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16H38 - jeudi 23 septembre 2021
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Crackland aux Jardins d’Éole à Paris : le bal des faux culs.

 

 

Crackland entre Paris et Pantin, nouvelle nuit de violences à Rillieux-la-Pape dans la région lyonnaise… Retrouvez Michel Taube en direct à 10h40 dans le Morandini Live sur CNEWS.

Dernières minutes : vendredi 24 septembre au matin, sur ordre du préfet de police de Paris et du ministre de l’Intérieur Gerald Darmanin, les toxicomanes des Jardins d’Éole ont été évacués de quelques centaines de mètres, de l’autre côté du périphérique, en Seine-Saint-Denis, entre Aubervilliers et Pantin. La construction d’un mur a été entamée pour empêcher le passage d’un tunnel reliant les deux sites. Un léger déplacement des problèmes qui en crée d’autres sans résoudre les premiers (le quartier Eole sont loin d’être tranquillisés), et qui ne fait que confirmer et amplifier l’incurie des pouvoirs publics, locaux comme nationaux. 

Rebondissement hier : dimanche 26 septembre au matin, Valérie Pécresse s’est rendue à Pantin pour discuter avec des riverains dégoûtés de recevoir cette patate chaude. L’histoire ne dit pas si c’est la présidente de Région Ile-de-France ou la candidate à la présidence de la République qui s’est rendue sur place…

Montage à partir de l’affiche de l’association https://www.facebook.com/CrackEole

Il y a comme cela des territoires perdus de la République que l’on ne veut pas voir, même quand ils nous sautent aux yeux. Jour après jour, les chaînes d’information en continu diffusent les images d’un scandale parisien et même français : après la place de Stalingrad, un quartier du 19ème arrondissement dans le nord de Paris, englobant les « Jardins d’Éole », est entièrement abandonné aux dealers de crack et aux drogués, malgré les protestations désespérées des riverains, qui prêchent dans le désert. Ils sont à bout et ne supportent plus l’indifférence des pouvoirs publics, de leur maire en particulier. Les tensions vont crescendo, jusqu’à dégénérer en pugilat entre drogués et riverains.

Un concentré de cette colère qui monte dans la population face à l’inertie et aux dysfonctionnements des pouvoirs publics. Un hologramme aussi des enjeux de la prochaine élection présidentielle.

 

C’est pas moi, c’est toi !

La préfecture de Police et la Mairie de Paris se renvoient lâchement la responsabilité de cette situation qui, en réalité, arrange tout le monde, à l’exception des riverains : jamais Crackland n’aurait pu s’implanter sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville ou de la Préfecture.

Sauf que le traitement lamentable de ce drame humain et urbain pourrait laisser des traces bien plus profondes, tant il synthétise à lui seul nombre de difficultés qui donc ne manqueront pas d’alimenter les débats de la campagne présidentielle.

Tout le cocktail des problèmes français est réuni et concentré sur 100 mètres carrés : l’immigration et l’insécurité d’abord : selon plusieurs sources, dont une enquête du Monde, les dealers seraient Sénégalais. Les migrants, miséreux et également abandonnés sont leur cible préférée : 10 euros pour supporter leur sort (pour quelques minutes !). S’y ajoutent les dysfonctionnements du mille-feuille administratif et l’irresponsabilité qui en découle, l’hypocrisie des politiques qui ne peut que renforcer la défiance des Français à leur égard…

Les images du Crackland du 19ème commencent à être diffusées à l’étranger, ce qui devrait convaincre, à défaut de contraindre, les responsables politiques de mettre fin à ce scandale qui ternit l’image de Paris et de la France. Enjeu international ? Et pour cause : petit à petit, les drogués se répandent au-delà du secteur infesté et, des crackers de toute l’Europe commenceraient à effectuer un véritable pèlerinage à La Mecque du crack qu’est devenue Paris. François Dagnaud, maire du 19ème arrondissement de Paris expliquait à ActuParis : « Il y a des personnes très insérées qui vont venir deux ou trois jours à Paris, depuis la province ou d’autres pays comme la Suisse, la Belgique ou le Portugal, pour consommer avant de partir. » Les professionnels du tourisme, déjà très affectés par la crise sanitaire, le mouvement des Gilets jaunes et autres mouvements sociaux violents, apprécieront !

Quand on évoque la responsabilité de la préfecture, on feint de la croire autonome. Vu l’ampleur du désastre, c’est à minima au ministre de l’Intérieur, au premier ministre voire au président de la République de s’exprimer… Et d’agir.

Mais avant les représentants de l’État, c’est Anne Hidalgo, maire de Paris, qui mérite la palme de l’incompétence. Sa passivité et sa bienveillance coupable permettent de douter très sérieusement de ses capacités à diriger la France. Réélue maire suite à un incroyable concours de circonstances (comme Emmanuel Macron à l’Élysée), elle dépense sans compter pour construire des pistes cyclables et préparer des jeux olympiques fastueux, contrairement à ses engagements de modestie. Pour organiser des fantaisies de type « nuit blanche », ou subventionner des associations en phase avec ses idées, l’argent ne manque jamais. Mais pour financer un hébergement d’urgence pour les crackers sans domicile fixe et y dépêcher des dizaines de travailleurs sociaux et médicosociaux de la Ville de Paris, elle ne trouve pas le moindre kopeck ! En Europe, les « salles de shoot » pour héroïnomanes, ou de leur équivalent pour les consommateurs de crack, sont en général installées dans les centres hospitaliers. Anne Hidalgo veut les installer en plein Paris (quartiers populaires, bien sûr), méprisant une fois encore les habitants et se moquant de leur sécurité. Le ministère de la Santé et l’APHP méritent aussi d’être pointés du doigt. C’est décidemment toujours la faute de l’autre !

 

Anne Hidalgo débarque… après le passage des services de nettoyage

Pire, elle ose se présenter le 22 septembre devant les jardins d’Éole (et surtout devant les caméras) pour discuter avec les drogués dont le sort lui importe bien plus que celui des riverains, et réitérer que seule la préfecture de police est responsable du désastre.

Le matin même, la maire avait envoyé les services de nettoyage faire place nette, alors qu’ils brillaient par leur absence depuis des lustres. Chez Anne Hidalgo, la démagogie et le cynisme sont à la mesure de son incompétence.

Sur le fond, la maire socialiste (qui administre la capitale en s’appuyant sur une majorité plus gauchiste que socialiste) s’oppose à toute mesure coercitive à l’encontre des drogués. Le propre des dictatures, pense-t-elle. Plutôt de la non-assistance à personne en danger. D’une part, son raisonnement dogmatique ne vaut pas pour le crack, dont on ne peut se défaire que par un sevrage radical. D’autre part, l’injonction de soins est déjà dans notre droit. Reste à la faire appliquer.

 

Le gouvernement prétend mettre fin au trafic et à l’usage de cannabis, mais est incapable de traiter quelques centaines de crackers.

L’État macronien peut en effet donner la main à la madone bobo du vélo : il refuse de se doter des outils juridiques et matériels pour traiter le problème, et laisse les dealers agir et prospérer sous l’œil bienveillant, voire protecteur, de la police. Les serviteurs de la macronie soutiennent en cœur qu’un dealer arrêté serait vite relâché (mais en juin dernier, deux dealers de crack malchanceux ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Paris à trois ans d’emprisonnement ferme assortie d’une peine d’interdiction définitive de résidence sur le territoire français), et surtout remplacé. Le gouvernement veut terrasser le trafic de cannabis et s’en prendre aux millions de consommateurs, mais est incapable d’appréhender quelques dizaines de dealers de crack et de prendre en charge quelques centaines de crackers. Pour qui prend-on les riverains (et les Français) ?

Cette affaire est dramatique et renforce le sentiment d’un grand mépris des élus pour leurs administrés, au-delà des riverains de Crackland dont la vie est devenue un enfer, et pour les commerçants dont la faillite est le seul horizon. Pareille faute ne peut rester impunie. Pour Hidalgo, la messe semble dite, à en croire les sondages (tant pis pour les Parisiens !). Quant à Macron, il se maintient surtout grâce à la faiblesse des adversaires. Pour le moment.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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