
Comment ne pas suivre « au rasoir » cette guerre au pluriel ? Entre Washington, Téhéran, Tel-Aviv et Beyrouth, l’accélération de l’Histoire nous place face à une sidération permanente.
Évoquons l’Iran, pivot d’un séisme mondial dont nous ne mesurons pas encore l’épicentre.
Un premier acte spectaculaire, un dénouement brumeux
Le théâtre d’opérations de Donald Trump s’est ouvert sur une capture spectaculaire et réussie de Maduro, un coup d’éclat surprise et rapide qui, s’il a flatté l’ego américain, laisse aujourd’hui une question en suspens : quel régime pour demain ?
Quelle nouvelle liberté pour les Vénézuéliens ?
Le second acte, plus radical encore, fut la mort d’Ali Khamenei le 28 février 2026. En frappant le cœur de la théocratie, Trump et Israël ont abattu un symbole.
Mais la suite ressemble à un troisième acte improvisé : entre esbroufe, bluff de poker guerrier et auto-satisfaction sur Truth Social, la stratégie semble se dissoudre dans l’immédiateté et l’improvisation.
S’ajoutent les récentes luttes d’influence au sein de la Maison-Blanche. Elles produisent un brouillage inédit : un jour blanc, un jour noir. Cette communication « caracolante » finit par décrédibiliser la puissance même de l’action initiale.
Du choc démocratique au choc pétrolier
Au départ, la légitimité était claire : briser un régime sanguinaire et fanatique, stopper la course folle vers l’arme nucléaire.
Trump a agi avec une flamboyance courageuse que beaucoup, en Occident, ont secrètement saluée.
Mais aujourd’hui, en ce 8 mai 2026, date ô combien symbolique de la libération de la France du nazisme, de la guerre de 39/45, le doute s’installe.
Marco Rubio, Secrétaire d’État, tente d’imposer l’idée d’une phase « défensive ». Pourtant, la parole politique est devenue si volatile qu’elle ne rassure plus. Même, elle s’évapore.
Le réel frappe désormais à nos portes sous la forme d’un spectre que l’on croyait disparu : le choc pétrolier total.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une donnée géographique, c’est le poumon du monde. Avec 17 millions de barils par jour et près de 80 % du commerce mondial pour certaines nations, le blocage actuel est une impasse systémique. Les populations sont désorientées, s’inquiètent de l’impact dans leur quotidien. Cela s’appelle un choc pétrolier, une inflation mondiale et inédite, des économies paralysées et la bourse qui yoyote dangereusement.
Des questions s’imposent : L’administration Trump propose-t-elle un deal, un péage « foutraque », une sortie de crise boueuse ou un véritable dénouement stratégique et adoubé ?
En attendant, l’incertitude nourrit l’inflation et tétanise les populations.
La guerre à l’ère de l’IA et du Tweet-Krieg
A-t-on vraiment conscience que tout est radicalement nouveau dans ce conflit, loin des schémas d’une guerre de 1939-1945 :
Et, la communication politique, économique, guerrière et de crise ont diamétralement changé de dimension.
- La communication ubuesque est-elle productive ? Les invectives sur Truth Social qui font dévisser le Brent en trois minutes peuvent-elles être améliorées ?
- La transparence des informations panique : Un dialogue direct via les tweets entre belligérants qui court-circuite les chancelleries estomaque. Inédit.
- La contamination virale : La nouvelle alliance entre la communication de crise et l’intelligence artificielle démultiplie les effets de peur. Les intox fleurissent et dévorent le temps de gestion. Nous sommes alors dans une communication de « saturation » et non pas d’action.
L’épicentre de la MB.
La Maison-Blanche semble traiter la communication politique, de crise comme un jeu. Elle n’est pas inspirée ni opérationnelle. Personne ne semble être écouté de Donald Trump et être plus dans un jugement de valeurs à son endroit que celui de l’adaptation.
Etre écouté, avoir une autorité de conseil suppose le parler juste, direct, cash et inventif.
Personne ne semble avoir trouvé le génie de transformer le négatif en positif au nom de la paix ?
Or, la communication politique /guerrière est une science vitale et virale. Spin doctor est un métier. Un vrai métier.
Incisif et rapide, ce n’est décidément pas un job pour les mollassons.
Or, la communication représente une part scandaleuse du déroulé guerrier et on s’en excuse presque !
Trump doit impérativement « se poser », réintégrer l’Histoire et comprendre que la puissance ne peut être solitaire. Il s’use inutilement.
Nous devons mieux réfléchir ensemble et au pluriel au niveau sociologique, stratégique, géopolitique, spirituel/religieux, philosophique et psychologique même.
Pourquoi castagner l’Europe ? Certes, la France balbutie et prend conscience, dans la douleur, de sa faiblesse militaire. Il était temps.
Certes, la France claironne, plus ou moins maladroitement, que ce n’est pas son conflit.
Certes, l’Europe se téléphone, tergiverse et balbutie.
Mais la France reste l’alliée historique nécessaire pour donner du sens au chaos.
La France est généreuse, inventive et ses racines profondes seront très précieuses.
Quatre questions à Donald Trump
Pour que ce conflit ne soit pas une simple parenthèse stérile et sanglante, le Président doit mieux incarner sa fonction avec une crédibilité renouvelée.
Monsieur le Président :
- L’offensive américaine sert-elle un projet politique ou une simple impulsion narcissique ? L’offensive américaine est-elle in fine utile ? Pourquoi ?
- Sommes-nous toujours dans une quête de libération démocratique ou dans une simple guerre de ressources ?
- La question nucléaire est-elle réglée par la mort des hommes, ou seulement déplacée ?
- Toute guerre change le cours de l’Histoire : quelle trace voulez-vous laisser au-delà du prix du baril ?
Soyons ensemble des philosophes de l’action rupturiste.
Sans quête de sens, sans légitimité intellectuelle, morale, humaine, internationale, ce conflit sera trop long.
Il est temps de substituer au tweet impulsif même si audacieux par moment, même si accessible et pertinent parfois, à la stratégie tacticienne et le mélange des leviers pour retrouver le chemin de la victoire.
C’est à portée !
Ghyslaine Pierrat
Spin Doctor, Docteur en communication politique et économique
Auteur de « La communication n’est pas un jeu », éditions L’harmatthan.

















