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Asie /
13H51 - mercredi 23 juillet 2014

Aidez le film qui vous emporte « à l’ombre du Soleil Levant »

mercredi 23 juillet 2014 - 13H51

« A l’ombre du Soleil Levant » est un documentaire qui nous parle des exclus au Japon. La troisième puissance économique mondiale, dont la population avoisine les 130 millions de personnes, n’est épargnée ni par la pauvreté ni par la paupérisation d’une partie croissante de ses habitants. Mais, dans un pays qui se veut égalitaire et où le plein emploi et l’intégration dans la vie sociale étaient jusque-là la norme, la pauvreté reste perçue comme un signe de marginalité, une honte.

Damien Durand, réalisateur avec David Simon de « A l’ombre du Soleil Levant », nous éclaire sur l’angle de ce documentaire inédit qui recherche ses derniers financements pour boucler la post-production et trouver le diffuseur qu’il mérite.

ALOmbreDuSoleil


Pourquoi avoir choisi comme sujet de reportage la misère au Japon ?
 

Je m’intéresse beaucoup au Japon depuis de nombreuses années, j’y ai vécu et c’est donc naturellement que je suis devenu journaliste spécialisé sur ce pays et sa culture. Nous sommes partis avec David Simon d’un constat : le Japon renvoie en France l’image d’un Etat assez égalitaire. Celle-ci a été répandue notamment par l’émergence d’une classe moyenne forte après la seconde guerre mondiale, qui a donné lieu à un grand nombre d’études sur le sujet. Mais ce n’est pas fondamentalement le cas. Il existe au Japon une précarité assez importante et environ 25 000 personnes sont totalement sans abri. C’est évidemment moins qu’en France, surtout ramené proportionnellement à la population du pays. Pour rappel, les Japonais sont deux fois plus nombreux que les Français.

Mais cette pauvreté est très singulière, elle existe mais reste invisible, on ne la voit jamais. Du fait de certains facteurs inhérents à la société japonaise et notamment à la perception de la pauvreté, elle est aussi quasi-définitive. Il est très dur d’en sortir car elle n’est jamais relayée, contrairement à la France où il y a quand même une mise en avant de la pauvreté et d’associations très puissantes, y compris financièrement. Par exemple, on n’envisage pas en France une élection présidentielle sans que les candidats expriment leur point de vue quant à la lutte contre la pauvreté. Au Japon, c’est l’exact inverse, les associations sont très faibles, et on fait face à des dénis politiques de la question. Toutes proportions gardées, c’est certainement bien pire d’être pauvre au Japon qu’en France, car là-bas, vous n’existez tout simplement pas.


Pourquoi cette réaction des Japonais envers la pauvreté ?

Dès la fin de l’occupation américaine en 1952 s’est enclenchée une généralisation de l’enrichissement des habitants, et donc de la classe moyenne en pleine explosion, pendant plusieurs décennies. Pour se souvenir de ce que signifie la pauvreté, il faut être né au milieu des années 40 et donc avoir plus de 70 ans aujourd’hui. Depuis cette époque donc, le pays a toujours été prospère car, même pendant la crise, le chômage plafonnait à 4 ou 5%. La norme pour tous restait donc d’avoir un emploi et de payer aisément ses factures.

Il est important de comprendre que la quasi-totalité des Japonais ignore ce qu’est la pauvreté, même les personnes engagées dans le social ou dans des partis de gauche ne fréquentent pas de pauvres, voire n’en ont jamais vus. Beaucoup d’entre-eux nous ont dit qu’ils pensaient que la misère sévissait seulement en Afrique. Cette pauvreté japonaise invisible fait qu’elle reste méconnue même chez les personnes qui s’y intéressent.

Le nombre réduit de pauvres et le très faible taux de chômage font que la norme sociale reste d’avoir un emploi stable et un logement – certes parfois modeste – même en ayant fait peu d’études, même en étant peu qualifié.

Au Japon, tout pousse à l’intégration donc celui qui ne l’est pas est de facto suspect. L’inclusion c’est la norme, l’exclu c’est l’exception, donc il est présumé coupable. L’idée est donc répandue que quelqu’un qui dort dans la rue ou dans sa voiture est bizarre et réellement anormal. En France, il y a quand même une tendance chez la moyenne des gens à considérer que sur un concours de circonstances négatif on peut tout perdre et se retrouver à la rue. Au Japon ce raisonnement est très difficile à concevoir car on perd rarement son emploi – ou on en retrouve un très vite. On a donc tendance à considérer que quelqu’un sans domicile fixe est responsable de sa situation. Cela crée un sentiment de méfiance de la part des autres, même de la part de ceux qui veulent prendre en charge la pauvreté, et évidemment un sentiment de honte chez la personne démunie.

Ce dernier élément est très important car au Japon la Constitution et les lois imposent la prise en charge des personnes pauvres. Dans l’absolu, les dispositifs sociaux prévus sont assez généreux, et une personne seule peut – en principe – toucher au moins 900 euros par mois, nettement plus pour une famille. Il y a donc une vraie politique de prise en charge, mais beaucoup ne ne la demandent pas, même parmi ceux qui y ont droit. Les pauvres ont honte de demander de l’aide et sont très peu informés des possibilités de soutien. Nous avons même relevé une certaine tendance des fonctionnaires ou des assistants sociaux à ne pas inciter les bénéficiaires à faire ce type de demande. Résultat : seulement 15% des personnes qui ont droit à l’équivalent du RSA – mis en place depuis une dizaine d’années – le touchent. En France, c’est 92 à 95%. Au Japon, on considère que c’est plutôt aux familles de prendre en charge les personnes pauvres. Mais la honte d’être pauvre peut conduire à une autocensure, à un cercle vicieux et, au final, à une rupture avec ses proches. Si très peu de personnes sollicitent cette aide sociale, il devient très stigmatisant de la demander, et donc encore moins de personnes osent faire valoir leur droit à la toucher.

Vous avez rencontré facilement des sans-abris pour votre tournage ?

Le sentiment de honte très fort rend la quasi-totalité des pauvres méfiants et hermétiques à ce type de démarche. Heureusement, ayant travaillé un an au Japon comme professionnel de la presse, j’étais sur un terrain favorable grâce à aux contacts de mon réseau qui nous ont permis de trouver des points de chute et de rencontrer des personnes du métier, ce qui nous a aidé à approcher les Japonais les plus démunis.

Nous avons travaillé en étroite collaboration avec différentes associations. Il faut du temps pour apprendre à se connaître et créer un climat de confiance, car nous sommes dans une démarche journalistique parfois éloignée de leur préoccupations. L’accueil a été très bon. Les associations nous ont permis de pénétrer le milieu de la pauvreté de rue, car comme elle est invisible elle est par définition difficile à appréhender.

Nous avons été confrontés à de nombreuses histoires humaines très touchantes. L’une d’elle m’a particulièrement ému, celle d’un homme d’environ 35 ans qui travaillait dans la finance et s’est retrouvé à la rue. Pendant un an sa famille n’a rien su. Il n’a jamais voulu leur demander de l’aide, mais ils étaient quasi-voisins, il dormait à proximité de là où sa famille habitait et quand il allait les voir il donnait le change pour cacher sa situation. Il m’a aussi raconté quelque chose d’à la fois très fréquent mais très choquant pour nous : une partie de la jeunesse nipponne, des lycéens et étudiants, se défoule sur les sans-abris. Il a un jour subi une agression au feu d’artifice.

Nous avons principalement tourné à deux endroits : Osaka et Tokyo. Osaka est la deuxième région urbaine du Japon et c’est là où se concentre une bonne partie de la pauvreté, notamment pour des raisons historiques assez complexes. Ce sont surtout des anciens travailleurs journaliers, en particulier du secteur du bâtiment, et qui avec les crises successives ont perdu leur emploi. A Tokyo la situation est différente, la pauvreté est plus multiple et diffuse, ce qui est aussi lié aux problèmes économiques actuels. C’était vraiment deux approches différentes. À Osaka la pauvreté date d’une quarantaine d’années, tandis qu’à Tokyo elle est bien plus récente et plus complexe. Osaka était aussi plus difficile à appréhender car ce sont des populations qui vivent en groupe et acceptent mal le regard extérieur. Nous avons parfois été chassés mais le plus souvent on nous réservait un accueil correct. Il faut également savoir qu’à Osaka il y a une certaine présence du crime organisé sur la question de la pauvreté, notamment parce que les personnes pauvres et jeunes sont souvent recrutées par des agences d’intérim de la mafia pour travailler sur le site de Fukushima. C’est un phénomène assez connu, les pauvres servent de ressource aux yakuzas. Donc c’est compliqué de les aborder mais nous y sommes tout de même parvenus grâce au gros travail de préparation que nous avons fourni. 


Vous avez tourné un documentaire pour lequel vous faites appel au soutien de nos lecteurs pour financer la post-production. Comment le film s’est-il construit ?
 

J’ai proposé le scénario de reportage à la société Mediagroup Direct qui y a trouvé un potentiel éditorial à ce sujet quasi inédit en France. Nous avons commencé à l’élaborer en août 2013. Pierre Bonati, le producteur, a décidé de prendre en charge la majorité du financement, à savoir le tournage du reportage qui a été finalisé. Nous avons sollicité un financement participatif, le crowdfunding, pour financer la post-production.

Le film est donc aussi l’histoire d’une rencontre entre un passionné du Japon, un financier engagé, et un réalisateur intéressé par la culture nippone, David Simon. Tout le monde s’est investi dans ce projet ambitieux et nous avons plutôt bien réussi malgré les conditions de tournage délicates. En effet lorsque nous nous y sommes rendus, le Japon était en pleine saison des pluies, il fallait donc se débrouiller pour tout faire à deux, toujours avec professionalisme et sans mettre en danger le matériel exposé aux pluies diluviennes. 


Pourquoi un financement via le crowdfunding ?

Nous avons choisi ce type de financement pour la post-production car cela favorise les contributions sur ces plateformes participatives. En effet, les donateurs sont plus enclins à financer un projet s’il a de grandes chances d’aboutir. Or, notre film étant déjà tourné, il sortira, c’est une certitude. Néanmoins, la somme récoltée sera décisive car elle décidera de la qualité finale du reportage, et donc améliorera ses chances de diffusion. En effet, parmi la masse de documentaires filmés chaque année, c’est sur les petits détails qu’on fait la différence. Il est donc indispensable pour nous d’avoir un montage et un étalonnage. Nous avons pour l’instant reçu un accueil modeste mais prometteur, mais nous avons des échos selon lesquels le film serait assez attendu au Japon, car c’est un sujet que même les médias nippons traitent très peu car peu vendeur a priori. 

Propos recueillis par Anissa Duport-Levanti

LogoDocu« A l’ombre du Soleil Levant »

Un film de Damien Durand & David Simon
Durée : 60 min, HD, Couleur
Une production Mediagroup Direct

Pour participer au financement de la post-production du documentaire

La page facebook du documentaire

 

 

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