Edito
06H47 - jeudi 14 octobre 2021

Paris-Kaboul : le jeu trouble des associations humanitaires. L’édito de Michel Taube

 

L’action humanitaire est vitale, mais elle ne peut tenir lieu de politique et encore moins cautionner des régimes ou des manquements au droit.

Kaboul. La mobilisation le week-end dernier d’un milliard d’euros par la communauté internationale pour des actions humanitaires d’urgence en Afghanistan pose vraiment problème pour une raison simple : nous ne voyons pas comment ces sommes colossales échapperont au contrôle ou au rançonnage des talibans sur les organisations en charge de ces actions. Quand l’humanitaire arrange et fortifie des régimes obscurantistes, la question mérite au moins d’être posée. Nous ne nions nullement l’urgence de venir en aide à des femmes, des hommes et des enfants souffrant de malnutrition, mais il est tout aussi impérieux d’étouffer le régime taliban pour que lui-même s’effondre au plus vite. Priorités contradictoires ?

Paris, place de la République, le 25 mars 2021. L’association Utopia 56 installe en un temps record des centaines de migrants dans des tentes apparemment flambant neuves. Un coup d’éclat parmi d’autres par cette association subventionnée par des entreprises du CAC 40 comme Axa ou Nexity. Pourquoi n’utilise-t-elle pas ses ressources pour financer un hébergement à ces migrants ? Pourquoi est-elle hostile à leur vraie prise en charge médicosociale, préférant réclamer la réquisition de logements vacants, une requête qui ne sera jamais satisfaite ? Pourquoi évoque-t-elle les « rafles » policières ? L’humanitaire n’est pas la seule motivation de ces associations pour lesquelles la France n’accueillera jamais assez d’immigrés, quels que puissent être leurs sentiments à l’égard de nos valeurs et notre capacité à les intégrer.

Retour à Kaboul, septembre 2021. L’ONG Action contre la faim se félicite que les talibans aient accepté que les femmes de l’association ne soient pas systématiquement accompagnées par des hommes. Pour combien de temps ? Quelle énorme victoire du féminisme ! Erwan Legrand, directeur général adjoint de Première Urgence internationale ira-t-il jusqu’à féliciter les Talibans ? « Depuis la chute de Kaboul (déclaration relatée par le Figaro), l’accès aux provinces reculées, dans l’Est et le Sud, est plus simple ». Merci les Talibans !

Le président américain Joe Biden n’avait pas tort quand il constata que les Afghans n’ont manifesté aucune résistance à l’avancée des Talibans. Quel est le degré d’adhésion des Afghanes et des Afghans à la charia ? Selon l’étude du Pew Research Center américain, 99 % des Afghans veulent vivre selon la charia. Record mondial !

Et voilà que Camille Romain des Boscs, directrice générale de l’association « Vision du Monde », y va de son couplet : la crise humanitaire ferait rage, clame-t-elle. Mais la concurrence est déjà sur les rails : « Afghanistan Demain », « Amitié franco-afghane (Afrane) », « Afghanistan libre »… L’intention humanitaire et bienveillante, pour réelle qu’elle soit, n’interdit pas de s’étonner sur d’autres motivations, plus politiques voire mercantiles (Cf, le train de vie du patron de l’association d’aide aux migrants Equalis).

Le jeu trouble des associations humanitaires ne date pas d’hier. Les Israéliens accusaient souvent l’UNRA, organisation onusienne dévolue au sort des réfugiés palestiniens, d’être noyautée par les islamistes du Hamas à Gaza. Lors du conflit de 2014, il fallut que ce soit Al Jazeera, chaîne qatarie, qui montre des combattants islamistes sortir d’un hôpital de l’UNRA avec un lance-roquettes, et faire feu devant l’établissement, lui faisant perdre son statut de bâtiment civil, selon les lois de la guerre.

Aujourd’hui, à Kaboul, la frontière est ténue entre action humanitaire et allégeance au régime des Talibans, l’un des plus obscurantistes et racistes de la planète. Les Talibans sont nos ennemis, ceux de notre civilisation. Ils avaient déjà fait de l’Afghanistan un sanctuaire du djihad, notamment pour Oussama ben Laden et Al-Qaïda. Leur fourberie n’a d’égale que leur extrémisme moyenâgeux. Les associations humanitaires ou qui se réclament d’une noble cause ont-elles raison de rester en Afghanistan et de coopérer avec les Talibans, au prétexte d’aider la population ? Ou sont-elles les idiotes utiles du régime, et au-delà, de la conception la plus rétrograde de l’islam ? À suivre, et surtout à surveiller…

 

Michel Taube

Directeur de la publication