
La visite de Marco Rubio à Manama n’avait rien d’une simple étape protocolaire. En posant le pied à Bahreïn ce jeudi 25 juin, le secrétaire d’État américain a confirmé une évidence que les derniers mois ont rendue impossible à ignorer : quand il s’agit de sécurité régionale, de dialogue et de désescalade, le Royaume de Bahreïn reste l’un des partenaires les plus fiables des puissances occidentales comme des États arabes. Pour Washington, mais aussi pour Paris, qui entretient de longue date une politique de présence dans le Golfe, cette fiabilité vaut de l’or.
Le Moyen-Orient sort à peine d’une guerre. Le protocole signé le 17 juin entre Téhéran et Washington a ouvert une fenêtre de soixante jours pour négocier un règlement durable, et chaque capitale de la région retient son souffle. C’est dans ce contexte que la réunion du Conseil de coopération du Golfe (CCG), tenue à Manama en présence de Rubio, prend tout son sens : Bahreïn s’impose comme une plateforme de concertation entre des acteurs aux intérêts parfois divergents. Pour la diplomatie française, soucieuse de garder une voix qui compte dans cette région, disposer d’un tel relais n’a rien d’anodin.
Une diplomatie qui choisit la mer plutôt que la confrontation
Le soutien de Manama aux efforts visant à garantir un passage libre et sûr dans le détroit d’Ormuz, où la médiation omanaise joue un rôle clé, envoie un signal fort. Dans une région où la moindre étincelle fait flamber les cours du brut et désorganise le commerce mondial, Bahreïn mise sur la coopération.
Le calcul est lucide. La prospérité du royaume, comme celle de tout le Golfe, repose sur la liberté de navigation et la prévisibilité des échanges. La menace de péages imposés sur le détroit, brandie un temps par Téhéran, a d’ailleurs fait long feu : aucun autre pays ne la soutient, et le Brent vient de repasser sous les 75 dollars, loin des sommets atteints pendant le conflit. Quand certains cherchent encore à transformer Ormuz en levier politique, Bahreïn défend une route maritime dont dépend aussi une partie des approvisionnements français.
Bahreïn abrite la Ve Flotte américaine depuis des décennies. La visite de Rubio rappelle que cette relation ne se résume pas au volet militaire : elle repose sur une lecture commune de la sécurité régionale, de la lutte contre les menaces et de la protection des voies commerciales.
En promettant que les intérêts des pays du Golfe seraient pleinement pris en compte dans les discussions avec l’Iran, le chef de la diplomatie américaine a confirmé le poids accordé à Manama et à ses voisins. Le royaume ne se contente pas du statut d’allié fidèle ; il pèse sur la définition des équilibres à venir. Une influence dont l’Europe, et la France au premier rang, tire indirectement profit, à mesure que se développent les coopérations économiques, industrielles et de défense avec les États du Golfe.
Le roi Hamad, garant de la continuité stratégique du royaume
Cette influence régionale est indissociable de la vision portée par Sa Majesté le roi Hamad ben Issa Al Khalifa. En recevant Marco Rubio au palais royal, le souverain a une nouvelle fois affirmé que Bahreïn entendait poursuivre une politique fondée sur le dialogue, la coopération et la recherche de solutions diplomatiques aux crises régionales. Les échanges ont porté sur le renforcement des relations bilatérales, la coopération économique, les questions de défense ainsi que les principaux dossiers internationaux, témoignant d’une volonté commune d’approfondir un partenariat déjà ancien.
Le roi Hamad et le secrétaire d’État américain ont également réaffirmé l’importance de respecter le protocole d’accord conclu avec l’Iran, estimant que le dialogue et la diplomatie demeurent les meilleurs instruments pour préserver la sécurité régionale et la paix internationale. Dans une période où les tensions géopolitiques restent vives, cette approche tranche avec les logiques d’escalade qui ont trop souvent marqué le Moyen-Orient.
Depuis son accession au trône en 1999, le roi Hamad a progressivement fait de Bahreïn un partenaire reconnu des grandes puissances occidentales tout en consolidant son rôle au sein du Conseil de coopération du Golfe. Sa diplomatie privilégie les alliances durables, la stabilité régionale, l’ouverture économique et la coopération sécuritaire. Cette constance explique largement pourquoi le royaume jouit aujourd’hui d’une crédibilité solide auprès de Washington, mais aussi de plusieurs capitales européennes, à commencer par Paris, qui voit en lui un interlocuteur fiable pour développer des coopérations en matière de défense, d’investissement, d’innovation et de sécurité maritime.
La modération comme méthode
La grande force de Bahreïn tient dans sa capacité à parler à tout le monde sans renier ses principes. Cette diplomatie de l’équilibre lui permet de jouer un rôle souvent discret mais décisif dans des dossiers où les autres se crispent.
Nucléaire iranien, tensions maritimes, situation libanaise : les crises se superposent, et Manama tient bon sur la ligne du réalisme. Une posture remarquable dans un environnement où les intérêts stratégiques se contredisent en permanence. Pour une diplomatie française attachée au dialogue avec l’ensemble des acteurs de la région tout en défendant ses propres intérêts, des interlocuteurs aussi stables se comptent sur les doigts d’une main.
Une puissance diplomatique qui s’assume
Longtemps réduit à son importance militaire ou financière, Bahreïn affirme désormais une influence d’un autre ordre. Réunir les dirigeants du Golfe, dialoguer avec Washington, soutenir les initiatives de désescalade, défendre la sécurité des échanges : le royaume coche toutes les cases d’un acteur devenu incontournable.
La France aurait tort de regarder ailleurs. Bahreïn est un partenaire économique en plein développement et un marché qui ouvre de réelles perspectives aux entreprises françaises, de la défense aux infrastructures, des nouvelles technologies à la santé et aux services financiers.
Dans un Moyen-Orient qui se recompose à vue d’œil, la stabilité est devenue un avantage stratégique. Bahreïn l’a compris avant beaucoup d’autres. Pas d’effets de manche, pas d’annonces tonitruantes : le royaume bâtit sa crédibilité à la constance, dossier après dossier. À l’heure où les grandes puissances redessinent leurs priorités dans la région, il s’impose comme l’un des piliers de sa sécurité, et son influence n’a pas fini de croître. Pour une France qui veut rester une puissance d’influence au Moyen-Orient, c’est une bonne nouvelle.
Radouan Kourak
Radouan Kourak est journaliste et entrepreneur, il dirige le groupe de médias et de communication, InterVision, qu’il a fondé et qui fédère une quarantaine de médias importants en Europe, francophones, anglophones, arabophones et italophones. Il intervient comme chroniqueur à la télévision française, notamment sur CNEWS.

















