L'édito de Radouan Kourak
11H01 - dimanche 1 octobre 2023

Marine le Pen / Édouard Philippe : duel inévitable ou imposé par les sondages ? L’hebdo politique de Radouan Kourak

 

Le sondage est une photographie de l’opinion à un instant précis, l’exercice doit en principe être réalisé sur un panel représentatif de la population et comprend une marge d’erreur variant généralement entre 1 et 4 points. Tangiblement si la prochaine élection présidentielle avait lieu ce jour, avec les candidatures de Marine le Pen et Édouard Philippe, ils seraient d’après la dernière ENQUÊTE TOLUNA HARRIS INTERACTIVE POUR CHALLENGES, tous deux qualifiés au second tour.  L’ancienne présidente du Rassemblement National serait créditée de 30% et le maire du Havre de 22%.

 

Est-ce pertinent de réaliser une enquête d’opinion près de 4 ans avant une élection ?

Politique fiction ? Spéculation ? Aucun des deux candidats projetés au second tour ne s’est déclaré candidat.

Marine le Pen devrait être la candidate de son parti, la réciproque n’est pas certaine dans la coalition à laquelle appartient Edouard Philippe. Bien que l’ancien premier-ministre ne cache pas vraiment son intérêt, les prétendants à la candidature sont nombreux. 

Plusieurs scénarii, avec des prétendants différents, sont testés, chose qui permet de mesurer la position et la popularité de chacun d’entre eux L’actualité étant rude, de nombreux événements futurs pourraient influer sur la candidature de telle ou telle personnalité.

Jusqu’en mai 2011 et avant même la primaire socialiste, Dominique Strauss-Kahn était le favori pour la présidentielle de 2012, l’affaire du Sofitel de New York (14 mai 2011) rendra sa candidature naturellement impossible.

Cinq années plus tard et dès 2013, François Hollande, alors président sortant était donné candidat battu face au candidat de la droite, quel qu’il soit. Finalement Hollande ne sera pas candidat et François Fillon, candidat LR fragilisé par l’affaire des emplois fictifs sera absent du second tour. Aucun sondage ne pouvait prévoir ces trois évènements qui ont eu pour impact de rendre caduque tous les précédents.

Néanmoins les quatre dernières élections présidentielles ont donné raison aux sondages sur les noms des qualifiés au second tour sur les trois mois précédents l’échéance. Les projections des instituts sont donc particulièrement efficaces à court terme et avec tous les éléments d’actualité en main.

 

Une photographie qui influence ?

Pour certains, cette fameuse photographie de l’opinion n’est autre qu’une manipulation faisant partie intégrante du processus électoral. Ces accusations ont souvent été lancées par ceux qui sont insatisfaits des projections, allant parfois même par justifier une défaite par l’influence des sondages. En 2022, Nicolas Dupont-Aignan appelait à leur interdiction avant une élection alors qu’il communique sur ces mêmes sondages, lorsque ceux-ci lui sont favorables.

 

Vers un encadrement des sondages et enquêtes d’opinion ?

 « Tous les projets d’encadrement des sondages et enquêtes d’opinion ont avorté ces 20 dernières années, seule la loi de 2002 – apportant des modifications mineures au cadre légal existant – est venue compléter une législation datant de 1977. On peut légitimement s’interroger sur la pertinence d’une législation apparue il y a une quarantaine d’année et révisée à la marge il y a un peu plus de vingt ans. L’évolution des techniques (numériques notamment), la prolifération des enquêtes d’opinion, et la confusion sur la notion même de « sondage » rend aujourd’hui nécessaire une évolution du cadre légal », souligne Jérémy Beaud, juriste en droit public.

Certains estiment donc que l’influence des sondages est importante et que, dans certaines circonstances, ils peuvent influencer le vote des électeurs et provoquer un vote utile. Compte tenu de la dynamique de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages lors de l’élection présidentielle de 2022 et de l’absence de percés de Valérie Pécresse, de nombreux électeurs traditionnellement acquis aux Républicains ont placé leur vote sur Emmanuel Macron dès le premier tour.

 

 

Radouan Kourak

Rédacteur en chef d’Opinion Internationale