Nos années Macron
11H05 - mercredi 7 juillet 2021

Éric Dupont-Moretti, le Bernard Tapie de Macron. Le billet estival de Michel Taube

 

Le jour où Éric Dupont-Moretti est entré en politique, le sort qu’a connu Bernard Tapie devenu ministre de François Mitterrand fin 1992 lui est tombé dessus comme le ciel sur la tête…

15 heures de perquisition au ministère de la Justice, impressionnante armada de magistrats et de forces de l’ordre (on recherchait un terroriste international?), acharnement pour ouvrir de vieux coffres dont les clés étaient introuvables, convocation le 16 juillet en vue d’une possible mise en examen? Faut-il saluer l’extraordinaire célérité et l’efficacité de la Justice

Non, précisément parce qu’elle est extraordinaire. Le justiciable ordinaire, lui, peut attendre des années avant que justice soit rendue. On avait déjà vu que la justice savait faire preuve de zèle dans les affaires Sarkozy (moyens considérables pour démontrer sa culpabilité) et Fillon (accélération inhabituelle de la procédure pour écarter le candidat favori de la présidentielle de 2017). Cette fois, ce sont des plaintes déposées par trois syndicats de magistrats et l’association Anticor qui sont à l’origine de cette démonstration de force. La cible : Éric Dupond Moretti, auquel Emmanuel Macron a fait un cadeau empoisonné en le nommant à la Chancellerie. 

Nous n’avons pas épargné le Garde des Sceaux dans bon nombre de nos éditos, mais force est de constater des faits particulièrement violents dans cette perquisition de haut vol.

Objectif ou prétexte des juges : démontrer un conflit d’intérêts entre l’ancien avocat et le désormais ministre de la Justice. Ce prétexte cache la vraie motivation de la corporation judiciaire. Elle se croit être un pouvoir, qualité que la Constitution ne lui reconnaît pas, et ne supporte pas que l’on puisse la critiquer, lui demander des comptes, évoquer une vraie responsabilité des magistrats, nommer des commissions d’enquête pour pointer ses dysfonctionnements et ses fautes…

L’indépendance de l’autorité judiciaire (et non de la justice) est un pilier de l’État de droit. L’irresponsabilité et la politisation des juges sont un péril pour la démocratie. La question fondamentale n’est pas l’affaire Dupond-Moretti. Que justice soit faite, et si possible rapidement. La question réside dans la manière dont cette justice décide de ce qui est grave et urgent et de ce qui ne l’est pas. Elle est dans le fait qu’elle s’immisce dans la vie politique alors qu’elle crie à l’atteinte à son indépendance dès qu’on lui demande des comptes. Les juges, plus corporatistes que jamais, reprochent aux médias la défiance des Français dans cette institution. Eux n’y sont évidemment pour rien. De pures victimes! Outre des décisions aussi injustifiables (et pourtant artificiellement justifiées en droit) que celles rendues dans l’affaire Halimi, il faudrait notamment dissoudre le Syndicat de la magistrature, ostensiblement d’extrême gauche, pour avoir affiché sur son « mur des cons » des justiciables que des juges de ce syndicat étaient en train de juger, et pour avoir manifesté à l’initiative des islamistes du CCIF, organisation désormais dissoute, pour défendre, non pas le droit légitime des musulmans de ne pas subir du racisme, mais celui de l’islam politique d’étendre sa toile, en assimilant islam à islamisme.

La démonstration de force contre Éric Dupond-Moretti est un message on ne peut plus clair : laissez-nous tranquilles ou la foudre s’abattra sur vous! Le président de la République, quel qu’il soit, est prévenu. Nicolas Sarkozy ne l’avait pas compris, victime à son tour d’un véritable « Outreau judiciaire ». Ce n’est pas avec de l’intimidation que la justice regagnera la confiance des Français, un problème fondamental qui exige une remise en question et une réforme institutionnelle qui, si nécessaire, doit passer par le référendum. La justice manque cruellement de moyens, ce qui ne peut perdurer et qui explique en grande partie son laxisme face à la délinquance du quotidien. Raison pour laquelle il est plus inacceptable encore qu’elle les affecte massivement à la poursuite d’objectifs politiques et corporatistes.

 

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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