
Dans une lettre ouverte au Premier ministre, 50 parlementaires* demandent de mobiliser une petite part de l’épargne des Français, en lien avec la Caisse des dépôts et consignations, pour financer une grande politique de prévention et d’adaptation au climat.
De même que l’épargne publique finance le logement social, la sécurité civile devrait bénéficier de la même approche et de la même ambition. Ainsi, les parlementaires soulignent que « notre défi collectif est de construire la résilience des territoires, dans une logique d’investissement d’intérêt général, au service de l’adaptation. »
Dans une tribune qui accompagne cette initiative, Sophie Panonacle, députée de la Gironde et du Bassin d’Arcachon, alerte sur l’insuffisance des moyens consacrés à la prévention des feux de forêt et appelle à repenser notre modèle de gestion forestière. Elle plaide également pour la mise en place d’un grand pacte national d’adaptation au changement climatique, à la hauteur des enjeux auxquels notre territoire est désormais confronté.
Tribune :
Feux de forêt,
nous avons encore une guerre de retard
Par Sophie Panonacle, Députée de la Gironde
Cet été, la France et tout particulièrement les départements de la Gironde et des Landes sont ravagés par des feux géants. Le constat est accablant : des dizaines de milliers d’hectares partis en fumée avec des conséquences désastreuses sur l’environnement et des centaines de milliers de personnes déplacées avec des impacts graves sur leur état de santé. Le bilan est lourd : des dizaines de sapeurs-pompiers blessés, des centaines de maisons et de locaux commerciaux détruits, des milliers d’entreprises à l’arrêt.
Les raisons de la colère
Depuis les mégafeux de La Teste et de Landiras en 2022, qu’avons-nous raté ? Qu’est-ce qui ne va pas dans notre pays ? A l’évidence, ce sont les catastrophes qui déclenchent les moyens, alors que ce sont les moyens qui devraient éviter les catastrophes. Le choix est de payer les dégâts plutôt que d’investir dans la prévention. C’est ainsi. Nous avons un problème avec l’anticipation. Pourtant l’inaction coûte beaucoup plus cher.
En 2026, force est de constater que les promesses ne sont pas intégralement tenues. Le choc émotionnel passé, l’oubli opère. Notre modèle réagit à chaud sans tenir compte des alertes répétées des scientifiques.
Nous nous réjouissons que les maires et leurs équipes gèrent, dans l’urgence, la protection de leurs populations. Nous nous félicitons que l’héroïsme des sapeurs-pompiers, la solidarité entre les forces de sécurité, la mobilisation des personnels de santé et la générosité citoyenne fonctionnent à plein et en font oublier les conséquences de l’imprévisibilité.
La guerre du feu exige plus de moyens matériels et humains
La polémique sur le nombre d’aéronefs commandés n’est pas à la hauteur des enjeux. A l’évidence, la quantité de Canadairs et d’appareils équivalents est trop faible pour pouvoir intervenir dès les feux naissants. De même, les moyens aériens doivent être basés à proximité des massifs les plus à risque. La forêt des Landes de Gascogne en est un.
Le courage des sapeurs-pompiers n’est pas la variable d’ajustement aux crises climatiques récurrentes. Ils méritent mieux que des tonnerres d’applaudissements. Au-delà de ce qui a déjà été fait, nous devons sans attendre améliorer le statut des professionnels et les modalités d’engagement des volontaires.
Les coupes tactiques engagées à la hâte témoignent de notre négligence coupable. Aussi, à l’écoute des services de la Sécurité civile, de l’ONF et en concertation avec la DFCI, il s’agit de créer les protections indispensables pour les populations des communes en lisière des espaces forestiers. De même, il faut prévoir des pare-feux encadrant un lot de parcelles d’une surface qui ne devrait pas excéder 1 000 hectares.
Il est également indispensable de multiplier les chemins d’accès pour les pompiers, les bornes d’incendie et les points d’eau.
En résumé, un nouveau modèle d’exploitation de la forêt de production doit être engagé. C’est le sens du travail législatif que je porte avec des députés et sénateurs de tous bords politiques.
Il est urgent de passer à l’action en finançant un grand pacte national d’adaptation pour répondre aux conséquences de la sécheresse, des inondations, de l’érosion côtière, de la perte de biodiversité… Le changement climatique ne nous attend pas.
Il bouleverse déjà la vie de nos concitoyens et l’intégrité de nos territoires.
Les signataires de la Lettre au premier ministre :
Balanant Erwan, député du Finistère (MoDem) ; Bazin Thibault, député de Meurthe-et-Moselle (DR) ; Bonnet Nicolas, député du Puy-de-Dôme (ECO) ; Bouyx Bertrand, député du Calvados (HOR) ; Brard Jean-Michel, député de Loire-Atlantique (HOR) ; Brosse Anthony, député de Loiret (EPR) ; Buchou Stéphane, député de Vendée (EPR) ; Calvez Céline, députée des Hauts-de-Seine (EPR) ; Cameron Danièle, députée de Haute-Savoie (EPR) ; Castellani Michel, député de Haute-Corse (LIOT) ; Coggia Nathalie, députée des Français établis hors de France (EPR) ; Colombani Paul-André, député de Corse-du-Sud (LIOT) ; Cosson Mickaël, député des Côtes-d’Armor (MoDem) ; Davi Hendrik, député des Bouches-du-Rhône (ECO) ; Delaporte Arthur, député du Calvados (SOC) ; Delautrette Stéphane, député de la Haute-Vienne (SOC) ; Delattre Nathalie, sénatrice de la Gironde (RDSE) ; De Pélichy Constance, députée du Loiret (LIOT) ; Dhersin Franck, sénateur des Hauts-de-France (UC) ; Dubré-Chirat Nicole, députée de Maine-et-Loire (EPR) ; Fait Philippe, député du Pas-de-Calais (HOR) ; Fiévet Jean-Marie, député des Deux-Sèvres (EPR) ; Firmin Le Bodo Agnès, députée de Seine-Maritime (HOR) ; Frébault Moerani, député de la Polynésie française (EPR) ; Fruchon Alix, députée de l’Indre (DR) ; Fugit Jean-Luc, député du Rhône (EPR) ; Gervais Sabine, députée de Charente-Maritime (MoDem) ; Gouffier-Valente Guillaume, député du Val-de-Marne (EPR) ; Gosselin Béatrice, sénatrice de la Manche (LR) ; Gosselin Philippe, député de la Manche (DR) ; Harribey Laurence, sénatrice de la Gironde (SOC) ; Havet Nadège, sénatrice du Finistère (RDPI) ; Ibled Catherine, députée de Paris (EPR) ; Jourdan Chantal, députée de l’Orne (SOC) ; Josso Sandrine, députée de Loire-Atlantique (MoDem) ; Klinkert Brigitte, députée du Haut-Rhin (EPR) ; Larrouquis Benoît, député des Français établis hors de France (EPR) ; Lecamp Pascal, député de la Vienne (MoDem) ; Le Feur Sandrine, députée du Finistère (EPR) ; Ludmann Véronique, députée de l’Oise (HOR) ; Marchive Bastien, député des Deux-Sèvres (EPR) ; Matray Paulette, sénatrice de Saône-et-Loire (SOC) ; Nadeau Marcellin, député de Martinique (GDR) ; Neuder Yannick, député de l’lsère (DR) ; Parmentier Lecocq Charlotte, députée du Nord (HOR) ; Plassard Christophe, député de Charente-Maritime (HOR) ; Poussier-Winsback Marie-Agnès, députée de Sein.e-Maritime (HOR) ; Rohfritsch Teva, sénateur de la Polynésie française (RDPI) ; Ronceret Anne-Cécile, députée des Yvelines (EPR) ; Sas Eva, députée de Paris (ECO) ; Tanguy Liliana, députée du Finistère (EPR) ; Toussaint Parigi Paul, sénateur de Haute-Corse (UC) ; Violland Anne-Cécile, députée de Haute-Savoie (HOR) ; Viry Stéphane, député des Vosges (LIOT).

















