France
12H46 - mercredi 21 juillet 2021

Ce triste cas du vaccin français parti au Royaume-Uni

 

Vive la France… mais pas son administration !

Nous proposons, pour la plupart des points de vue « Vive la France » des regards positifs et optimistes sur notre pays ! Mais nous ne pouvons faire l’impasse sur les entraves que rencontre parfois le génie français. Le génie français ? On le trouve souvent dans ses PME méconnues, voire méprisées. Si ces dernières sont moins nombreuses qu’en Allemagne et au Royaume-Uni, une des explications les plus criantes nous en a été donnée dans la gestion de la crise du Covid…

Quel ministre de la santé a prononcé les mots qui suivent ?

« Le gouvernement a pleinement soutenu ce vaccin prometteur contre la COVID-19 en finançant les premiers essais cliniques […] Je suis ravi de constater que plus de 4 000 participants ont été recrutés rapidement, ce qui démontre l’excellent travail de nos équipes de recherche et le dévouement du pays pour vaincre ce virus. Le déploiement impressionnant de ce vaccin a montré la force de notre union. »

Est-ce Olivier Veran, notre médecin en chef national ?

Eh non, c’est Matt Hancock, ministre de la Santé et des Affaires sociales du Royaume-Uni. Et ce n’est ni l’INSERM ni l’Institut Pasteur mais le National Institute for Health Research qui procède aux essais cliniques. Un comble ! Pire, ce vaccin français sera fabriqué à Livingston en Écosse. Il a été mis au point par Valneva, « petit » laboratoire de Saint-Herblain, près de Nantes. En France donc. Il protégerait contre les variants sans recourir à la technologie ARN messager qui sert de prétexte à de nombreux antivax pour refuser de se faire vacciner.

Contrairement aux autorités britanniques, aux administrations américaine et allemande qui avaient aidé Pfizer et la PME allemande dirigée par Ugur Sahin et Ozlem Türeci à mettre au point le vaccin le plus diffusé aujourd’hui dans le monde, le gouvernement français, lui, n’a pas levé le petit doigt pour aider ce Petit Poucet à finaliser ses travaux, commencés en avril 2020.

Pourtant, c’est avec un état d’esprit de conquérant que tous les salariés de l’entreprise se sont engagés dans la bataille, sans compter leurs heures. Un état d’esprit que d’aucuns qualifieraient d’Américain, par opposition à la très bureaucratique et technocratique France. La bureaucratie qui entrave l’initiative, ce n’est pas nouveau, pas plus que l’absence de règles juridiques nationale favorisant les PME et TPE dans l’attribution des marchés publics, comme le Small Business Act américain (la région Île-de-France s’est toutefois dotée d’un mécanisme de ce type en 2017). C’est d’autant plus regrettable que nos entrepreneurs, nos startups, ont tout pour réussir : des compétences, du talent, de la motivation, de la volonté… Tout pour réussir sauf la confiance de l’État, qui une fois encore, préfère s’en remettre à des « gros », Américains dans de trop nombreux cas.

Le vaccin élaboré par Valneva devrait être prêt cet automne. Basé sur un virus inactivé, comme tant d’autres vaccins, il coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui évoquent le manque de recul affectant l’ARN messager. Les phases I et II s’étant déroulées avec succès, il restait à s’atteler aux essais cliniques à plus grande échelle, dans le cadre de la phase III.

La France, malgré des laboratoires aussi prestigieux et fortunés que Sanofi ou Pasteur, n’a pas été capable de produire le moindre vaccin anti-covid à ce jour. Sanofi nous promet « son » vaccin pour 2022.

Il est de notre liberté — de notre devoir ? —, de se demander pourquoi la multinationale a obtenu les homologations nécessaires et pas la PME nantaise !

Comment Emmanuel Macron, qui a enfin pris le taureau par les cornes en matière d’incitation à la vaccination, a-t-il pu accepter cette aberration subie par Valneva : un vaccin français développé sans aucune aide publique, qui ne peut même pas être testé en France ! C’est à croire que l’Europe a subi un Frexit et non un Brexit ! Pour convaincre les autorités britanniques, Franck Grimaud, président de Valneva, s’est engagé à faire fabriquer son vaccin en Écosse. La France boira donc le calice jusqu’à la lie. Mieux (ou pire, s’agissant de nos pouvoirs publics), le vaccin Valneva pourrait fort bien constituer le rappel idéal, damnant le pion à Pfizer et consort, alors que les injections de la troisième dose devraient débuter en France à l’automne, dixit Emmanuel Macron. C’est donc un marché colossal qui tend les bras à notre laboratoire de la région nantaise. Mais en termes d’activité économique et d’emploi, ce sont les Britanniques qui en seront bénéficiaires.

N’en déplaise à notre haute administration et aux géants français de l’économie, tous deux dirigés souvent par les mêmes personnes rompues au pantouflage, nous disons haut et fort : Vive la France des Valneva, car c’est parmi les startups, et plus précisément les PME d’aujourd’hui que se nichent les licornes (entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars) de demain.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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