
Comment passe-t-on du malaise économique au vote extrémiste ?
Depuis 2020, un étrange divorce s’est installé au cœur de nos économies occidentales. D’un côté, des marchés financiers euphoriques, dopés à la liquidité, à la technologie et à l’optimisme boursier. De l’autre, des citoyens-consommateurs anxieux, méfiants, voire résignés.
La fracture n’est plus conjoncturelle. Elle est devenue structurelle.
Le défi central de la prochaine élection présidentielle est là…
Les graphiques sont sans appel. En France, le CAC 40 a presque doublé depuis la crise sanitaire, tandis que la confiance des ménages, mesurée par l’INSEE, s’est durablement installée sous sa moyenne historique.

On observe le même scénario en Europe avec l’Euro Stoxx 50. Même dissonance outre-Atlantique entre le S&P 500 et l’indice de confiance de l’Université du Michigan.
La Bourse anticipe le futur. Le consommateur, lui, se concentre sur l’instant présent et redoute la fin du mois.
Une économie à deux vitesses
Cette divergence n’est pas un accident. Elle est le produit de choix économiques assumés : nous avons été « anesthésiés », quasiment drogués, par des politiques monétaires ultra-accommodantes. Ces politiques monétaires ont généré une inflation des actifs financiers et immobiliers. Nous avons d’une part un environnement qui a exacerbé la mondialisation des profits, et de l’autre une amplification de la localisation des contraintes et de la financiarisation de l’économie réelle.
Chacun ressent autour de lui le résultat de ces politiques :
👉 les détenteurs d’actifs se sentent plus riches,
👉 les classes moyennes et populaires se sentent plus fragiles.
Pas besoin de ces graphes pour comprendre cette dissociation. Bien sûr la croissance existe, mais elle est perçue comme abstraite, mal partagée, concentrée. La richesse s’accumule, pourtant elle semble hors de portée. Quand la prospérité devient invisible, la confiance s’étiole…
Le carburant économique du populisme
C’est ici que l’économie rejoint la politique.
Car ce décrochage entre indices boursiers et moral des ménages épouse presque parfaitement la montée des votes dits « protestataires », qu’ils soient d’extrême droite ou d’extrême gauche.
Ce n’est pas la pauvreté qui nourrit le populisme. C’est le sentiment de déclassement, d’injustice, d’abandon.
Quand les marchés battent des records pendant que l’on renonce à chauffer correctement son logement ou à se projeter pour ses enfants, le récit dominant devient inaudible.
Et le système, illégitime.
Les extrêmes prospèrent alors sur ces constats que chacun partage. Ils embrayent ensuite en profitant du désarroi d’une grande partie de la population et leur assènent des propos simplistes et des promesses vagues.
Mais nous pouvons encore réagir. Comme je l’écris dans mon livre, « Radicalement Républicain », « le mur n’est pas une fatalité ». Xavier Bertrand le dit également, avec ses mots, dans son remarquable dernier livre : « Rien n’est écrit ».
Nous pouvons mettre fin à l’écart grandissant entre les deux courbes ci-dessus, non pas en stigmatisant la création de richesse et la hausse de la Bourse : Nous pouvons agir sur la confiance des ménages.
Réconcilier la valeur et le sens
La question centrale n’est donc pas : Faut-il mettre fin à la hausse des marchés, pénaliser la création de valeur ? Bien sûr que non.
La hausse de la Bourse signifie une chose : les investisseurs anticipent une amélioration de l’activité économique, de la santé de nos entreprises et ils misent sur une augmentation de la création de richesse dans notre pays. Il faut nous en féliciter, c’est une chance, une opportunité.
La vraie question est : Comment reconnecter la création de valeur financière avec la confiance collective ? comment réconcilier valeur, dans toutes ses significations, et sens ?
Cela suppose :
- de réhabiliter le travail dans la répartition de la richesse,
- de sécuriser les trajectoires de vie,
- de rendre lisible l’utilité sociale de la croissance,
- et de remettre la classe moyenne au cœur du pacte économique.
Faute de quoi, nous continuerons à vivre dans des sociétés où les valorisations des actifs montent… pendant que la confiance s’effondre, comme notre République car une démocratie ne se gouverne pas longtemps contre le moral de son peuple.
Les marchés peuvent ignorer les citoyens un temps. Les citoyens, eux, finissent toujours par se faire entendre. Souvent dans les urnes. Parfois dans la colère, dans la rue, sur les carrefours ou devant l’Assemblée Nationale.
L’un des enjeux majeurs que doit traiter un candidat, Radicalement Républicain, à l’élection présidentielle, pour éviter le mur de la fatalité du vote populiste, est là : prendre en compte ce profond malaise. Il faudra à ce candidat proposer, et incarner, des mesures concrètes pour redonner confiance à la Nation. Quitte à être disruptif, surtout en étant disruptif, courageux, audacieux. Il lui faudra sortir des sentiers battus pour décliner ces mesures afin que chacun puisse vivre dignement. C’est ainsi que nos citoyens pourront se projeter dans un avenir meilleur que leur quotidien.
Il nous faut rompre avec la trajectoire actuelle et cela passe naturellement par le travail, en permettant à nos jeunes de trouver un emploi, à nos seniors de le conserver aussi longtemps qu’ils le souhaitent, en tenant compte de la pénibilité et des carrières des femmes. Il nous faut travailler plus et mieux.
Mais, en parallèle, il faut, enfin, booster notre pouvoir d’achat : il faut que le travail paie plus.
La rupture que j’évoque nécessite de repenser ce qui nous lie et réécrire notre pacte social. Il en va de notre crédibilité collective. Retrouver l’adhésion de nos citoyens implique de redonner confiance. Cela passe par une relance de la politique de la Ville, une Ville sûre, sécurisée, apaisée, avec une vraie politique du logement en cohérence avec un plan transport modernisé et une stratégie pour tous nos territoires. Une vraie Politique des Territoires en somme.
C’est cela que je décris dans mon dernier livre « Radicalement Républicain ». C’est ainsi que nous pourrons éviter les extrêmes et la violence qui les accompagnerait inéluctablement.
Le vote populiste n’est pas une fatalité, à condition de redonner confiance à notre Nation.
Patrick Pilcer
Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers, auteur de « Radicalement républicain. Le mur n’est pas une fatalité. » (disponible dans la Librairie Opinion Internationale)


















