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13H47 - lundi 12 mars 2012

Sauvegarde animale : sacrifier des espèces pour en sauver d’autres ?

lundi 12 mars 2012 - 13H47

La déforestation, le réchauffement climatique, les gaz à effet de serre ou encore la destruction des habitats naturels sont autant de facteurs qui participent à la disparition de la faune et de la flore sur notre planète. Le fait que l’homme ait un impact direct sur cette réalité est aujourd’hui sans conteste.

 

Le capital sympathie du tigre est sans pareil et permet de récolter la majorité des fonds. DR

Dès lors il est de son devoir de lutter autant que possible pour la survie des espèces. Mais face à la multitude à sauver et aux moyens disponibles, un choix cornélien a fait surface : quelles espèces doit-on sauver et au détriment desquelles ?

 

 

L’importance du choix de communication

Début 2012, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a lancé 23 nouveaux projets pour la préservation de la vie sauvage dans le cadre de son programme Save our species (SOS). Ce programme, mené en collaboration avec la Banque mondiale et le Fonds pour l’environnement mondial, a déjà récolté 9,9 millions d’euros. Mais les organisateurs se fixent un objectif nettement plus vaste et ambitieux : inciter les entreprises privées à participer à la création du plus grand fond mondial pour la conservation des espèces d’ici à 2015. A noter que la société Nokia a déjà annoncé sa contribution.

Pour parvenir à récolter de telles sommes, l’UICN ne se prive pas d’utiliser le capital sympathie, voire la fascination, que suscitent certaines espèces telles que le panda, le tigre ou encore l’orang-outan. La vérité est cruelle mais indéniable, sauver un tigre majestueux vend plus de rêves que sauver des insectes parfois nuisibles et dont on comprend rarement l’intérêt pourtant capital à la biodiversité.

C’est un fait, tout comme un concessionnaire ne met pas ses occasions en avant pour attirer le client, les acteurs de la protection des espèces en voie de disparition évitent de faire de la blatte leur animal phare au profit de la « vitrine » que représente un panda, pour attirer les financements. Pour en être certain il n’y a qu’à se rendre au zoo de Beauval qui connaît une affluence record depuis l’arrivée de ses 2 stars Huan Huan et Yuan Zi. Il faut bien le comprendre, l’émotion est un facteur déterminant et une source de financement majeure en matière de protection des espèces : qui peut dire que la simple image de l’ours polaire perdu sur son morceau de banquise au milieu de l’océan n’est pas plus forte qu’un reportage sur les vers de terre ?

 

Selon l'UICN sur la totalité des espèces menacées 23 % sont de mammifères, 12 % des oiseaux, 42 % des tortues et 32 % des amphibiens. Les invertébrés ne sont même pas classées en raison de nos connaissances dérisoires en la matière. DR

Être bien né pour être sauvé

 

 

 

Actuellement il existe pas moins de 20 000 espèces menacées, répertoriées par l’UICN, qui nécessiteraient un plan de sauvetage pour éviter la disparition complète de certaines d’entres elles d’ici quelques décennies.

Face à cela, une question parfois timidement énoncée; mais le plus souvent évitée, revient fatalement : faut-il tenter de sauver les espèces en danger de disparition ? Et si non, lesquelles choisir ?

C’est en ces termes directs que le spécialiste en économie environnementale de l’Université de York, Murray Rudd, a décidé de faire un sondage sur internet auprès de 583 experts de la protection animale et végétale. Autant dire que le résultat est édifiant, puisque les réponses en demi-teinte ou franchement utopiste sur la possibilité de sauver toutes les espèces, si chacun y met du sien, ont laissé place à l’idée triage. Ainsi, 50,3 % des chercheurs interrogés sont « d’accord » et 9,3 % « tout à fait d’accord » pour se concentrer sur le sauvetage des espèces animales et végétales qui ont de sérieuses chances, plutôt que de s’acharner sur des familles dont on sait que la disparition est inévitable à court terme. Mais une fois l’idée du triage adoptée, reste le plus dur : définir les critères de sélection des espèces à sauver.

Deux approches sont alors possibles. D’un coté s’attacher à la zone géographique et s’attarder sur des aires naturelles où les espèces animales et végétales sont particulièrement nombreuses. C’est ainsi que l’ONG Conservation international a défini 34 « points chauds » qui ne recouvrent que 2,4 % de la surface de la Terre mais abritent 90 % de la biodiversité mondiale.

Autre possibilité, s’attacher aux espèces elles-mêmes et définir celles qui doivent être sauvées en priorité ; soit en tenant compte de leur capacité à générer des fonds, soit parce que leur préservation permet la préservation d’une multitude d’autres animaux ; soit encore les espèces qui rassemblent les 2 critères. Concrètement, le tigre bénéficie d’un capital sympathie évident donc source de fonds et sa protection passe par la protection de son habitat naturel : la forêt. Conclusion sa préservation dans les treize pays où il existe encore dépasse largement l’objectif initial de sauvetage de l’espèce.

Espérons que le choix portera sur un mélange des 2 solutions, car sur les 20 000 espèces en dangers, peu sont aussi emblématique que le tigre.

Laurie Mathy

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