Edito
10H02 - jeudi 5 février 2026

Paris ne peut pas devenir la salle des fêtes des bourreaux de Téhéran : le Pavillon royal ne peut accueillir l’anniversaire de la révolution islamique d’Iran ! L’édito de Michel Taube

 
Paris ne peut pas devenir la salle des fêtes des bourreaux de Téhéran : le Pavillon royal ne peut accueillir l'anniversaire de la révolution islamique ! L'édito de Michel Taube

Nous avons cru que c’était une fake, tellement c’est gros !

Le Pavillon Royal, dans le Bois de Boulogne, entre le 16ᵉ arrondissement de Paris et Neuilly-sur-Seine, s’apprêterait à accueillir le 11 février une réception célébrant l’anniversaire de la prise de pouvoir de la République islamique d’Iran. Une information qui pourrait passer pour une simple location commerciale, une soirée diplomatique de plus dans la longue liste des événements parisiens, si elle ne portait pas en elle une charge symbolique d’une gravité exceptionnelle.

Le 11 février 2026 marquera la 47ème anniversaire de la victoire de la révolution islamique d’Iran. En cette année de révolution de Norouz, déjà entachée de milliers de morts et de blessés, la Ville-lumière, ne peut se joindre à cette fête.

Il est des dates en effet qui devraient se vivre dans le silence du recueillement, et non sous les lustres d’un salon parisien loué pour la circonstance. Il est des anniversaires qui devraient susciter la mémoire des victimes, et non la célébration mondaine d’un pouvoir qui, depuis près d’un demi-siècle, fait couler le sang de son propre peuple. Et il est des lieux qui, par leur histoire, leur élégance, leur situation au cœur de la capitale française, ne peuvent devenir, sans que cela choque profondément, le décor d’une fête officielle au bénéfice d’un régime dont la signature est la répression.

Car la République islamique d’Iran n’est pas un régime comme les autres. Son histoire est jalonnée d’exécutions massives, de torture institutionnalisée, de répressions féroces contre des manifestants pacifiques, d’assassinats politiques, de prisons où l’on disparaît, de tribunaux où l’on ne juge pas mais où l’on condamne d’avance. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques ont été exécutés ou sont morts en détention. Des milliers d’Iraniens ont fui leur pays pour échapper à la peur, à la censure, à l’arbitraire.

Fêter la « victoire » de ce régime dans un lieu parisien n’est pas neutre. Ce n’est pas anodin. Ce n’est pas seulement une affaire de contrat, de traiteur, de location de salle et de vaisselle. C’est, qu’on le veuille ou non, offrir un écrin respectable à ce que ce régime considère lui-même comme sa légitimité historique. C’est contribuer, par le simple fait d’ouvrir ses portes, à la normalisation d’un pouvoir qui, ailleurs, fait taire ses opposants dans le sang.

La question posée n’est donc pas juridique, ni même commerciale. Elle est éthique. Elle est morale. Elle est politique, au sens le plus noble du terme. Peut-on, au cœur de Paris, laisser se tenir une célébration qui, pour les exilés iraniens, pour les familles des victimes, pour tous ceux qui ont perdu un frère, une sœur, un parent dans les geôles du régime, ressemble à une provocation insupportable ?

Ceux qui ont trouvé refuge en France, ces millions d’exilés qui ont fui l’Iran depuis quarante-sept ans, verront dans cette réception non pas une soirée diplomatique ordinaire, mais une gifle symbolique. Comme si, le temps d’une nuit, la capitale française devenait la salle des fêtes des bourreaux de Téhéran.

Il appartient au Pavillon Royal de mesurer la portée de ce choix. Il appartient aussi à la mairie du 16ᵉ arrondissement et aux autorités compétentes d’apprécier ce que signifierait, pour l’image du quartier, pour l’image de Paris, pour l’image de la France, la tenue d’un tel événement. Autoriser, sécuriser, encadrer cette réception, ce serait, aux yeux de beaucoup, cautionner symboliquement ce qu’elle célèbre.

L’enjeu dépasse de loin un simple événement mondain. Il touche à ce que nous acceptons, ou non, de voir se dérouler sous nos yeux, dans notre pays, au nom d’une neutralité commerciale qui, ici, n’en est pas une. La France ne peut pas être, même pour quelques heures, le décor feutré d’une célébration qui glorifie un régime dont tant d’innocents continuent de payer le prix.

Au moment où les Gardiens de la Révolution , pilier de la République islamique, ont été enfin été classés sur la liste des organisations terroristes, il est encore temps de renoncer. Il est encore temps de rappeler, par un geste simple, que certaines portes ne peuvent pas s’ouvrir à n’importe quelle mémoire. Certaines fêtes ne peuvent pas avoir lieu partout. Et certains anniversaires ne peuvent se célébrer qu’à huis clos, loin des lumières de Paris.

 

Michel Taube

Directeur de la publication