Edito
10H40 - mercredi 19 avril 2023

Pap Ndiaye, Alain Policar… Vont-ils assassiner Samuel Paty une deuxième fois ? L’édito de Michel Taube

 

La guerre est déclarée car la laïcité est clairement menacée à la tête du ministère de l’Education nationale.

Nous avions alerté il y a dix jours sur les scandaleuses mesures d’adaptation et de soumission au ramadan des règles de vie au sein des collèges publics parisiens mais là c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la tolérance…

Dans une émouvante et informée tribune publiée dans Le Point, au titre cinglant de « N’assassinons pas la laïcité ! », la sœur de Samuel Paty, Mickaëlle Paty, alerte l’opinion publique, avec le militant Jean-Pierre Sakoun, président d’Unité laïque, sur l’enterrement de première classe que vient d’infliger le ministre de l’Education nationale au dit conseil des Sages.

Placé auprès du ministre de l’Education nationale, le « bébé » de Jean-Michel Blanquer est définitivement détricoté et enfermé dans un placard doré dont seul son successeur en personne aura désormais la clé.

Le nouvel article 1er du conseil réduit la place de la laïcité et la réduction de la durée et la limitation à deux du nombre des mandats de ses membres, applicable aux membres actuels, est une manière très efficace de pousser vers la sortie « la génération Blanquer ».

Parmi les cinq nouveaux membres nommés par le ministre (Gwénaële Calvès, professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise, Christine Darnault, professeure agrégée de lettres et inspectrice d’académie, directrice de cabinet adjointe du recteur de Créteil, Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah, Thomas Hochmann, professeur de droit public à l’université de Paris-Nanterre, et Alain Policar, sociologue et politiste, chercheur associé au Cevipof), le nom de ce dernier, c’est comme introduire un loup dans la bergerie.

Ce pur produit d’une certaine université française qui a dû souvent croiser Pap Ndiaye dans ses années de formation, s’est forgé une doctrine qui constitue une machine de guerre contre la laïcité : pour la faire courte, au nom d’un cosmopolitisme racialisé, la laïcité justifierait des politiques répressives, discriminatoires et identitaires contre l’islam (alors que la cible assumée en 2023 est clairement l’islam radical comme l’était, toutes choses égales par ailleurs, l’Eglise catholique en 1905) et il deviendrait donc urgent de rétablir la notion de tolérance* que devrait véhiculer la laïcité afin de rendre possible une aventure planétaire « en commun ».

Dans son dernier livre, « La haine de l’antiracisme » (éd. Textuel, 2023), Alain Policar s’attaque violemment aux laïcs qui considèrent les dérives racialistes de l’antiracisme comme une menace pour la République. En somme, pour Policzr, Ndiaye et consort, la laïcité à la française, c’est un pseudo républicanisme jambon-beurre, c’est du nationalisme ou du souverainisme contre le respect de l’autre.

Peut-être que par une révélation immanente, ce pourtant penseur d’un « cosmopolitisme enraciné » porteur d’une « identité cosmopolite consciente de ses préférences locales », comprendra au contact de ses dix-neuf nouveaux collègues que la laïcité est justement ce principe « enraciné » qui inscrit l’universalisme dans la tradition française… Nous en doutons fortement !

En effet, l’intellectuel s’est clairement rangé en 2019 du côté des partisans du burkini dans les piscines, estimant que la neutralité de l’Etat implique son incompétence en matière de religion.

Alain Policar estimera certainement, avec l’assentiment de Pap Ndiaye, que le conseil des sages doit rester incompétent en matière de religion ! Les femmes voilées salafistes ou fréristes ont désormais un ambassadeur dans le conseil des sages de Monsieur Ndiaye !

Mais il y a pire que cette nomination : parmi les mesures prises par Pap Ndiaye pour le bâillonner, le conseil ne pourra désormais agir que sur saisine du ministre (parions que ses membres pourront souvent partir en vacances) et ses avis ne pourront être rendus publics que sur décision du ministre. Les membres, y compris la présidente, ne pourront s’exprimer publiquement en son nom.

Honnêtement, Mesdames, Messieurs les membres du conseil, vous n’avez qu’une chose à faire : « osez démissionner » !

Ne soyons pas dupes : Pap Ndiaye est tout sauf un mou. Il est un intellectuel biberonné au sein de l’idéologie américaine wokiste et racialiste et, neuf mois après s’être fondu dans les habits de super ministre, il nous apporte la preuve douloureuse de sa détermination idéologique en dénaturant le nouveau conseil des Sages de la laïcité et des valeurs de la République.

Je me permets de poser la question très patyenne suivante à monsieur le ministre : dissuaderiez-vous un enseignant d’expliquer à ses élèves que la représentation, même non caricaturale, du prophète Mahomet n’est pas un acte anti-musulman (la tragédie des caricatures de Charlie, c’est aussi qu’elles n’étaient en rien une attaque contre l’islam) mais un libre exercice d’esprit critique. Et que c’est bien à l’école que cette vertu, grâce à la laïcité justement, peut espérer être apprise…

Dans Le Point, Mickaëlle Paty, qui, en mémoire de son frère assassiné deux ans auparavant, avait prononcé un émouvant discours devant le même Pap Ndiaye, a ces mots d’une tragique violence : « Le choix idéologique assumé d’assassiner la laïcité ne mènera qu’à des dérives incontrôlables et nourrira immanquablement les extrêmes. Combien de fois faudra-t-il que Samuel Paty, celui qui devrait être le héros de tous les enseignants, de tous les élèves et de tous les parents de France, soit symboliquement sacrifié par les liquidateurs de la République laïque, notre chemin vers l’émancipation, pour que nous disions ASSEZ ? »

 

Michel Taube

*Je me souviens de mon professeur de philosophie au lycée Bartholdi à Colmar, Raymond Bénévent, qui nous avait sermonnés parce que nous avions encensé la tolérance avant même de nous demander ce qui est intolérable et inacceptable à tout homme libre.

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