Edito
04H20 - vendredi 2 décembre 2022
Europe

Souveraineté industrielle : la mère des batailles civilisationnelles. L’édito de Michel Taube

 

Chooz Nuclear Power Plant

Ça y est ! Nous sommes sauvés : selon Business France, les exportations françaises de biens ont atteint 439 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2022, soit une hausse de 20% par rapport à la même période l’an passé. C’est que le retard accumulé est titanesque !

Loïk Le Floch-Prigent, un humaniste qui toute sa vie a mis les mains dans le cambouis de l’économie, capitaine d’industrie et héraut malgré lui des affres de la politique industrielle française, sera l’invité mardi 6 décembre au soir du Cercle des décideurs engagés d’Opinion Internationale. Son défi d’un soir : « Oui, on peut encore relocaliser notre industrie ! Mais il faut commencer par ne plus se tromper ! »

Car si les grandes civilisations se développent par la force morale et une vision économie solide de leurs dirigeants et de leur peuple (des soldats aux premiers de cordée), et ceci sur des dizaines de générations, elles se perdent vite à force de renoncer à leur souveraineté.

Quelle force morale ? Un amour de la patrie, souvent une religion conquérante, une éducation exigeante et un amour des arts et de la culture, enfin une société assimilatrice et non naïve face aux flux migratoires.

Quelle vision économique solide ? Celle d’une une agriculture florissante et nourricière, celle de chantiers industriels démesurés mais structurants, créateurs d’échange, de transport et de production d’énergie, décidés par des décideurs ambitieux pour eux-mêmes et leurs pays respectifs, et qui ont assuré au fil des siècles le développement économique et donc social de pays puissants et rayonnants.

L’Europe a été une grande civilisation. Elle est en train de perdre pied à la fois face à la concurrence d’empires émergents et même alliés mais aussi par cette perte de force morale et de vision économique de ses dirigeants depuis les années 70.

Ces derniers se sont laissé soumettre à la logique purement comptable d’un capitalisme financier effréné gouverné par les Etats-Unis et la Chine. Certes, pendant que le portefeuille et le confort de la ménagère de moins de 50 ans ont été les grands gagnants de cette période folle, monsieur s’est retrouvé licencié, reconverti dans les services ou le chômage endémique. Ou inversez le propos sur les genres si vous le souhaitez.

La désindustrialisation à marche forcée du continent européen a été l’une des pires conséquences de cette financiarisation du capitalisme (sous prétexte de réaliser des marges financières fulgurantes et de tirer vers le bas les prix des produits de grand consommation) et d’une soumission des politiques à cette logique purement comptable.

Le dépeçage de l’industrie française et européenne provient directement de cet affaiblissement de la force morale de nos dirigeants et de l’abandon de ces grands chantiers industriels face à l’eldorado financier pourtant illusoire que la financiarisation et le marché unique mondiaux leur promettaient.

Depuis un demi-siècle, en confiant sciemment à la Chine socialiste nos ateliers et ceux du monde, sous prétexte de marges productives imbattables (malgré les milliards de kilomètres de fioul lourd et de déchets engloutis dans les mers), en ayant été incapables de concurrencer l’Amérique et la Chine à nouveau dans l’invention du monde numérique (ils ont fait Google et Alibaba, on se console avec le RGPD…), les dirigeants européens, pour la plupart des technocrates énarques ou équivalents, ont soumis l’Europe à ses concurrents.

Une chose est sûre, il n’y a pas de civilisation qui se développe dans la soumission à ses concurrents. Et c’est pourquoi la civilisation européenne est en perdition.

Emmanuel Macron a beau aller faire le beau à Washington ces jours-ci ou à Moscou 17 jours avant l’invasion de l’Ukraine, l’Europe n’est plus cette puissance rayonnante car souveraine qu’elle a été.

Car l’Europe et la France en particulier ont perdu leur liberté : industrielle, énergétique, numérique, sanitaire…

Il est presque trop tard mais il est encore temps de réagir….

A quand une grande politique de souveraineté numérique de la France et de l’Europe ?

Les énergies propres sont notre avenir ? Redotons le nucléaire français de ses ingénieurs renommés dans le monde entier, localisons les panneaux photovoltaïques et les batteries électriques de nos futures voitures. Le scandale annoncé des voitures électriques peut encore être évité. Non, nous ne pouvons confier aux Chinois d’ici 2035 et le tout-électrique, comme l’a décidé l’Union Européenne, notre industrie automobile ! Relocalisons à marche forcée la production des batteries ou revenons au tout-hybride pour produire sur le sol européen.

La crise énergétique provoquée par la guerre de la Russie en Ukraine est une illustration de la dépendance cruelle de l’Europe en matière énergétique. Nous en parlerons avec Loïk Le Floch-Prigent qui nous propose déjà une chronique qui a le mérite de ne pas mettre sa plume dans son encrier : https://www.opinion-internationale.com/2022/11/30/penurie-delectricite-chronique-dune-debacle-annoncee-tribune-de-loik-le-floch-prigent_109816.html..

La Covid enfin a montré notre dépendance sur les enjeux de santé : qu’a fait la France, qu’a fait l’Union Européenne depuis 2020 pour relocaliser l’industrie pharmaceutique ? Les masques français et européens pour faire face à la 9ème vague épidémique ? Où est le vaccin européen ou français. Alors, oui, Valneva est arrivé en juin 2022 et Sanofi en…. Novembre 2022 mais quelles pharmacies les proposent-ils ? On se moque du monde !

Il fut un temps où des généraux prenaient le pouvoir pour sauver la liberté. Il est temps que des capitaines d’industrie français et européens prennent leurs responsabilités et nous aident à sauver la France et l’Europe.

 

Michel Taube

 

INVITATION

Loïk Le Floch-Prigent sera l’invité d’Opinion Internationale mardi 6 décembre 2022 à 19h30 à Paris au dîner du Cercle des décideurs engagés sur le thème : « Oui, on peut encore relocaliser notre industrie ! ».

Inscriptions ici : https://www.opinion-internationale.com/2022/11/28/loik-le-floch-prigent-oui-on-peut-encore-relocaliser-notre-industrie-je-minscris-mardi-6-decembre-2022-a-19h30-a-paris-au-diner-du-cercle-des-decideurs-engages_109579.html

Directeur de la publication

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