Edito
17H45 - vendredi 21 août 2026

Denis Sassou N’Guesso : « comme le Congo dans son ensemble, la Grande Foire Agricole du Congo a un bel avenir. »

 
Denis Sassou N’Guesso : comme le Congo dans son ensemble, la Grande Foire Agricole du Congo a un bel avenir. »

Copyright Louis Marcel Satou (Global Africa – TeleSud)

Monsieur le Président de la République du Congo, six mois après la première édition de février 2026, quel regard portez-vous sur la dynamique enclenchée par la Grande Foire Agricole du Congo dont nous avons rendu compte du succès ?

Six mois après la première édition, je constate qu’une dynamique est désormais engagée. Le site rénové et agrandi témoigne de l’engagement de l’État en faveur du monde agricole congolais. Nous avons voulu que cette deuxième édition franchisse une nouvelle étape avec des infrastructures renforcées, une participation accrue, davantage d’exposants et de visiteurs, une représentation plus large de nos départements et une ouverture internationale affirmée.

Cette foire répond à une attente de nos agriculteurs, de nos éleveurs et de nos transformateurs. L’État est déterminé à les accompagner dans la durée et à créer les conditions de leur développement. La Grande Foire Agricole du Congo est désormais un rendez-vous majeur de notre politique agricole ; un espace où se rencontrent les producteurs, les transformateurs et les acteurs économiques, au service du développement de notre agriculture.

 

Lors de votre allocution d’ouverture, vous avez déclaré « qu’un peuple qui ne produit pas ce qu’il consomme n’est pas un peuple libre. Tous les ans, à la même date – à cheval avec la fête nationale, ce qui est aussi un symbole – nous célébrerons l’indépendance de notre pays et annoncerons aussi la marche vers l’indépendance ».

Pouvez-vous nous préciser ce que représente, concrètement, cette marche vers l’indépendance alimentaire que vous avez annoncée ?

L’indépendance politique n’est jamais totalement acquise si elle ne s’accompagne pas d’une capacité à nourrir sa population. Notre ambition est de produire davantage et mieux. Pour cela, nous devons agir sur l’ensemble de la chaîne pour transformer, conserver, transporter et commercialiser nos productions dans de bonnes conditions. Nous devons également améliorer l’accès aux équipements, à la mécanisation, au financement et à la formation. C’est toute cette chaîne de valeur qu’il nous faut renforcer.

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Congolais qui hésitent encore à s’engager dans les métiers de l’agriculture ?

L’avenir de notre agriculture, c’est notre jeunesse. Je veux dire à celle-ci que l’agriculture n’est pas un retour vers le passé. Elle est au contraire l’un des secteurs d’avenir de notre économie : un secteur d’emplois, d’entrepreneuriat, d’innovation et d’autonomie. Nous devons changer le regard porté sur ces métiers. Être agriculteur aujourd’hui, ce n’est pas seulement cultiver une terre. C’est pouvoir entreprendre, utiliser de nouvelles technologies, transformer une production, créer de la valeur et des emplois.

C’est pourquoi nous devons continuer à investir dans la formation, la mécanisation et l’accompagnement de nos jeunes.

Les femmes jouent également un rôle essentiel dans notre économie agricole. Elles sont présentes dans la production, la transformation et la commercialisation. Il est donc naturel qu’elles soient pleinement associées à cette transformation. C’est un engagement que j’ai pris devant la Nation dès mon investiture, et que je continue de traduire en actes. L’Académie de l’entrepreneuriat agricole en est une illustration Elle met à disposition un fonds de 100 millions de F CFA destiné aux meilleurs projets portés par de jeunes congolais, femmes et hommes.  La souveraineté alimentaire se construira dans les villages, dans les exploitations, dans les coopératives et dans les entreprises. Elle ne se décrète pas depuis Brazzaville mais se construit avec les producteurs.

 

Cette édition a accueilli des délégations étrangères, notamment du Mali, du Sénégal et de Chine. Quel rôle le Congo entend-il jouer dans une coopération agricole régionale et internationale ?

La présence de nos partenaires du Mali, du Sénégal et de Chine à cette édition n’est pas un hasard. Nous devons profiter de l’expérience de nos partenaires pour être performants, tout en respectant nos terres et nos méthodes propres. Aujourd’hui, nous achetons encore beaucoup à nos partenaires. Mais notre ambition, à moyen terme, est aussi de leur vendre notre production, de devenir nous-mêmes un partenaire commercial pour la région, et non plus seulement un marché. C’est tout le sens de cette ouverture internationale que nous assumons pleinement.

 

Comment ces partenariats s’inscrivent-ils dans votre stratégie de développement pour le pays ?

Notre pays a un grand avenir devant lui. Nous bénéficions de conditions climatiques très favorables pour développer notre agriculture et notre stratégie est claire : devenir souverains très prochainement sur le plan alimentaire. Notre ambition est de nous positionner comme un acteur majeur de la région, et pourquoi pas au-delà, car notre pays a tous les atouts naturels pour y arriver. Mais les atouts naturels ne suffisent pas et nous devons nous organiser, apprendre, et générer des vocations, comme je l’évoquais à propos de notre jeunesse, pour être à la hauteur de ces enjeux.

 

Vous avez annoncé que la GFAC se tiendra désormais chaque année à la même période. Quelle est votre ambition pour les prochaines éditions ?

 La Grande Foire Agricole du Congo est désormais un rendez-vous annuel, ancré dans notre calendrier national. Mon ambition pour l’agriculture congolaise est simple : que dans les années à venir, notre pays nourrisse son peuple par lui-même. C’est une question de souveraineté, et c’est une question de dignité. Le thème de cette édition, « Nourrir la Nation pour honorer la Patrie », nous rappelle également que nous devons penser l’agriculture dans le temps long. Développer notre agriculture, c’est produire davantage pour répondre aux besoins de notre population, mais c’est aussi produire mieux, en préservant notre environnement. Le Congo possède un patrimoine naturel exceptionnel. Nos forêts, nos écosystèmes et notre vie sauvage constituent une richesse que nous avons le devoir de préserver. Nous ne devons pas opposer développement agricole et protection de la nature. Notre ambition doit être de trouver cet équilibre : nourrir notre population, créer des emplois et de la richesse, tout en protégeant les ressources naturelles qui feront vivre les générations futures.

Nous continuerons, chaque année, à mesurer le chemin parcouru et à fixer de nouveaux caps, jusqu’à ce que cette ambition devienne une réalité pour chaque congolais.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Michel Taube

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Directeur de la publication