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12H36 - jeudi 9 mai 2013

Les partis populistes sont-ils une alternative sérieuse aux partis tradtionnels ?

jeudi 9 mai 2013 - 12H36

A l’occasion de la journée de l’Europe, OI inaugure un nouveau thème consacré à la montée des partis populistes en Europe. Avec la crise économique qui frappe le continent, nombre d’électeurs se tournent vers ces partis qui tendent à concurrencer les partis dits « traditonnels ». C’est le cas en Italie, où Beppe Grillo a fortement bousculé le jeu lors des dernières élections. Serena Grassia, journaliste italienne, analyse pour nous ce populisme italien qui s’étend au-delà de la péninsule.

Beppe Grillo, symbole d'un populisme qui inquiète l'Europe

Beppe Grillo, symbole d’un populisme qui inquiète l’Europe

Un vote de protestation ou de changement ? Voici la question qui revient le plus souvent en Italie lorsque vous souhaitez conduire une réflexion sur le Mouvement 5 Etoiles ou  sur le « grillisme ». Ce mouvement, né sur les places, virtuelles et réelles, est devenu la première force politique du pays, pour laquelle des millions de personnes ont voté, considérant comme indignes les autres propositions politiques. Pour Pierluigi Bersani, leader du Parti démocrate et grand perdant des élections des 24 et 25 février 2013, les grillini n’étaient probablement que des brebis égarées à récupérer en route. Pour le Peuple de la Liberté, le parti de Silvio Berlusconi, peut-être ne s’agit-il que d’extrémistes exaspérés par les politiques de Mario Monti et Angela Merkel. Mais en fait, si l’on regard au-delà de l’Italie, on s’aperçoit que le grillisme n’est pas un fait étrange, mais bien un phénomène qui existe, sous des formes différentes, dans le reste de l’Europe et du monde.

Un phénomène européen

« Que se vayan todos ! » hurlent les indignados espagnols à la Puerta del Sol. Ils veulent renvoyer chez eux les vieux politiciens mais ne se présentent pas comme une alternative politique. Le mouvement Occupy proteste contre les lobbies financiers, c’est à dire contre le 1 % de la population mondiale qui régit la vie des 99 % restants. « Je Lutte des Classes » est le jeu de mots que les Français ont choisi pour incarner leur indignation face à la réforme des retraites. En Grèce, la pensée radicale a pris la forme d’un parti xénophobe, Aube dorée, qui a  déjà intégré le parlement. Et puis il y a le Portugal, la Bulgarie, la Slovénie, tous des pays européens où le malaise populaire face à la crise et à l’austérité converge vers les places, avec des accents plus ou moins incendiaires.

Le populisme, une alternative aux partis traditionnels pour leurs leaders

En Italie, il y a le Mouvement 5 Etoiles. « Rendez-vous, vous êtes cernés ! » ou « Tous à la maison ! » sont les slogans qu’hurlait Beppe Grillo sur les places pendant la campagne électorale. Ils ne diffèrent guère du cri des indignés espagnols et pourtant il y a une différence de poids : le grillisme se pose en tant qu’alternative politique, il dispose de son propre programme qui lui a permis d’intégrer le parlement et il se comporte aujourd’hui comme le principal parti d’opposition. Les électeurs qui ont opté pour un vote de protestation ont probablement été déçus par le choix du M5S d’empêcher la naissance d’un gouvernement dirigé par Pierluigi Bersani qui aurait approuvé les principales réformes et, encore une fois, le tiendra comme co-responsable de l’impasse politique dans laquelle s’est trouvée en Italie pendant les deux mois suivant les élections. En revanche, ceux qui ont voté pour le désir de changement apprécient la cohérence consistant à ne jamais céder aux flatteries de la « caste », pour ne pas se compromettre et à s’opposer sans relâche, même lorsque ces « NON » prennent la forme d’un obstructionnisme peu constructif. Quel est l’état de santé des partis en Italie aujourd’hui ? Difficile de se prononcer, car cela dépendra beaucoup de ce que le gouvernement actuel, constitué de larges alliances et présidé par Enrico Letta, parviendra à faire, notamment en termes de croissance et d’emplois. Il est cependant certain que les partis devront faire preuve de changement et de renouvellement s’ils veulent survivre à la vague de mécontentement et de désillusion dont Grillo est devenu le porte-parole

Serena Grassia, journaliste italienne