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15H15 - mercredi 3 juillet 2013

Italie : Berlusconi est-il la face visible de la corruption ?

mercredi 3 juillet 2013 - 15H15

Lundi 24 juin, l’ancien Premier ministre italien, Silvio Berlusconi a été condamné à sept ans de prison ainsi qu’à l’interdiction d’exercer une fonction publique. Il était jugé dans l’affaire du scandale du Rubygate. Il s’agit  pour Berlusconi de la troisième condamnation cette année.  Ce jugement pourrait aussi avoir un impact sur le gouvernement de coalition d’Enrico Letta, soutenu par les amis de Berusconi.

 

berlusconi

Qu’ est-ce que l’affaire Ruby ?

Le 27 mai 2010, la jeune Karima El Mahroug, alias Ruby Rubacuori, une mineure, d’origine marocaine, est arrêtée pour vol par la police de Milan. A cette occasion, Berlusconi appelle la police et, usant de son pouvoir, leur intime l’ordre de libérer Ruby parce que – dit-il alors – elle était la petite-fille du président égyptien, Hosni Moubarak et qu’il fallait éviter un incident diplomatique. En réalité – ont précisé les juges – Berlusconi avait pour habitude d’avoir des relations sexuelles avec Ruby, qui était alors mineure, moyennant rémunération. Et dans tous les pays du monde, du sexe contre de l’argent, cela s’appelle de la prostitution.

Politique et corruption

L’histoire des procès de Berlusconi est une longue. Mais l’influence qu’il a pu avoir sur la société italienne a été fortement relayée par  les nombreuses chaines de télévision et de journaux, mais aussi  le club de football du Milan ACdont il est le propriétaire, en dépit des enquêtes et des décisions de justice.

En 2005, un fonctionnaire d’une société qui effectuait des écoutes téléphonique pour la magistrature, a offert à Paolo Berlusconi, frère de Silvio, un «cadeau de Noël» : l’enregistrement dérobé – en violation du secret de l’instruction – d’une conversation de Piero Fassino, membre du Parti Démocrate, qui évoquait la prise de contrôle d’une banque. En réalité, la conversation n’avait rien de juridiquement pertinent – comme a pu l’établir la justice – mais elle a permis à la télévision et aux journaux de Berlusconi – de créer une atmosphère de scandale national, et à faire passer le message que des pouvoirs occultes de la gauche voulaient contrôler l’économie. C’est sur la base de cette écoute que Berlusconi a bâti sa campagne électorale de 2006 : diffamer l’ adversaire politique pour éclipser ses propres procès.

L’objectif était de montrer que tous les politiciens sont corrompus, mais pourtant, lui seul, Berlusconi, faisait l’objet d’enquêtes. En février dernier, il a été condamné pour avoir payé 3.000.000 € afin d’acheter un sénateur du centre-gauche, Sergio De Gregorio, afin qu’il fasse tomber le gouvernement de Romano Prodi en 2008. Puis est venue la condamnation pour fraude fiscale : pendant plus de 20 ans – disait le jugement – les entreprises de l’ancien premier ministre plan ont simulés de faux achats et ventes pour faire de la fraude fiscale avec des montants se comptant en millions, et créer des flux de trésorerie mis à la disposition de ce même Berlusconi. Et enfin le procès Ruby.  Dans n’importe quel pays du monde moins de la moitié de ce qui vient d’être décrit suffirait à tuer politiquement un homme, mais pas en Italie.

Le cas italien

Tout d’abord, il existe des particularités dans le système juridique. Il y a trois niveaux de juridictions et la présomption d’innocence s’applique jusqu’à l’appel de la dernière décision. Mais la véritable anomalie réside dans la prescription, qui, en Italie, ne s’éteint pas au moment où vous intentez une action en justice, permettant ainsi aux accusés d’exploiter des vides juridiques et des exceptions. Berlusconi a déjà été condamné et à bénéficié de la prescription dans six procès. Mais du point de vue juridique, les condamnations n’existent pas. Ce qui permet de dire qu’il a toujours été acquitté et donc, qu’il est victime de harcèlement judiciaire.

Et l’histoire continue

Lorsque la Cour de Milan la semaine dernière a prononcé son jugement, l’Italie s’est divisée entre « les garantistes » et les « justicialistes », entre partisans et détracteurs de Berlusconi. Les premiers parlent de coup d’état judiciaire, de magistrature politisée, judiciaire, de juges conduit par l’idéologie. Pour eux, l’affaire Ruby est un procès moraliste qui met en accusation le style de vie d’un homme. Peu importe si cet homme exerce des fonctions publiques et qu’il soit susceptible de faire l’objet de chantages politiques.

Les « justicialistes », quant à eux,  ont exprimé leur joie à l’extérieur du tribunal en entonnant « Bella Ciao ! », le chant des partisans. Mais ces derniers sont les éternels déçus. Dans le chœur  symphonique des « justicialistes et garantistes », en effet, se fait entendre le silence du Parti démocrate, allié au gouvernement du Parti de la Liberté, qui a poussé à la démission la ministre de l’Egalité des chances et des sports Josefa Idem à démissionner la semaine dernière suite à une affaire d’évasion fiscale.

Même silence concernant une irrégularité fiscale, sur l’affaire Berlusconi, celui-ci continuant à s’accrocher au « sens des responsabilités nationales », qui impose au gouvernement de larges alliances pour pouvoir continuer à gouverner malgré tout.

Serena Grassia, journaliste italienne