Chroniques
16H33 - mardi 8 juin 2021

Choisissons la croissance plutôt que la réduction du déficit.

 

La chronique de Patrick Pilcer

Fin mai, le Ministre des Comptes Publics Olivier Dussopt a fait état d’un déficit budgétaire 9,2% soit 220 milliards d’euros contre 173 prévus dans la loi de finance initiale. C’est une aggravation du déficit de 47 milliards, conséquence bien sûr directe des mesures de soutien à l’économie.

Dans un contexte où le redémarrage de l’économie est encore bien trop poussif puisque le PIB au premier trimestre 2021 recule encore de 0,1% quand d’autres économies renouent avec une croissance franche, force est de se poser la question des priorités. Doit-on s’inquiéter de l’aggravation du déficit ou de la faible croissance de notre économie ? 

Poser la question, c’est bien sûr y répondre. Il serait plus que risqué pour notre pays de se focaliser sur le déficit, comme malheureusement certains l’ont fait dans d’autres crises précédentes. Le déficit est en partie la conséquence du manque de croissance, manque de croissance aussi bien structurelle que conjoncturelle. Il convient donc à mon sens de tout faire pour doper notre croissance, ce qui permettra de réduire le déficit et de diminuer le poids de notre dette.

Pour cela, il nous faudra utiliser tous les leviers. 

Sur la croissance structurelle, le gouvernement a raison de réduire fortement les impôts de production, tous les candidats sérieux à l’élection présidentielle l’ont d’ailleurs à leur programme. Mais il faut également diminuer le coût du travail en diminuant les cotisations salariales et patronales, voire en diminuant la CSG et la CRDS, ce qui aiderait, en même temps, nos retraités. Nous en avons parlé très régulièrement dans ces chroniques, cela permettra de remettre le travail à sa juste place dans notre société, de créer plus d’emplois quand l’entreprise va bien, de moins en détruire sinon, de permettre à nouveau l’émancipation par le travail (des revenus tirés uniquement des aides ou un revenu universel ne peuvent être un modèle de société et ne permettent pas aux citoyens de s’épanouir), tout en donnant de l’oxygène à notre économie, tout en lui redonnant du punch. Et là, constatons que seul Xavier Bertrand a pris ce sujet crucial à bras le corps.

Sur la croissance conjoncturelle, on peut s’étonner que le gouvernement s’enferme dans des plans de survie et ne développe toujours pas des plans de relance. Prenons le cas du secteur de la construction, secteur vital pour notre pays, secteur qui génère des emplois non délocalisables, ancrés dans nos Territoires. Rappelons quelques chiffres essentiels : un logement construit, ce sont 1,6 emplois créés ; un milliard investi, ce sont 12 000 emplois créés ! et que fait le gouvernement Castex en ce domaine ? j’allais écrire « rien », mais non, il agit, il met en place la trop fameuse Réglementation Environnementale 2020, RE 2020 pour les intimes, et entend « lutter contre l’artificialisation des sols »…

Patatras, au lieu d’aider ce secteur, le gouvernement prend le risque de le plonger dans une crise très grave pour les mois à venir, et avec lui, toute notre économie. La logique voudrait que l’on mette la mise en place de cette RE 2020 en mode pause, que l’on permette au secteur de la construction de redémarrer avec force et vigueur en accélérant la simplification administrative, d’autant que le coût des matières premières et la pénurie sur certains produits mettent à mal les marges des acteurs de ce secteur, et que les maires freinent des quatre fers à accorder des permis de construire. Comme si cela ne suffisait pas, il faudrait à présent lutter contre l’artificialisation des sols. Réfléchir, penser l’aménagement du Territoire est un souhait louable. Mais ne prenons pas les mots pour des idées, et évitons les œillères… Dans les années 60/70, lors des grands programmes de construction, de telles œillères avaient poussé à construire verticalement plutôt qu’horizontalement. On avait choisi de construire des barres d’immeubles alors que, pour un coût immédiat très légèrement supérieur, on aurait pu construire des petits pavillons ou des petits immeubles de 3 étages maximum. Nous payons encore aujourd’hui les conséquences désastreuses des choix d’alors. Allez à Sarcelles, Stains, Pierrefitte, etc… et demandez-vous si les problèmes d’intégration, de délinquance, de trafic, de violence, d’éducation, de santé, etc… n’auraient pas été largement moindres si on avait construit horizontalement, quitte à « artificialiser » un peu plus le sol autour des immeubles construits alors, sol très peu exploité depuis, voire abandonné.

Une autre conséquence de l’absence de relance du secteur de la construction va aussi très vite se faire sentir : la demande de logements augmente et l’offre, faute de permis de construire, diminue. Et quand il y a une offre possible, la hausse des coûts pousse les prix des logements neufs à la hausse. Entre la hausse des couts et la baisse du nombre de permis de construire, nous nous dirigeons à grands pas vers une pénurie de l’offre de logements et donc une hausse forte du prix des logements, exactement l’inverse de ce que notre pays a besoin !

Le logement et la construction auront clairement été les mal-aimés de ce quinquennat. Dommage. Mais la relance de ce secteur en sera de fait une des priorités du prochain président !

 

Patrick Pilcer

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers

 

 

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