Afriques demain
21H58 - mercredi 2 juin 2021

Où va le Mali ? Entretien avec Tiéman Hubert Coulibaly, ancien ministre des affaires étrangères du Mali

 

Monsieur Tiéman Hubert Coulibaly, vous êtes président de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD) et de l’Action républicaine pour le progrès. Vous avez été ministre des affaires étrangères à deux reprises, ministre de l’Administration territoriale et de la Défense du Mali sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta. Quelle est la situation à Bamako depuis que le colonel Assimi Goïta a fait limoger le gouvernement civil et pris le pouvoir ?

La capitale est calme. Nous ne sentons pas d’énervement dans les rues.

 

Comment réagissez-vous aux récents événements qui se traduisent par une reprise en main totale du pouvoir par le colonel Assimi Goïta ?

Ce n’est qu’une réplique, un soubresaut du coup d’Etat qui a commencé le 18 août 2020, une façon pour les nouveaux hommes forts du pays de consolider leur pouvoir. Dans le cadre de l’UDD et de l’Action républicaine pour le progrès, nous avons exprimé notre inquiétude et demandé le retour à un processus républicain.

 

La CEDEAO n’a pas pris de sanction contre les nouveaux dirigeants maliens et s’est contentée de suspendre le pays de ses instances ? Etes-vous déçu ?

Cette suspension est une sanction et nous ne voulions pas que les fermetures de frontières ou un embargo nuisent à la vie de nos concitoyens, malgré notre grande capacité de résilience. En tant qu’ancien ministre des affaires étrangères, je sais combien il est handicapant de ne pouvoir siéger dans les instances régionales, surtout lorsqu’on parle de votre pays.

 

Et l’Union Africaine, pourquoi est-elle muette ?

Il est normal que, selon le principe de subsidiarité, ce soit la CEDEAO qui s’exprime la première. Les instances supra-régionales s’aligneront sur elle.

 

Depuis quinze jours, on parle d’une alliance entre le colonel Goïta et le M5 – RFP, une des principales forces de la société civile qui avait contribué à la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta. Bon nombre de ses membres sont soupçonnés de compromission ou de faiblesse avec les islamistes. Que pensez-vous de ce scénario donné comme imminent ?

Le M5-RFP est une organisation politique et non de la société civile. Le colonel Goïta a pris langue avec cet acteur en lui proposant de conduire le gouvernement mais ce choix, s’il se confirme, ne doit pas être la traduction d’une exclusion des autres forces politiques.

 

Vous croyez possible un gouvernement d’union nationale ? Pourriez-vous y participer ?

J’appelle de mes vœux cette solution, la seule à même de nous permettre de relever les innombrables défis auxquels nous faisons face. Pour ma part, je suis appelé vers un autre avenir mais les dirigeants de mon parti pourraient y prendre part.

 

Emmanuel Macron n’a pas hésité à dire dimanche dernier que la France se retirerait du Mali si des islamistes arrivaient au pouvoir à Bamako. Qu’en pensez-vous ?

Le président français a a donné son point de vue. Certes, le terrorisme menace toute l’Afrique. Il n’y a pas que le Mali. L’Afrique de l’est est contaminée, l’ouest africain, l’Afrique du centre aussi. Mais je dis avec force que l’adhésion religieuse est libre au Mali. Nous sommes une République laïque, un peuple métisse, un pays carrefour. Je ne pense pas que nous soyons dans un projet national qui vise à mettre en place un dispositif théocratique. Ne compromettons pas les fruits d’une coopération militaire, économique et technique profitable pour tous les pays grâce au G5 Sahel. Le retrait de la France n’est donc pas souhaitable de mon point de vue et serait même mal inteprété.

 

Propos recueillis par Alain Dupouy, chef de rubrique Opinion Afriques et Outre-Mer, et Michel Taube

 

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