
N’y a-t-il qu’en France que l’on abandonne ses légendes ?
Michel Platini fut le plus grand joueur de l’histoire du football français. Puis il gravit, un à un, tous les échelons jusqu’à la présidence de l’UEFA. À cette époque, beaucoup voyaient déjà en lui le futur patron du football mondial.
Le destin en décida autrement.
Une affaire qui l’a empêché de briguer la présidence de la FIFA, et dont il n’a jamais cessé de contester les fondements, a brisé son ascension. Depuis, les décisions de justice lui ont été largement favorables, mais le mal était fait : le fauteuil de Zurich lui avait échappé.
La France, il faut bien le reconnaître, ne l’a pas défendu avec l’énergie qu’elle aurait dû. D’autres pays savent protéger leurs champions lorsqu’ils sont attaqués. Pas nous. Mais cela est une autre histoire.
Onze ans plus tard, l’Histoire semble pourtant offrir un étonnant retour de balancier.
Gianni Infantino, que l’on croyait intouchable, traverse aujourd’hui la plus grave crise de son règne. Son projet de faire entrer des investisseurs privés au capital des compétitions de la FIFA a provoqué une véritable révolte. L’UEFA, plusieurs grandes fédérations européennes, la CONCACAF et même certains de ses plus proches collaborateurs prennent désormais leurs distances. Arsène Wenger lui-même a tenu à préciser publiquement qu’il n’avait jamais été associé à cette stratégie.
Pendant des années, Infantino a bâti son pouvoir sur une FIFA toujours plus riche, toujours plus centralisée, toujours plus politique. Ses relations privilégiées avec le Qatar, sa proximité affichée avec Donald Trump et sa volonté de transformer les grandes compétitions en actifs financiers ont fini par alimenter une profonde défiance bien au-delà de l’Europe.
En mars prochain se jouera l’élection du président de la plus puissante organisation sportive de la planète. Ce scrutin dépassera largement les frontières du football. Il dira quelle vision doit l’emporter : celle d’une gouvernance toujours plus financiarisée ou celle d’un football redevenu un bien commun au service du jeu.
La FIFA n’a pas seulement besoin d’un nouveau président. Elle a besoin de retrouver une âme.
Et c’est là que le nom de Michel Platini revient naturellement dans les conversations. Non par nostalgie. Mais parce qu’il demeure l’un des rares hommes à réunir ce qui manque aujourd’hui au football mondial : une immense légitimité sportive, une expérience des institutions et une vision du jeu avant celle du business.
Son retour paraît improbable. Mais qui aurait imaginé, il y a seulement quelques semaines, que Gianni Infantino se retrouverait aussi fragilisé ?
Au fond, la plus belle revanche de Michel Platini serait peut-être celle-là : revenir non pour régler des comptes, mais pour rendre au football mondial ce qu’il semble avoir perdu depuis bien longtemps.
Et, reconnaissons-le, voir un ancien Ballon d’Or français présider enfin la FIFA aurait tout de même une certaine allure.
Michel Taube



















