Politique
05H13 - vendredi 1 octobre 2021

Mélenchon – Zemmour même combat : À problèmes complexes, réponses simples

 

Le récent débat entre Messieurs Mélenchon et Zemmour aura au moins eu le mérite d’éclairer les Français sur les programmes de ces deux candidats à l’investiture suprême. Pour Mélenchon, tout est dû à la misère, c’est la faute des riches et il suffit de les faire payer. Pour Zemmour, tout est dû à l’immigration musulmane et africaine, et il suffit de leur changer les prénoms ou de les expulser.

Au XXIème siècle, entendre de telles fadaises peut faire sourire ou pleurer. Nous savons que la nature est complexe, la Covid 19 l’a démontré à ceux qui auraient pu l’oublier. Soulignons au passage qu’aucun de ces deux candidats n’a évoqué la crise due à la pandémie et ses répercussions dans leur prêche respectif ; elle n’est due ni aux pauvres ni aux musulmans. La nature humaine est encore plus complexe, et prétendre qu’avec une idée simple on puisse résoudre les problèmes de notre pays devrait suffire à disqualifier ces candidats !

En quoi la misère explique-t-elle ou justifie-t-elle la violence et la délinquance ? Être pauvre n’implique pas l’utilisation de la violence et des délits pour s’en sortir. Heureusement. La plupart des personnes pauvres cherchent à s’en sortir en travaillant, ou à défaut en cherchant à travailler. Ils souhaitent que leurs enfants travaillent à l’école pour espérer un meilleur avenir. Et cela fonctionne le plus souvent. En France, notre système de redistribution est d’ailleurs un des plus performants au monde. Nous ne laissons pas nos concitoyens sur le carreau. Cela coûte cher à tous, mais chacun en profite. D’ailleurs, lors de cette pandémie, même s’il y a eu de trop nombreux ratés, souvenons-nous par exemple de la si célèbre Sibeth qui ne savait pas porter un masque, force est de reconnaître que le gouvernement a géré remarquablement la situation sociale. Pas un Français n’a été laissé pour compte. Entreprises comme particuliers ont été aidés. Sur ce point, bravo au président Macron. Mais si la misère induisait la délinquance, nous devrions être en guerre civile permanente depuis très longtemps ! Il y a dans toute société des gens plus riches et d’autres plus pauvres, des gens qui travaillent plus, des gens qui ont plus de chance, plus de disposition manuelle, plus d’aptitude intellectuelle. Nous sommes égaux en droit, mais tous différents. Réduire les causes de la délinquance et de la violence à la misère, c’est, en même temps, déformer la réalité et insulter les pauvres. C’est passer sous silence les ravages causés par le trafic de stupéfiants et par les mafias en tout genre. C’est ne pas vouloir adresser aussi la montée des communautarismes sécessionnistes, les attaques contre la Laïcité et contre notre modèle républicain.

En quoi l’immigration est-elle la cause de tous les maux ? Bien sûr, l’islam radical est à éradiquer, et les musulmans français doivent adapter leurs pratiques de l’islam pour les rendre compatibles avec notre République, et combattre vraiment l’antisémitisme, nul ne le nie. Mais faire un tel amalgame entre immigration et violence, entre islam et problème quel qu’il soit, relève du mensonge voire du racisme. Si tous les immigrés étaient des délinquants, nous devrions être là encore en guerre civile depuis des décennies ! Si tous les problèmes sont dus aux musulmans, pourquoi y a-t-il aussi des problèmes là où il n’y a ni population immigrée ni musulmans ? N’avoir que ce leitmotiv en guise de programme, c’est essayer de faire voler en éclat notre République, créer les conditions d’une guerre civile, mais nullement tenter d’apporter sa pierre à résoudre les crises.

Heureusement que ces deux messieurs n’étaient pas aux commandes du pays lors de la crise du 11 septembre 2001, lors de la crise des subprimes, lors de la crise des dettes souveraines, lors de la pandémie, et lors des prochaines crises !

Au fond, ces deux candidats se ressemblent, ils ne cherchent qu’à séparer le pays en deux, les bons et les mauvais, le blanc et le noir, quel manichéisme, alors que la réalité est grise et faite de nuances. Ces deux candidats regardent l’avenir avec un rétroviseur. D’où certainement ce goût pour sortir une citation à la minute et montrer que l’on est cultivé. Mélenchon tente de faire un mélange Georges Marchais/Arlette Laguillet/Alain Krivine et à récupérer l’électorat populaire parti au RN. Zemmour, plus dangereux encore, utilise les phrases et idées de Maurras et tente de réhabiliter ce traître de Pétain pour récupérer les extrêmes droites, lepénistes et poujadistes. Pour Maurras, les étrangers viennent en France pour s’enrichir, ils s’enrichissent et la France s’appauvrit… les mêmes mots… Pourtant l’histoire a montré que Maurras avait tort : Marie Curie, Georges Charpak, mais aussi Johnny Hallyday, Dalida, Raymond Kopa, Michel Platini, ou Zinedine Zidane ont apporté à notre pays, ils l’ont enrichi, et s’ils se sont enrichis, tant mieux pour eux. Maurras, rappelons-le aussi, était anti-dreyfusard, même si le capitaine Dreyfus était innocent, même quand son innocence fut démontrée. Il voulait faire fusiller les Dreyfusards. Et il était pour la peine de mort comme Zemmour. Certes Zemmour prend des gants, il est contre la peine de mort sauf dans tels et tels cas, ce qui en bon français veut dire pour la peine de mort, car par définition, elle est une mesure d’exception. En quoi pourtant couper un homme en deux résoudrait les crimes de sang ou la délinquance ? Le voleur ne pense pas se faire prendre, le tueur non plus.

Ces deux candidats rejettent notre République en fait, et en particulier la Laïcité, véritable ciment de notre société française. Mélenchon pense récolter les voix des musulmans. Pourtant la grande majorité des musulmans sont heureux de vivre dans un pays laïque, où femmes et hommes sont égaux, où les mariages ne sont pas arrangés, où chacun a les mêmes droits, les mêmes devoirs, quelles que soient son origine, sa couleur de peau ou sa religion, où on ne coupe pas les mains pour vol, où on ne lapide pas en cas d’adultère ! Zemmour pense récolter les voix des catholiques en plaçant l’Église et la foi au-dessus de la République, alors que les catholiques, comme les protestants, comme les juifs, comme les musulmans, comme les agnostiques, comme les athées, comme ceux qui ne savent pas ce en quoi ils croient, ont depuis longtemps fait la part des choses et ont fait leur la Loi de 1905. À César ce qui revient à César. La foi est du domaine de l’intime, de la vie privée, et doit être séparée de la vie publique. Grâce à Dieu, l’Église et l’État sont séparés !

Ces deux candidats n’ont pas d’autres programmes. Ce n’est pas en citant par cœur quelques agrégats économiques que Zemmour fera croire qu’il maîtrise l’Économie de notre pays. Ni en rejetant nos erreurs sur l’Europe, bouc émissaire des deux extrêmes. Ils martèlent leur rengaine, ils attisent les passions et rejettent la Raison ; cela peut marcher un temps, mais les électeurs vont vite regarder le programme des candidats républicains, analyser les conséquences des mesures des uns et des autres, mieux appréhender la complexité des problèmes, prendre en compte les nuances, comprendre l’effet des mesures sur leur quotidien, sur celui de leurs enfants, imaginer leur avenir, celui de leurs enfants ou parents, et celui de leur pays en fonction des idées proposées, en fonction de l’adaptation de ces idées à la complexité des réalités, en étant tournés vers l’avenir, éclairés par notre Histoire. Ils vont vite séparer le grain de l’ivraie, et la Raison l’emportera sur les passions !

Patrick Pilcer

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers
Patrick Pilcer, Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers

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