut-être cesser tous ces petits calculs politiciens et rester fidèle à la ligne que l’on s’est fixé.

Votre position ne vise-t-elle pas surtout à sauver la mise d’EELV dans la perspective des élections municipales et européennes ? Vous craignez que les électeurs vous fassent payer le prix de ces renoncements gouvernementaux ?

Ce n’est pas le problème, si l’on veut rester crédibles auprès de nos électeurs, nous ne pouvons pas passer notre temps à avaler des couleuvres. Nous devons être capables de déterminer ce qui est nuisible pour nous et là où nous pouvons être utiles. Cécile Duflot et Pascal Canfin sont deux bons ministres, c’est une évidence mais la question est de savoir si l’écologie est considérée aujourd’hui comme une priorité. La réponse est non.

Au lendemain de la conférence environnementale, vous annoncerez donc que vous quittez EELV ?

Je ne sais pas ce que j’annoncerai, mais ce que je peux vous dire c’est que je ne voterai pas le budget car je sais que la conférence environnementale n’accouchera que de miettes, que d’un mauvais compromis qui est en train d’être élaboré avec la direction du parti pour faire passer la pilule et cela ne me convient pas. Cela ne veut pour autant dire que je quitterai le parti, j’aviserai.

Propos recueillis par Michel Taube et Elie Levaï