Edito
21H01 - jeudi 12 février 2026

Après le retrait partiel des Occidentaux, les Émirats arabes unis en leaders de l’aide humanitaire.

 
Après le retrait partiel des Occidentaux, les Émirats arabes unis en leaders de l’aide humanitaire

Des Palestiniens déplacés se rassemblent pour recevoir de la nourriture d’une organisation caritative à Deir el-Balah, dans la bande de Gaza. Photo : Ashraf Amra

Alors que le système humanitaire est en proie à une crise inédite, la baisse globale des financements dédiés redessinant les contours d’un système jusqu’ici alimenté en grande partie par les Etats-Unis et l’Europe, d’autres acteurs émergent pour répondre à l’urgence. Au cœur de cette recomposition, les Émirats arabes unis s’affirment comme un leader humanitaire en puissance.

La situation est grave. Partout, des voix s’élèvent pour alerter sur l’urgence de la crise humanitaire. « Nous sommes profondément inquiets face à l’ampleur des besoins et à la manière dont nous pourrons y répondre » s’alarmait Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du programme de gestion des urgences sanitaires de l’OMS, le 3 février dernier devant la presse.   

 

Tarissement de l’aide humanitaire mondiale : une tendance qui s’accélère

Si l’inquiétude grandit, elle n’est que le miroir des enjeux actuels. En 2026, on dénombre près de 240 millions de personnes dépendantes de l’aide humanitaire à travers le globe ; une situation qui s’inscrit dans un contexte où les conflits armés ont doublé en l’espace de 15 ans, selon le Comité International de la Croix-Rouge. Le constat est dramatique alors que les besoins humanitaires augmentent, obligeant à “faire un tri de la survie humaine” comme le dénonçait Tom Fletcher, sous-secrétaire général aux affaires humanitaires de l’ONU, le 16 juin 2025.

L’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, il y a un an, n’est pas étrangère à l’aggravation de la crise du système humanitaire, sans être toutefois son unique cause. Avec la suppression de plus de 90% des financements des programmes à l’étranger de l’USAID (United States Agency for International Development) en 2025, l’aide humanitaire mondiale est désormais privée d’une majeure partie de ses donations. Des pertes considérables et difficiles à compenser à court voire à moyen terme. Par ailleurs, ces coupes financières ne sont pas isolées, la France a également acté une baisse du budget de l’aide publique au développement au sein du budget 2026. Un recul de près de 38% par rapport à 2024 selon Coordination Sud.

La chute des financements est d’autant plus alarmante qu’elle rappelle à quel point l’aide humanitaire est dépendante de quelques donateurs seulement, les Etats-Unis et l’Europe en tête. En 2025, et ce malgré le retrait américain, plus de 60% des fonds provenaient toujours de ces mêmes acteurs. 

 

Une place à prendre

La posture américaine vis-à-vis de la question humanitaire n’est pas anodine ; si elle est tributaire d’un contexte économique mondial en tension, elle est également le symbole d’un effritement progressif du leadership occidental en la matière, les donateurs historiques laissant progressivement la place à de nouveaux acteurs. Au Moyen-Orient, où les conflits armés se sont aggravés, les Emirats arabes unis s’imposent comme un pivot de l’aide humanitaire. En 2025, la totalité de leurs dons a atteint la somme de 1,46 milliard de dollars, derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Leur présence renforcée dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) appuie ce constat, notamment à Gaza et au Soudan où les besoins humanitaires sont considérables. Là encore, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 44% de l’aide globale arrivant à Gaza est fournie par les Emirats arabes unis selon l’ONU, ils y sont le premier pays donateur depuis le début de la guerre, le 7 octobre 2023. Au Soudan, leur action les place au rang de second donateur derrière les Etats-Unis. Un engagement qu’ils réitèrent en 2026 en promettant plus de 500 millions de dollars en aide humanitaire. « Cette contribution témoigne de notre engagement indéfectible à garantir que les populations civiles touchées par cette guerre civile dévastatrice puissent accéder aux biens de première nécessité » avait rappelé Lana Zaki Nusseibeih, ministre d’État au Ministère des affaires étrangères émirati, lors d’une conférence de pays donateurs du Soudan qui s’est tenue aux Etats-Unis début février.

 

Vers la fin d’un système ?

Au regard de la baisse généralisée des financements à l’aide humanitaire, il est légitime de s’interroger sur la survie du modèle onusien à long terme. L’approche multilatérale, inhérente à son fonctionnement, est peu à peu boudée par les acteurs émergents. « Le système d’aide des Nations unies est un mécanisme coûteux, peu flexible, et qui n’offre qu’une faible visibilité à ses acteurs principaux. Il est possible que certains pays cherchent à y accroître leur influence, mais il est plus probable qu’ils interviennent de façon bilatérale, ce qui leur permet de développer des réseaux, une diplomatie et une visibilité à l’échelle continentale », analyse Bertrand Taithe, professeur à l’Université de Manchester.

Stratégie de l’immédiateté, approche plus utilitaire remettant en cause le dogme d’une aide humanitaire indifférenciée… La nature même de l’assistance internationale est en train d’être réinventée. Et les EAU comptent bien y jouer leur rôle.

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication

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