Edito
11H46 - mardi 4 août 2026

Ceuta ou le rêve d’Europe brisé pour Emmanuel Macron ? L’édito de Michel Taube

 

Ceuta ou le rêve d’Europe brisé pour Emmanuel Macron ? L’édito de Michel Taube

Emmanuel Macron rêvait d’Europe.

De ses grands discours de la Sorbonne à la création de la Communauté politique européenne, ouverte jusqu’à la Turquie, le président français s’est voulu l’architecte d’un nouveau projet européen. Une Europe plus intégrée, plus fédérale, guidée par Paris.

La crise migratoire de Ceuta vient pourtant rappeler une réalité bien plus brutale : l’Europe qui émerge aujourd’hui n’est plus celle qu’il imaginait.

Vingt-deux États membres de l’Union européenne viennent d’adresser un courrier commun réclamant un durcissement radical de la politique migratoire européenne. Parmi les signataires figurent de nombreux gouvernements de sensibilités diverses, unis par une même conviction : les règles actuelles ne permettent plus de protéger efficacement les frontières de l’Europe.

Et la France ?

Elle se retrouve dans une position aussi rare que révélatrice : isolée, aux côtés de l’Espagne et du Portugal, sur l’un des sujets les plus structurants de l’avenir européen.

L’image est forte.

Au moment où plus de 60 000 migrants ont tenté de pénétrer à Ceuta en quelques heures, une immense majorité des États membres demande davantage de fermeté, tandis que Paris continue de défendre une ligne beaucoup plus prudente.

Ce décalage dépasse largement la seule question migratoire.

Il révèle un basculement politique profond.

Depuis plusieurs années, une nouvelle majorité d’idées s’impose progressivement en Europe. Une Europe davantage intergouvernementale et où l’intégration fédérale, à ne pas écarter totalement, doit se concentrer, comme l’entendaient les pères fondateurs de l’Europe, sur des domaines spécifiques et stratégiques.

Une Europe des nations qui privilégie la protection des frontières, la souveraineté et le réalisme plutôt que les grands projets institutionnels. Et un Europe des projets, à la carte et réunissant des puissances volontaires.

Giorgia Meloni en Italie, Donald Tusk en Pologne, les gouvernements scandinaves, les pays baltes, l’Autriche, la République tchèque ou encore plusieurs États des Balkans participent, chacun à leur manière, à cette recomposition.

L’Europe de demain sera probablement plus à droite, plus pragmatique et beaucoup moins idéologique.

L’immigration n’en est que le premier chapitre.

Demain, cette nouvelle majorité pourrait peser sur les questions de défense, sur les grands investissements industriels, sur la politique énergétique, sur la compétitivité économique ou encore sur les futures réformes institutionnelles.

En voulant construire une Europe toujours plus intégrée, Emmanuel Macron risque de quitter le pouvoir dans une Europe qui aura choisi exactement le chemin inverse.

 

Michel Taube

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Directeur de la publication