Monde / World
12H53 - vendredi 2 mars 2012

Présidentielle US :
dissensions autour d’un « Orient compliqué »

vendredi 2 mars 2012 - 12H53

A quelques mois de l’élection du 45e Président des Etats-Unis, l’évolution de la situation au Proche-Orient constitue un des axes centraux de campagne. Côté Démocrates, Barack Obama tentera de rassembler autour de son bilan, alors que les prétendants Républicains multiplient les déclarations de soutien à l’Etat Hébreu.

Barack Obama et Benyamin Netanyahou. DR

Lorsqu’il prend, le 20 janvier 2009, la tête de la première puissance mondiale, Barack Obama veut modifier en profondeur les relations que l’Amérique entretient avec le reste de la planète. Porté par le souffle du renouveau qu’incarne son accession à la fonction suprême de sa nation, le nouveau Président affirme d’emblée sa volonté de rompre avec la politique Républicaine de son prédécesseur, en particulier concernant le dossier israélo-palestinien.

 

Le discours prononcé  à l’université du Caire, le 4 Juin 2009, sera la pierre angulaire de ce “new deal” moyen-oriental. Misant sur le dialogue avec les islamistes “modérés” en vue de marginaliser l’Islam radical, il cherche à rétablir la place des Etats-Unis au sein du concert des nations. Dès lors, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou est pressé d’accepter des concessions significatives : gel total et immédiat des implantations, division de Jérusalem au terme d’un processus de pourparlers ou encore reconnaissance d’un État palestinien souverain. Bien qu’aucune disposition concrète ne soit posée, Barack Obama reprend à son compte les propositions de Bill Clinton et devient, en octobre, prix Nobel de la paix, plus par anticipation de ce qu’il tend à faire que pour ce qu’il aura, en définitive, réalisé.

 

Bras de fer avec Israël

Très vite, le chantre du “Yes, we can” est placé face au leader de la Droite israélienne, qui, s’il lui concède un gel de 10 mois des constructions en Cisjordanie, conditionne la naissance du futur Etat palestinien à une démilitarisation de la zone.

Pour ce qui est de l’arrêt de la colonisation, Mr. Netanyahou rappelle que l’évacuation unilatérale de Gaza par Ariel Sharon n’avait pas fait éclore la démocratie mais, au contraire, porté au pouvoir le Hamas, exposant le sud du pays aux envois de roquettes. Le ton montera d’un cran lorsque le meneur du Likoud annoncera la construction de 1 600 logements dans le quartier de Ramat Shlomo, à Jérusalem-Est, pendant une visite du vice-président américain, Joe Biden, en mars 2010.

Mais l’apogée des tensions entre Washington et Jérusalem se cristallisera autour de la création d’un Etat palestinien basé sur des frontières antérieures à la Guerre-des-Six-Jours (1967), plaçant de facto la souveraineté de Jérusalem-Est côté arabe. “Les lignes de 1967 sont indéfendables parce qu’elles ne prennent pas en compte les changements démographiques. Nous ne pouvons pas revenir à ces frontières”, martèle fermement Netanyahou.

Pour le spécialiste du Proche-Orient, Alain Dieckhoff, si Barack Obama a “clairement réaffirmé les termes de référence en vigueur depuis les négociations de paix de 1994, évoquées en 2000 par Bill Clinton”, il a aussi eu “l’habileté de dissocier, d’un côté la question territoriale et sécuritaire et de l’autre les questions plus complexes de Jérusalem et des réfugiés”.

Toutefois, l’absence d’avancée significative concernant les questions clefs du conflit conduisent l’historien Pierre Rigoulot à considérer que “l’attitude adoptée est celle de l’attente. Après avoir condamné le principe de l’extension des colonisations, Barack Obama a ensuite insisté sur le principe de l’existence d’Israël. Il attend maintenant de voir les choses évoluer”, constate-t-il.

 

 

Mahmoud Abbas et Khaled Mechaal. DR

Les droits de l’Homme en berne

 

Côté palestinien, les prises de positions, plus favorables au monde arabe, de la nouvelle administration US auront porté, au cours de cette période, la volonté de reconnaissance d’un Etat au sein des Nations-Unies.

En effet, le président Mahmoud Abbas a multiplié les démarches pour obtenir l’adhésion à l’ONU d’un Etat de Palestine et, en parallèle, la condamnation de l’occupation israélienne.  “Nous allons poursuivre nos efforts au Conseil de sécurité et continuer à nous adresser à Genève”, a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le chef du Fatah a également évoqué la dégradation de la situation des droits de l’Homme sur ses terres, déplorant l’agrandissement des colonies, l’érection du mur de séparation et l’augmentation du nombre de prisonniers au sein des geôles israéliennes. Mais les espoirs de Ramallah ne semblent pouvoir se concrétiser, notamment à cause d’une dégradation majeure de la situation à Gaza.

En effet, les prises de positions négationnistes du chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, ainsi que les appels à l’éradication d’Israël, l’utilisation de femmes en tant que boucliers humains ou encore d’enfants-soldats, empêchent toute avancée diplomatique. Dernier fait en date : l’attaque de Mahmoud Abou Ramaha, militant des droits de l’Homme, poignardé par des individus du Hamas en janvier dernier pour avoir décrit la terreur interne palestinienne et demandé le respect de la légalité.

Parallèlement, les révolutions dans le monde arabe ont eu un effet de levier sur une potentielle réconciliation nationale entre Fatah et Hamas, esquissée en 2011, qui laisse une zone d’ombre significative sur la nouvelle orientation politique de la Palestine. Bien qu’ayant vivement salué la chute des dictateurs et que certains tels que le Président égyptien Moubarak comptait parmi les solides alliés de Washington dans la région, l’administration Obama craint aujourd’hui une prise de pouvoir par les Islamistes radicaux, faisant la part belle à ses détracteurs Républicains.

 

 

Mitt Romney et Rick Santorum. DR

Les Républicains à l’affût

 

A la veille des primaires dans le Michigan, les “Elephants” Mitt Romney et Rick Santorum multiplient les critiques sur les quatre années d’administration démocrate en matière de politique étrangère et renouvellent leur soutien indéfectible à Israël.

Pour M. Romney, Barack Obama a “entravé de façon incommensurable le processus de paix au Moyen-Orient et affaibli la posture de l’Amérique dans le monde”. Puis, il assure que son premier voyage en tant que président s’effectuera chez son “ami israélien”, où il réaffirmera “ le caractère juif de l’Etat”. Pour lui, l’Amérique ne doit pas “ jouer un rôle de meneur du processus de paix. Nous devons nous tenir aux côtés de notre allié”.

Outsider pour l’investiture du Parti républicain (GOP), Rick Santorum se place également sur les rangs des plus ardents défenseurs de l’Etat juif. “Israël est notre port d’attache au Proche Orient. Plus qu’un allié privilégié, c’est également un pays où règnent les droits de l’Homme (…). Pour moi, la Cisjordanie fait partie d’Israël”, assure-t-il.

Ainsi, les ténors du GOP renouent avec les analyses de Samuel Huntington, chère à George W. Bush, plaçant le “Choc de Civilisations” au cœur de la géopolitique actuelle. Mais l’objectif géostratégique se couple à une volonté avérée de rallier les quelques 78 % de l’électorat juif qui avait porté Obama à Washington.  Réponse le 6 novembre.

Aurel Barry