Afriques
01H51 - mardi 20 octobre 2020

L’Afrique, le pays de nos pères. La chronique de Jean-Marie Viala

 

Le pays, le continent d’où tout est parti, et où tout finira par revenir.

Le continent des anciens sages, des anciens tranquilles. Des anciens Sereins. Tout ce que nous ne savons plus être, ni chez nous, je veux dire en Occident, mais hélas, ni en Afrique. Chez eux. Et je dis bien chez eux, c’est-à-dire chez les Africains. Et pas chez nous.

L’Afrique n’est pas un terrain de jeux pour blancs, ou noirs, en mal de satisfaction d’égo, ou financière.

L’Afrique est, et doit redevenir, un seul pays, un continent leçon, c’est-à-dire un continent au sein duquel, bien sûr il y a des trésors, mais pas seulement des métaux, ou autres, mais aussi des trésors d’exemple de vie, là-bas, au fond de la brousse, là ou malgré tout, les mauvais exemples des Occidentaux ne sont pas encore vainqueurs.

En revanche, l’Occident, après avoir profité de de l’Afrique, et souvent de la naïveté des Africains, en ayant pour seule mission d’apprendre tous les mauvais côtés des Occidentaux, et de ne garder aucun des bons côtés africains, devrait comprendre que maintenant, il est temps d’aimer le continent de nos pères, à tous, et de voir de quelle manière, en tous cas, bonne, une véritable collaboration devra enfin se faire jour. Et exister.

D’où sortons-nous cette « virginité » sans entaille, qui nous permet de juger de quelle manière vivent, existent parfois, les Africains ? Quand cesserons nous d’exporter, puis d’imposer, nos droits, nos façons de vivre, au point de juger les Africains à l’aune de nos institutions et pas des leurs, et de plus à partir de notre sol.

C’est une énorme curiosité que de voir qu’à un moment où en France, on dénonce, avec raison, toute importation de culture pour l’imposer sur notre territoire, on continue à considérer qu’ailleurs, et particulièrement en Afrique, c’est notre culture, notre droit notamment, qui doit s’appliquer. Et même notre façon de voir la démocratie…

Il ne s’agit même plus d’exhorter certains à balayer devant leur porte, mais plus encore, de garder un silence prudent, voire reconnaissant, pour les uns comme pour les autres, alors que nos exemples lamentables, existent au plus haut niveau, et alors aussi que nous sommes d’une grande fluidité morale, lorsqu’il est question de rapports avec des pays, moins africains, mais plus puissants, par influence ou par finances.

Il est en effet plus facile, de se parer d’une morale exigeante en attaquant des pays africains, visant leurs dirigeants, qui de plus parlent notre langue (et c’est parfois les seuls à le faire encore), et qui ne risquent pas de nous couper les approvisionnements de gaz ou autres, et qui n’ont aucune influence possible sur la politique de nos banlieues et de notre pays. Pour le moment en tous cas…

Tout cela avec une excellente bonne conscience.

Depuis que l’Afrique m’a fait confiance pour défendre son image, ce qui j’en conviens est parfois difficile, et non ses exportations ou importations, j’ai souvent défendu mon pays, la France, en niant qu’il était encore sous influence colonialiste. Ce qui est par ailleurs très gênant pour moi, car je n’ai rien à voir avec ceux qui aujourd’hui ramènent tout à la décolonisation, (et ses dérivés) pour en arriver chez nous à créer des séparatismes et des communautarismes, sans se rendre compte qu’ainsi ils font revivre l’esprit colonialiste dans notre pays. Mais peut être est ce à desseins. Pour coloniser la France de leurs idées.

Cette idée colonialiste devient de plus en plus obsédante, dans l’esprit de nombreux Africains, et de leurs dirigeants.

Je me souviens d’un ministre français, qui s’était permis de mettre en doute l’élection d’un président dont selon lui, il fallait recompter les bulletins. Peut-on imaginer un président africain, un ministre, émettre une telle idée, à l’égard de l’élection de notre président, sous prétexte qu’il y aurait eu peu de votant ? Donc une faible majorité ?

En réalité cela peut sembler pire. Nous les méprisons, au point que nous les jugeons, y compris devant nos tribunaux, pour des faits prétendument, ou avérés, commis chez eux, estimant qu’ils seraient incapables de le faire dans leur pays. Nous les jugeons, alors que nous refuserions qu’ils fassent de même à notre égard. Nous sommes les supérieurs. Mais de loin. Chez nous, tranquilles. Au chaud de notre politiquement correct, de notre morale pour les autres, et du déni de notre propre histoire. Et aujourd’hui de nos histoires…

Nous sommes des donneurs de leçons dont nous avons oublié le texte, pour ne retenir que les sanctions que notre morale bienpensante, et bienveillante, nous dicte afin d’être satisfaits, tranquilles, sans état d’âmes.

Il en est d’ailleurs ainsi pour tout désormais. Des vagues là où nous ne risquons rien (Brésil, Trump, Amérique Latine, Poutine, et Afrique, pour ne citer que cela) et absence de vague chez nous. Pas de risques, chez nous. Pas de vagues. Il n’y a qu’à voir l’état de nos banlieues, et bientôt de nos territoires. Et oublions très vite l’origine des « désordres » qui ne peuvent qu’être notre faute sociale. Prononcer les vrais mots sur ces désordres provoquerait trop de vagues. Passons donc. Allons juger ailleurs. En Afrique par exemple.

Mais attention l’Afrique a eu besoin de nous, et nous en avons profité pour presque toujours aller y prendre et jamais y apporter. Si demander de l’aide c’est consentir à être asservi, alors prions, nous qui fatalement aurons besoin de l’Afrique, qu’elle n’ait pas à notre égard, le manque d’égard que nous avons eu envers elle.

 

Jean-Marie Viala

Romancier, avocat

 

 

 

 

 

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