Afriques demain
07H42 - mardi 21 décembre 2021

De l’annulation de la visite d’Emmanuel Macron au Mali

 

En ce 20 décembre 2021, Emmanuel Macron aurait dû se trouver au Mali pour un court séjour sous hautes tensions. Mais en raison de la relation à haut risque entre Paris et Bamako, l’annonce de ce déplacement paraissait déjà incompréhensible. En pleine réarticulation du dispositif Barkhane, réduit depuis ce weekend à trois bases du côté du Mali, le Président allait visiter un pays affaibli. Trop risqué pour le chef des Français. Les forces armées Maliennes vont donc devoir s’organiser par elles-mêmes, et même si certains de leurs militaires, et aussi de leurs habitants, confiaient leurs regrets suite à cette décision d’allègement.

On sait très bien qu’au-delà des arguments « sanitaires », c’est plutôt cette difficile relation entre le Président Français et les autorités maliennes  – représentées par le Colonel Assimi Goïta, Président dit « de transition » en cette période de junte  – peu encline à se prêter à une discussion collégiale, qui aura finalement fait échouer le projet.

Cette  relation a été aggravée par ces contacts et ces discussions menées par le Mali avec la société privée de mercenaires Russes, nommée Wagner, déplaisant fortement à la fois au ministre des Affaires Etrangères et  au ministre des Armées, bras droits du chef d’Etat.

Qui plus est, qui sait aujourd’hui si l’on peut imaginer, à coup sûr, que les élections libres et nationales auront lieu en février ou en mars 2022 au Mali ?

Voilà pour le contexte. On comprend aussi que la nouvelle mouture de Barkhane, réduite à 2500 soldats sur la zone, continuera à s’intégrer dans la force européenne Takuba et appuiera les forces Maliennes au combat.

 

Le point de vue des Africains

 

Alors on ne peut s’empêcher de rapprocher cette situation confuse avec celle d’il y a quelques jours, vers le 10 décembre, entre les chefs d’Etats du Sénégal, du Niger et de la Guinée Bissau. Echange auquel s’est joint le président de la Commission Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, sur le thème de l’insécurité au Sahel.

Des solutions, des orientations, des perspectives ont été envisagées, à tête reposée, suite au Forum Paix et Sécurité de Dakar.  Ils analysaient les raisons de la progression du terrorisme, expliquant sa prospérité par les délinquances connues (trafics de drogue, réseaux criminels sur trafics d’arme post chute de Khadafi…) émanant d’Irak et de Libye. Les Présidents Macky Sall et Mohamed Bazoum se retrouvaient sur ces points de vue.

En conséquence, ils suggéraient, l’un comme l’autre, la nécessité du renforcement des « capacités internationales », agrémentées du soutien de l’ONU pour durcir une mission du maintien de la Paix, devenant plus offensive que défensive. Bien entendu, les pays Africains engagés peuvent – et doivent – « faire mieux », aux côtés des Minusma et Minusca. Le Tchad montre justement un engagement de 1 000 hommes supplémentaires au Mali pour prêter main forte à l’ONU. Mieux vaut cela que de tenter une négociation avec Al Quaïda du côté du Mali !

Pour cela, et le Président de la Guinée Bissau Umbaro Embalo le confirmait, il faudra que les pays Africains soient conscients de la nécessité de l’amélioration de leurs gouvernances, l’équilibre de leur justice, et prétendre ainsi de manière irrémédiable, à asseoir une présence forte et proportionnée au Conseil de Sécurité.

L’Union Africaine, doit agir pour appuyer ce projet d’intégration. Et l’on peut reconnaître que la mise en œuvre de la Zone Economique de Libre Echange (ZLECAF) peut et doit faciliter l’accès à des ressources de financement axées sur la sécurité venant d’Afrique. En un mot, « c’est solidarité Africaine » disait le Guinéen Bissau, « qui permettra à l’Afrique d’entrer vraiment à sa juste place dans la Communauté Internationale ».

Vraiment une belle homogénéité dans cette analyse, bien appuyée par le Président Moussa Faki Mahamat, laissant espérer à l’espérance de la Jeunesse du Continent !

Le travail sécuritaire est immense, chacun le reconnaissait aussi, et l’urgence suggère que les pays Africains s’engagent, avec leurs moyens propres, avec les armées étrangères.

Macky Sall affirmait tout de même que l’on ne saurait faire le jeu des forces étrangères, notamment nouvelles (telles que Russes) gardant une solidarité avec la France. La volonté des Etats africains ne suffit pas, elle doit être associée à une coalition internationale, renforçant ainsi les forces Onusiennes. L’Union Africaine pourrait même réfléchir à des armées « panafricaines ». Ne serait-ce que pour couvrir ce grand espace aérien.

Enfin l’estocade à ces entretiens avait été précédée par le brillant discours de Charles Michel, président du Conseil Européen, lors de son propre discours. Il a ensuite été porté par une allocution de Mohamed Bazoum, puis de Macky Sall, qui n’ont pas oublié d’insister sur la motivation nécessaire des pays les plus riches du continent (Nigéria, Afrique du Sud..) sans dispenser les autres. Pour conclure, ils ont rappelé l’importance de réunir un budget de 1 Milliard de US Dollars par an afin de conjuguer les efforts du continent et ainsi parvenir à « financer la Paix ».

 

Alain Dupouy

Chroniqueur Opinion Internationale

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