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13H49 - jeudi 16 juin 2011

Écrire pour sauver des vies. Témoignage d’une militante d’Amnesty International après 50 ans d’engagement

jeudi 16 juin 2011 - 13H49

 

Amnesty International ne fait l’économie d’aucun moyen de lutte contre les violations répétées des Droits de l’homme dans le monde. Alors qu’un seul clic suffit à signer une pétition internet, que des rapports approfondis et détaillés sur toutes les situations humaines sont rendus accessibles à tous, que des manifestations ont lieu dans chaque ville, Opinion Internationale met en lumière l’une des plus puissantes armes à la portée de chaque citoyen: l’écriture. Une discipline dans laquelle Mireille Boisson, militante pour Amnesty international depuis 42 ans, aime à s’illustrer.

 

 

Militante de la première heure

 

Mireille Boisson est une professeure burgienne – car c’est ainsi qu’on nomme les habitants de Bourg-en-Bresse – qui soufflera bientôt sa soixante-neuvième bougie. Derrière elle, quarante-deux années d’engagement pour Amnesty International. Quarante-deux années de lutte et de militantisme pour tous les peuples du monde qui auraient encore à pleurer qu’on piétine leurs droits. Quarante-deux années à brandir la bannière que Benenson avait été le premier à lever.

C’est un de ses amis étudiants, jeune avocat anglais et militant d’Amnesty de la première heure, qui lui fera connaitre cette association née en Angleterre quelques années auparavant. A cette époque, l’un des thèmes de campagne d’Amnesty était la lutte contre la Dictature des Colonels, qui écrasait la Grèce sous la répression des opposants. Touchée par ce combat qui concernait plusieurs de ses amis, et séduite par la dimension très apolitique d’Amnesty – qui la différenciait et la différencie encore de certaines autres associations – Mireille rejoignit l’association en décembre 1969.

Cette même période est marquée par les débuts d’une autre passion : l’Asie. Voyageant en Inde, puis au Vietnam et au Laos, ses pas finiront par la porter en Birmanie. « J’ai été immédiatement touchée par la beauté de ce pays, et la gentillesse de ces gens », explique Mireille Boisson. A cause de la dureté de la junte militaire, elle sera  officiellement  touriste et  officieusement militante d’Amnesty. Mireille fera de nombreux voyages en Asie… jusqu’à ce que ses discours sur les ondes radios et les plateaux télé, peu élogieux envers le régime militaire, amènent à la confiscation de son visa et à l’interdiction de séjour sur le territoire birman. Cette mesure radicale l’attriste toujours, mais Mireille se fait une raison. A présent, elle mène son combat depuis la France. Son expérience du terrain lui permet d’occuper – entre autres – le poste de coordinatrice Birmanie au sein d’Amnesty Internationale.

 

La lettre comme outil d’indignation

 

C’est donc une militante confirmée qui nous affirme que l’arme ultime du citoyen contre les abus et les violations des droits humains dans le monde entier, c’est la lettre. Lettre à la victime, lettre aux proches, lettre au geôlier et au bourreau, lettre au gouvernement. Son pouvoir ? Multiple. « Lorsqu’un homme, quelque part, commet un crime contre les Droits de l’Homme, il aimerait que cela reste secret. Donc des milliers de lettres qui viennent demander justice et réparation, c’est très gênant. » Cela a par exemple beaucoup gêné les geôliers d’Antoinette Chahine, jeune libanaise de 23 ans arrêtée en 1994 à la place de son frère, et condamnée à mort. La pression internationale a fait lever cette sentence, et, au lieu d’un camion-benne où on la jetait pied et poings liés, Antoinette a eu droit à un taxi pour son transfert vers le tribunal. Voilà qui est, aux yeux de Mireille, un exemple parlant des prouesses dont sont capables de simples lettres.

Et puis, comme elle le fait remarquer, « lorsqu’un directeur de prison reçoit des centaines de lettres de ce genre, il réfléchit. » Et il se dit que « si, dans son pays, dans son état, la situation venait à se retourner » – ce qui est fréquent, là où les droits humains ne sont pas respectés –«  il vaudrait mieux être dans le bon camp. »

Des mots pour faire pression sur les autorités mais aussi pour toucher les populations, précise Mireille. « Je me souviens personnellement d’un traducteur de français en mandarin en Chine qui, chargé de transcrire les lettres d’Amnesty International, a appris l’existence de l’association, de son combat, et de certains des abus qui avaient lieu dans son pays. » Et enfin, « on n’imagine pas le soutien moral que peuvent constituer ces lettres pour les Commissions Justice et Paix, qui travaillent sur le terrain, et dont la tâche est vraiment difficile. »

La force de la lettre est dans son nombre, dans les essaims qui agacent ou effraient les bureaucrates de toutes les dictatures. Mais pas seulement. « C’est aussi une affaire de persistance », martèle Mireille, qui ordonne que les dossiers d’intervention soient déposés et redéposés chaque mois, inlassablement. La lettre puise sa puissance dans une mobilisation massive, certes, mais également insistante.

En quarante-deux ans de vie au sein d’Amnesty International, Mireille Boisson aura eu le temps de voir beaucoup de victoires. De l’écriture citoyenne contre la violence et la répression, les souvenirs sont encore nets. Comment oublier ce chirurgien d’Allemagne de l’Est, arrêté pour avoir osé parler d’émigration, les poignets brisés par la torture ? Elle se souvient de sa gratitude suite aux milliers de lettres reçues par sa femme durant la détention.

Mireille n’oublie pas non plus le Conseil International du Mexique il y a six ans, durant lequel des cartons contenant des milliers de lettres furent déposés sur les trottoirs. Des lettres reçues par un ancien capitaine incarcéré pour avoir dénoncé la corruption dans son pays, et finalement libéré grâce à ce soutien. Ce jour-là c’est lui qui est venu déposer ces lettres, comme un ultime geste de remerciement. « Ce genre d’événement nous fait nous sentir vraiment utiles », constate modestement Mireille.

 

Quarante ans de lutte pour un monde meilleur ?

 

Et lorsqu’on lui demande si, après quarante ans de lutte, le monde est vraiment devenu meilleur, sa réponse est catégorique. « Certes, des conflits continuent d’agiter le monde et d’apporter les abus et les atrocités, certes, des états continuent de fouler au pied les droits de l’humain. Mais il y a cinquante ans de cela, beaucoup de peuple ignoraient leurs droits, ignoraient qu’il existait des textes qui garantissent la liberté et le respect de leur vie. » Un autre progrès lui apparait comme primordial, celui de la création de la Cour Pénale Internationale. « Cela signifie que l’impunité est maintenant terminée. Il y a quelques semaines, on a jugé les pilotes d’hélicoptère qui avaient jeté les opposants politique en mer, du temps de la dictature d’Argentine. » Ceux qui violent les droits humains fondamentaux ont désormais à répondre de leurs actes devant un tribunal.

Il ne reste alors plus qu’à écrire. Écrire avec tout le temps que notre quotidien peut nous laisser, écrire comme le fait Mireille Boisson, qui, la veille même de la rédaction de cet article, rédigeait une lettre à l’ambassade de Colombie pour demander la protection d’une jeune avocate engagée dans la défense des communautés indiennes déplacées par l’activité minière. Celle-ci avait reçu plusieurs menaces de mort, et ses collègues avaient été la cible de cambriolages. Mireille Boisson l’explique : « il suffit de bien décrire, dans la lettre, la situation critiquée, ainsi que les exigences, avant de l’envoyer à toutes les personnes et les pouvoirs concernées. » Et quand bien même le temps d’écrire venait à manquer, alors « il suffit d’un seul clic pour signer les pétitions d’Amnesty International. Si cela ne signifie pas le même engagement, j’encourage tout le monde à le faire. »

Écrire alors, inlassablement, et avec optimisme, car « c’est l’optimisme qui m’aura permis de rester engagée durant quarante ans auprès d’Amnesty International, un optimisme renforcé à chaque victoire à laquelle j’ai pu assister ». Un engagement guidé par la maxime que Mireille considère comme première : « La liberté se partage, mais ne se divise pas ».

Romain Leduc

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