Edito
08H34 - jeudi 16 juillet 2020

Jean Castex : le Grand Intendant ou l’anti-Macron. L’édito de Michel Taube

 

Non, Jean Castex ne sera pas que le premier collaborateur du président de la République. Le maire de Prades a réussi son baptême du feu en obtenant la confiance de l’Assemblée Nationale au terme d’un discours sobre et rigoureux comme l’est certainement le nouvel hôte de Matignon.

Après quelques vagues orientations générales et peu de mesures concrètes annoncées par le président le 14 juillet, avons-nous eut droit à un projet gouvernemental concret pour les 18 prochains mois, de la part du Premier ministre ? En dépit des critiques de l’opposition, il serait malvenu de le condamner avant de lui avoir laisser le temps de faire ses preuves, même si son calendrier s’annonce fort serré. Trop serré ?

Après la décevante prestation télévisuelle d’Emmanuel Macron à l’issue des cérémonies du 14 juillet, on attendait avec impatience la déclaration de politique générale de Jean Castex. Le gaulliste social, l’homme de l’appareil d’Etat a surtout voulu réhabiliter les vertus de la gestion et de l’intendance, déplorant que l’intendance ne suive plus depuis longtemps dans notre pays. Réinventer la relation de l’Etat à la population en renforçant la déconcentration territoriale, notamment en réhabilitant le couple préfet – maire, telle est l’empreinte principale que veut imprimer le premier ministre à son gouvernement. La petite révolution Castex en somme.

Mais le bât blesse car c’est d’une grande loi de décentralisation dont a besoin la France et non d’une seule loi organique permettant des expérimentations locales plus nombreuses. Or en 600 jours, impossible de lancer un tel chantier et encore moins de le rendre opérationnel dans les milliers de territoires de France.

Car le principal ennemi de Castex sera – et est déjà – le temps. Le Premier ministre parle de 600 jours, mais la réalité est que dès la rentrée 2021, donc dans à peine une année, la campagne des présidentielles réduira l’activité gouvernementale à la gestion des affaires courantes. Rares seront les mesures du gouvernement Castex dont les Français connaîtront les conséquences concrètes. A part les cantines universitaires à 1 euro pour les étudiants boursiers, les 100 euros de revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire et quelques autres mesures, toutes les petites révolutions dans la gestion de l’Etat qu’annonce Jean Castex mettront du temps à augmenter l’efficacité de l’action publique. Jean Castex souhaite mettre fin à la multiplication des lois et décrets peu appliqués ou sans grand effet sur la vie des Français. Il veut transformer le CESE en Conseil de la participation citoyenne, afin de trouver une nouvelle articulation entre démocraties représentative et participative, renforcer le dialogue, l’écoute, la recherche du compromis, principal levier de la démocratie apaisée.

Certes, Jean Castex a martelé son attachement aux territoires : « Libérer les territoires, c’est libérer les énergies et faire le pari de l’intelligence collective » a-t-il assené. C’est aussi redynamiser les centres-villes en décrétant un moratoire sur les centres commerciaux en zone périphérique.

Le chéquier est de sortie, et la distribution sera généreuse : aide à la numérisation de l’économie et de l’administration, confirmation de la relance des petites lignes de chemin de fer, plan de rénovation urbaine et « agenda rural »…  Jean Castex mêle relance économique, écologie et décentralisation. Il faut « gagner la bataille du climat » et accélérer la transition écologique par les territoires, pour doter la France de l’économie la plus décarbonée de l’Europe. L’écologie doit être créatrice de richesses. Il faut une « croissance écologique et pas une décroissance verte ! ». La France doit redevenir une nation industrielle, mais l’écologie est le chemin qu’elle doit emprunter pour y parvenir. A cet effet, il faut lutter contre l’artificialisation excessive des sols et accompagner les Français dans une évolution de leurs modes de transport plutôt, notamment en développant massivement le vélo et le vélo électrique, et donc en construisant de nombreuses pistes cyclables. Jean Castex veut accompagner dans la concertation plus qu’imposer par la contrainte, comme cela s’est hélas vu ailleurs. Avant fin 2021, des contrats de développement écologiques seront conclus dans tous les territoires pour une mise en œuvre rapide de ces orientations. Plus généralement, les effets du plan de relance seront présentés tous les deux mois. Par ailleurs, les consommateurs seront incités à infléchir leurs comportements en privilégiant la location longue durée et le recyclage.  

Le nouveau Premier ministre veut aussi que les agriculteurs soient associés à ce nouveau virage, au croisement de la santé, de l’économie et de l’écologie, en veillant à une production agricole davantage axée sur la qualité alimentaire.

Tout cela est nécessaire mais impossible à concrétiser en moins de 600 jours. En somme, c’est un discours de début de quinquennat qu’a prononcé Jean Castex. Comme si la perspective à dix ans qu’a voulu tracer le chef de l’Etat le 14 juillet guidait déjà l’action du gouvernement.

Les Français le voudront-ils en 2022 ?

Reste la bonne surprise Castex : son affirmation sans réserve de la valeur laïcité et l’annonce surprise d’une loi contre les séparatismes et l’islam radical dès la rentrée de septembre. Plus largement, la réponse de l’Etat doit être plus ferme face à la délinquance, le racisme, la violence conjugale. A cet effet, Jean Castex veut aussi rétablir l’autorité de la justice, garantir son indépendance, veiller au respect de la présomption d’innocence. Il veut accélérer la mise en œuvre de la réforme de la justice et augmenter sa célérité afin de lutter contre l’impunité. Il annonce à cet effet la création de juges de proximité affectés à la répression des incivilités au quotidien.

Premier ministre des Français de bon sens, de cette majorité silencieuse, de ces territoires qui font la France profonde, Jean Castex s’est posé malgré lui comme un anti-Macron. Une façon de renouveler le en-même temps macronien et de tenter de renouveler la confiance entre le chef de l’Etat et son électorat.

Verdict d’ici 2022.

 

Michel Taube

Michel Taube dans Les Informés de France Info le 15 juillet 2020, émission présentée par Céline Asselot avec Mariam Pirzadeh de France 24, Patrice Moyon de Ouest France, Arnaud Gonzague de L’Obs et Michel Taube.

 

 

 

Michel Taube sur BFMTV le 15 juillet 2020 à 21h :

 

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