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12H05 - mercredi 4 septembre 2013

Syrie : Ne nous trompons pas d’ennemi, par Patricia Lalonde, Chercheur à l’IPSE et Secrétaire générale de MEWA (ONG travaillant pour le droit des femmes dans les pays arabes)

 

Alors que se profile une intervention militaire en Syrie en réaction à l’attaque chimique perpétrée par Bachar al-Assad le 21 août dernier, Patricia Lalonde, nous explique pourquoi une telle intervention ne serait bénéfique à personne.

Des islamistes issus du front djihadiste al-Nosra, affilié à al-Qaïda

Des islamistes issus du front djihadiste al-Nosra, affilié à al-Qaïda

Notre véritable ennemi en Syrie n’est ni Bachar al-Assad, ni les sunnites, ni les chiites, ni les alaouites, ni les kurdes, ni les ismaeliens, mais les groupes extrémistes liés à al-Qaïda comme al-Nusra.
Au moment où la communauté internationale se prépare à lancer une intervention militaire en accusant Bachar al-Assad d’être l’auteur de l’effroyable massacre aux armes chimiques, dans la région de Damas, nous devrions quand même explorer la piste d’une manipulation venant des groupes djihadistes.
Car enfin, nous n’allons pas faire le jeu des amis al-Qaïda, du groupe al-Nusra, ayant revendiqué l’attentat du gouverneur de la province de Hama pour se venger des morts de l’attaque chimique dont ils sont eux mêmes peut-être responsables !

Certaines informations font état de tunnels par lesquels des armes chimiques auraient été acheminées à destination des militants d’al-Nusra.

Intéressons-nous aussi à cette piste. Evitons de tomber dans un piège.

Nous connaissons les manipulations d’al-Qaïda depuis longtemps…Nous savons qu’ils possèdent du gaz sarin dans des camps en Irak….Nous savions qu’ils cherchaient à s’en procurer. Les Iraniens et les Russes en ont semble t-il des preuves…
Avant de nous aventurer dans une guerre qui ne fera que le jeu des groupes extrémistes, il conviendrait de réfléchir à deux fois.

Certes le régime de Bachar Al-Assad a voulu réprimer ses opposants de façon honteuse, mais depuis déjà plus d’un an, nous savons que les groupes d’al-Qaïda ont infiltré les rebelles et qu’ils cherchent à plonger la région dans un chaos qui ne sera pas constructeur.

Nous aurions dû forcer les rebelles démocrates et le gouvernement syrien à négocier à ce moment, évitant ainsi les innombrables et intolérables morts de civils.

Les inspecteurs des Nations Unies vont peut être apporter des indices différents de ceux de la voix officielle et pouvoir nous permettre de ne pas écarter d’office la piste d’une manipulation d’Al Nusra.

N’ajoutons pas la guerre à la guerre qui ne fera qu’accroitre le nombre de victimes déjà terrifiant.

Revenons à la table de négociation, concentrons nous sur la réussite de Genève 2. Ceci dans l’intérêt de tout le monde :

Celui de l’Armée Syrienne Libre (ASL), victime des manipulations des djihadistes et qui pourrait obtenir la formation d’un gouvernement provisoire et la tenue d’élections libres le plus rapidement possible.
Celui également des minorités chrétiennes, syriaques, et surtout des kurdes, qui ont été en première ligne face au combat contre les al-Nusra : ils pourraient obtenir l’indépendance du territoire qu’ils réclament et la possibilité de participer à la démocratisation et à la gouvernance de la nouvelle Syrie.
Celui des pays voisins :

D’Israël, qui n’a aucune envie de voir les djihadistes arriver au pouvoir en Syrie.
Ils savent qu’ils ont plus à craindre d’eux que du nouveau pouvoir en place à Téhéran qui serait sans doute prêt à négocier la paix avec Israël, pourvu qu’un pouvoir sunnite extrémiste djihadiste ne s’installe pas à leur porte.

Du Liban, qui si la guerre continue, sera plongé à nouveau dans une longue guerre civile, comme le montrent les deux attentats à Tripoli et à Beyrouth probablement perpétrés par les mêmes groupes djihadistes, pourfendeurs du chaos.

Enfin dans l’intérêt des puissances occidentales, si elles ne veulent pas que les amis d’al-Qaïda trouvent en Syrie un havre pour ses camps d’entrainement, destinés à organiser des attentats contre les infidèles de tout poil.

Et évidemment dans l’intérêt du peuple syrien, particulièrement, des femmes qui souffriront plus de la dictature des djihadistes, qui non contents d’appliquer la charia la plus extrémiste, n’hésiteront pas à réprimer dans le sang et les mutilations ceux et celles qui essaieront d’échapper à ses règles.

Cet ennemi que nous avons combattu en Afrique au Mali, au Nigeria, en Somalie, en Asie Centrale, en Afghanistan, cherche à s’installer au Moyen Orient :

Ne lui facilitons pas les choses. Le chaos constructeur n’existe pas. De deux maux, privilégions le moindre.

 

Chercheur à l'IPSE Secretaire générale de MEWA (ONG travaillant pour le droit des femmes dans les pays arabes)

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