Afriques demain
06H50 - jeudi 3 juin 2021

Du Franc CFA à l’Eco : quelle monnaie pour l’Afrique de l’Ouest ?

 

L’édito de Michel Taube et Alain Dupouy

Dans ses confidences au Journal du Dimanche le 30 mai, « Mon pari pour l’Afrique », Emmanuel Macron a-t-il parlé trop vite ? « La fin du franc CFA ? On l’a fait. C’est une réforme qui supprime les marqueurs symboliques qui concentraient toutes les critiques et les fantasmes. » Cette courte évocation dans un interview-fleuve correspondait-elle seulement à la réalité ?

En décembre 2019, les Présidents Ouattara et Macron avaient auguré, à Abidjan, la perspective du remplacement du Franc CFA par une monnaie unique, pour 8 pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), qui devrait s’appeler l’Eco. Ce qui pouvait apparaître comme une avancée importante n’était en fait qu’un effet d’annonce, car aucun dispositif précis n’était encore envisagé à ce moment là.

Il n’en fallait pas davantage à Kako Nubukpo, ancien Ministre Togolais, nommé récemment Commissaire de l’UEMOA, et bien connu comme étant partisan de cette réforme monétaire, pour organiser à Lomé, un colloque doté d’un magnifique plateau d’experts économistes Africains sur ce délicat sujet de « l’enterrement » du CFA.

Au départ, il y a un acte d’autorité : une certaine dose de brutalité dans l’annonce par la France de cette idée, certes de concert avec le Président de la Côte d’Ivoire, mais au nez et à la barbe des dirigeants des autres pays, exclus de la confidence ! Même s’il fallait bien, qu’un jour, ce problème soit évoqué et donc mis à la réflexion collective. Personne ne put alors contester qu’une interprétation d’un geste un peu autoritaire de la France soit inévitable.

Certes, une volonté quasi unanime des pays Africains s’affiche souvent pour faire évoluer ce processus, mais une certaine tiédeur se fait sentir auprès des dirigeants d’Afrique de l’Ouest, et du coup, deux visions s’exposent. Elles auront été exprimées dans ce Colloque : une plutôt « statique » assurant le fonctionnement des économies d’une certaine stabilité, et l’autre plus « dynamique » qui évoque une chance de croissance créatrice d’emplois pour les économies. Dans tous les cas, la sortie de la dépendance des échanges axés sur une seule monnaie qui était l’Euro, pour aller vers une indexation de plusieurs monnaies parait être d’un avis pratiquement unanime.  

Et puis il a les sceptiques : un Ousmane Sonko, opposant Sénégalais, retenu dans son pays par la justice, s’exprimant en visio conférence, démonte le projet de réforme, qualifié d’attractif, mais d’utopique. Il estimait prématuré de s’embarquer dans une telle réforme sans s’assurer que le « leadership Africain » serait effectif. Sa priorité : sortir d’un système qui privilégie l’importation de produits finis plutôt que la consommation et l’exportation de produits manufacturés Africains !

« Péché originel » disait Didier Acouetey qui engageait l’auditoire à trouver une « moyenne mesure » entre disposer de « notre » monnaie et favoriser la création d’emplois. Ou encore, dans la bouche de l’économiste togolais, Michel Nadim Kalife : le but doit être avant tout de réhabiliter l’idée de stabilité monétaire face à l’inflation.

Autre facteur d’interrogation : l’abandon du Franc CFA ne concerne-t-il que l’Afrique francophone ? L’ex-Premier Ministre Béninois, Lionel Zinsou, incite à une certaine mutualisation du principe auprès des autres pays proches y compris anglophones ou lusophones, allant du Ghana au Cap Vert, en passant par la Guinée. Et le Professeur Adame Diaw de parler du « défi de l’intégration monétaire ».

Quel chemin sera pris pour munir l’Afrique d’une monnaie africaine comme l’Europe a su se doter de l’Euro ? Un ancien Premier Ministre de Guinée, Cellou Dalein Diallo, Vice-Président de l’International Libéral, s’exprimant depuis Conakry en visio conférence, puisque lui aussi interdit de sortir de son pays, prône une voie du consensus et rappelle l’impérieuse nécessité de commencer par l’identification des coûts et des risques. Et Wilfrid Lauriano Do Rego, Coordonnateur du Conseil Présidentiel pour l’Afrique à Paris, de pointer le problème du financement de l’économie causé par le taux faible de bancarisation. Et d rattacher l’enjeu du passage du Franc CFA à l’Eco aux perspectives tracées par le Sommet de Paris le 18 mai sur la rénovation des financements des économies africaines.

À quand une véritable « feuille de route » des Chefs d’Etats Africains et comme l’évoquait aussi le grand économiste Carlos Lopès, à quand des critères de convergences, comme l’ont fait les Européens pour parvenir à leur monnaie unique, parfois par des mécanismes atténuateurs ?

Pour sortir de ce « joug colonial » monétaire, il ne sera pas trop de renouveler ces « entretiens de Lomé » qui, cela tombe bien, sont appelés à se tenir dans deux ans.

 

Alain Dupouy,

Chef de rubrique Opinion Afriques

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

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