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09H22 - mardi 29 mai 2012

Les milices armées menacent la nouvelle Libye

mardi 29 mai 2012 - 09H22

Depuis le printemps 2011, Amnesty international a recueilli d’innombrables témoignages de personnes victimes de coups, décharges électriques, menaces de mort et autres mauvais traitements dans les centres de détention gérés par les milices armées anti-Kadhafi.

« J’ai quitté ma famille, risqué ma vie, je suis allé au front avec l’espoir d’un avenir meilleur (…) pour la liberté, la dignité et l’État de droit. Ce qui se passe actuellement en Libye, on ne s’est pas battus et sacrifiés pour ça ». Ce témoignage résume tous ceux qu’a recueillis Diana Eltahawy, spécialiste de la Libye à Amnesty international depuis la chute de Mouammar Kadhafi au printemps 2011.

La conclusion de Diana Eltahawy est sans appel : les violences physiques et la torture ont pris une tournure endémique dans la Libye post-Kadhafi.

C’est que différentes milices exercent leur vengeance contre ceux qu’ils pensent être restés loyaux à Kadhafi ou qui ont combattu à ses côtés. Les Libyens Tawargha subissent des agressions motivées par la vengeance, leur ville ayant servi de base aux forces de l’ancien dirigeant. Pire, les Tabous, un groupe culturel minoritaire déjà victime de discriminations sous le règne de Kadhafi, continuent à être maltraités. Les milices prennent également pour cible les migrants et réfugiés d’Afrique subsaharienne. Les femmes ne sont pas davantage épargnées.

Tous ne survivent pas aux actes de torture et Amnesty a dénombré une vingtaine de morts depuis avril 2011. Or, comme sous le règne Kadhafi, l’impunité règne. Aucun thuwwar, les combattants anti-Kadhafi, n’a été inquiété. Les gardes de la prison de Jdayem, pourtant placée sous l’autorité du ministère de la Justice, ont récemment laissé entrer des miliciens armés venus exercer des représailles. Procureurs et autres représentants du pouvoir judiciaire sont également inquiétés. De même pour les policiers qui cherchent à enquêter sur les cas de torture.

Si le Conseil national de transition s’obstine à soutenir que les violences et la torture ne sont pas systématiques et que la situation est en cours d’amélioration, le fait est que les milices armées menacent aujourd’hui les espoirs nés avec la chute du dictateur et la reconstruction du pays.