Edito
09H14 - lundi 20 juin 2022
France

Vous vouliez la proportionnelle ? Vous l’avez : c’est l’impasse ! L’édito de Michel Taube

 

Les Français viennent d’inventer un nouveau concept : « la majorité minoritaire » ! En même temps réélu le 24 avril et déjà battu, humilié presque par le résultat des élections législatives, Emmanuel Macron est le grand perdant du scrutin du 19 juin 2022. Nous prédisions une cohabitation pour le chef de l’Etat : la voici, inédite, avec l’institution même de l’Assemblée nationale où les élus de la macronie ne seront pas en mesure de mettre en œuvre le programme du président élu.

En effet, l’appel d’Elisabeth Borne, pour faire pâle figure, à des « majorités d’actions » pour voter tel ou tel projet de loi, est une illusion qui risque fort de voler en éclats dès le 5 juillet et l’ouverture de la session parlementaire avec le vote du projet de loi sur le pouvoir d’achat. Où le gouvernement va-t-il trouver les 44 députés qui lui permettraient de faire voter « ses » lois ? Quels sont les 44 députés qui accepteront de voter avec Ensemble! sans risquer le courroux voire l’éviction de leur groupe (ou de leur inter-groupe pour la Nupes) parlementaire ? Parmi les LR ? Les élus tendance Ciotti refuseront d’être des béquilles de la macronie. Faudra-t-il chercher les députés d’appoint de la macronie parmi les 48 députés qui n’appartiennent ni à la Nupes ni à LR ni au RN, ces socialistes dissidents, centristes ou de droite ? Ces solitaires vont être très courtisés ces jours-ci ! Si Olivier Veran, réélu député, reste ministre en charge des relations avec le Parlement, il aura fort à faire à ce poste stratégique !

Car cette Assemblée sortie des urnes est d’autant plus inouïe, – et cela n’a pas été assez souligné depuis hier soir -, que les opposants à Emmanuel Macron ne disposent pas non plus de majorité pour faire tomber le gouvernement ! Certes la Première Ministre (si elle est renouvelée à son poste) ne pourra demander un vote de confiance en début de législature : elle serait battue ! Mais rien n’oblige Elisabeth Borne à cet exercice dont le style ne lui siérait guère. Et si, comme cela s’est déjà passé lors du précédent quinquennat, les oppositions se liguaient pour tenter de censurer le gouvernement à la première crise de nerfs, eh bien, même dans ce cas de figure, elles ne seraient pas en mesure de le faire tomber : l’alliance des extrêmes ne forme pas une majorité absolue car Nupes et RN additionnés ne donnent que 220 sièges. Et si les voix des 61 députés LR (dont beaucoup sont tendance Ciotti) s’y ajoutaient, là non plus le front des oppositions n’atteindrait pas le seuil fatidique des 289 voix.

Bref avec un gouvernement minoritaire qui ne dispose même plus du 49.3 pour passer en force (sauf une fois par session) et une Assemblée impossible, autant dire que Macron et son gouvernement gèreront les affaires courantes, le premier en sillonnant le monde pour cultiver son pré carré diplomatico-militaire et le second en faisant un tour de France des 1200 bassins de débat du Conseil National de la Refondation, le contre-Parlement imaginé comme par anticipation par Emmanuel Macron.

Si une épée de Damoclès pèse déjà sur les épaules de la « majorité minoritaire » et du gouvernement, c’est donc moins en raison du risque d’une motion de censure que par les huées, les effets de manche, les blocages systématiques que promettent déjà les Insoumis et la cacophonie des oppositions.

Elisabeth Borne supportera-t-elle ce climat incandescent ? Rien n’est moins sûr tant elle s’est révélée moins empathique qu’un guichet des impôts, caricature de ces hauts fonctionnaires suffisants, grands commis de l’Etat mais qui devraient rester à leur place de grands intendants, et qui égarés en politique en oublièrent même hier soir soir, comme Madame la députée élue pour la première fois de sa vie, de remercier ses électeurs normands qui l’ont élue de courte tête dans une circonscription pourtant imprenable…

Bref cette cohabitation impossible entre le président de la République et cette Assemblée impossible nous promet au pire la chienlit, au mieux un Etat paralysé ! Jamais cette législature ne tiendra cinq ans : chute du gouvernement, dissolution de l’Assemblée Nationale. Mesdames, Messieurs les députés, préparez-vous à repartir en campagne !

Pour l’heure, au terme des deux scrutins majeurs de la vie politique française, avec une abstention presque record, certes l’Assemblée nationale est plus représentative de la diversité du corps électoral, mais la France est aujourd’hui ingouvernable et les Français, dont l’avenir économique, sécuritaire et moral s’obscurcit chaque jour, les grands perdants de cette triste comédie dont la scène est une Vème République à l’agonie !

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication

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