Edito
11H56 - vendredi 7 août 2020

Port de Beyrouth, mardi 4 août 2020, 18h, Révolution Liban Acte 2. L’édito de Michel Taube

 

« Beyrouth meurtrie, Beyrouth effondrée, Beyrouth assassinée mais Beyrouth libérée. Beyrouth libérée de ses dirigeants corrompus. Beyrouth libérée de cette alliance empoisonnée entre une faction chrétienne dévoyée autour du général Aoun et le Hezbollah chiite. Beyrouth libérée des protectorats saoudien et iranien. Beyrouth libérée par la jeunesse libanaise ». Tels sont les mots que prononcera peut-être Emmanuel Macron le 1er septembre lors de sa prochaine visite au Liban. Et il pourra ajouter : « si je suis le premier chef d’Etat à m’être rendu sur le port de Beyrouth dès le 6 août, si le Liban est une partie de nous, Français, c’est parce que le Liban porte en lui une promesse laïque au Moyen-Orient, tout comme la France en Europe. Or le Liban d’aujourd’hui n’était plus ce Liban multiconfessionnel et ouvert sur le monde qu’il avait été par le passé. Il n’était plus qu’un pays coupé en deux protectorats, saoudien d’un côté, iranien de l’autre. Il était temps que le peuple libanais renoue avec son indépendance, avec sa vocation occidentale. »

Est-on en train de rêver ? Le peuple libanais a trois semaines pour obtenir ce que la révolution du 17 octobre n’a pas réussi. Depuis presque dix mois, la jeunesse descendait dans les rues et réclamait liberté, dignité et justice. Mais la jeunesse libanaise s’essouflait. Les pouvoirs en place commençaient à avoir raison à l’usure de cette jeunesse révoltée, comme en Algérie d’ailleurs. Au prix d’une crise économique terrible. Au prix d’un peuple opprimé dont les pouvoirs en place n’ont que faire…

Mais la tragédie du port de Beyrouth sonne le déclenchement de l’acte 2 de la révolution libanaise. Et le souffle de la révolte sera à la hauteur du souffle de l’explosion du 4 août. Sur les réseaux sociaux, les appels au lynchage des dirigeants libanais se multiplient (attention, l’abolition de la peine de mort pourrait être l’une des premières mesures d’un nouveau pouvoir rajeuni et modernisé). Les jeunes ne demandent pas de l’aide humanitaire. Ils demandent une solution politique. Immédiate.

Le peuple libanais est en colère ! Sa colère doit à présent se libérer. Et nous devons aider le peuple libanais.

Soyons clair : les milliards de dollars d’aide humanitaire qui vont pleuvoir ces prochaines semaines sur le Liban risquent fort d’enrichir davantage les forces politiques corrompues qui trustent notamment la gouvernance de toutes les grandes organisations caritatives libanaises. Oui à l’aide aux Libanais pour reconstruire Beyrouth mais que les dons aillent uniquement aux ONG locales qui aidaient déjà les habitants à survivre.

Mais, plus que d’aide humanitaire, le Liban a besoin d’achever sa révolution. Comme la Tunisie dans les années 2010, le Liban a tout pour réussir son printemps arabe.

Mais, comme le disait fort justement Emmanuel Macron dans les rues de Beyrouth en répondant à des jeunes en colère qui l’interpellaient, la révolte d’octobre ne s’est pas traduite en offre politique alternative.

 

Amis libanais, constituez un gouvernement en exil et alliez vous aux plus laïcs des Anciens. En un mois, vous ferez chuter le pouvoir corrompu de Beyrouth

Or le Liban a une carte maîtresse : sa diaspora dans le monde. En France, au Royaume-Uni, en Grèce, aux Etats-Unis, partout dans le monde, des jeunes libanais ont développé leurs talents et leurs compétences à l’abri des corruptions libanaises qui l’empêchent de s’épanouir dans leur pays d’origine.

Cette diaspora, le pouvoir libanais n’a guère de prise sur elle. C’est pourquoi la solution politique viendra du large et déferlera sur Beyrouth ! Si la diaspora s’organise, si elle se réunit en une cohorte de centaines de milliers d’internautes libanais solidaires qui doivent désigner dans les tout prochains jours ou semaines leurs représentants, si elle s’auto-proclame « gouvernement en exil », en quelques semaines la communauté internationale la reconnaîtra et les Aoun et consorts seront démonétisés et délégitimés.

Ce gouvernement en exil doit organiser la collecte et la redistribution des dons et de l’aide humanitaire. Il doit aussi exiger le départ de toutes les forces politiques en place et l’organisation d’élections libres d’ici quelques mois.

Face à la rue libanaise que les jeunes doivent réinvestir en masse désormais, quitte à bloquer entièrement le pays, et face à la diaspora 2.0 organisée et structurée, les pouvoirs corrompus sur place ne pourront tenir longtemps.

La démission de députés et de quelques ministres courageux, notamment dans le clan Gemayel, grande famille chrétienne du Liban aux accents francophones et francophiles, qui a pesé dans la chute du gouvernement Diab, augure d’une alliance possible entre les Anciens et les Modernes, autre condition, avec la mobilisation de la diaspora, de la réussite de la révolution libanaise.

Nous le disons à nos amis libanais : vous avez toutes les cartes en main ! Mais organisez-vous politiquement !

Certes, le Hezbollah libanais qui truste aujourd’hui tous les pouvoirs fera tout pour entraver votre révolution. Il a trop à perdre ! C’est le Hezbollah qui tenait le port de Beyrouth et en tirait une manne financière colossale. C’est le Hezbollah notamment qui avait laissé l’équivalent d’une bombe atomique menacer d’exploser en plein de cœur de la capitale libanaise. C’est le Hezbollah qui a confisqué et anéanti le système multi-confessionnel qui façonnait les pouvoirs au Liban. C’est le Hezbollah qui doit désormais rendre des comptes au peuple libanais et à la communauté internationale. C’est le Hezbollah qui oeuvre enfgin contre le Liban laïc et multi-confessionnel.

Jeunesse libanaise, il vous faut choisir vos amis et affronter vos ennemis. La France sera à vos côtés. Emmanuel Macron vous l’a dit au nom de la France.

Diaspora libanaise, vous pouvez faire basculer le sort du Liban. Notre devoir est de vous aider à briser les chaînes qui oppressent vos familles, vos intérêts et votre avenir au Liban ! « Parce que c’est vous, parce que c’est nous », comme vous l’a dit Emmanuel Macron.

Trois semaines pour faire une révolution ? Que le souffle de la colère du peuple libanais souffle sur le pays du Cèdre et, au-delà, sur la Méditerranée et le Proche-Orient.

 

Michel Taube

Publié le 7 août 2020. Dernière mise à jour : lundi 10 août 2020.

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