Edito
06H57 - mardi 26 mai 2020

Les entrepreneurs et la déréglementation sont les clés de la relance de l’économie française. L’édito de Michel Taube

 
Les éditoriaux de Michel Taube, parfois sur la vie politique, parfois sur les enjeux de société, en France ou dans le monde, constituent le regard d’un éditeur indépendant de tout parti et de toute chapelle, solidement arrimé à ses convictions libérales, sociales, humanistes et pluralistes, et plus encore aux valeurs de la République française (liberté, égalité, fraternité… et laïcité) et de l’Union européenne (unis dans la diversité). Nous sommes convaincu que l’Etat, c’est nous, nous les Français, nous chacun des citoyens. Que les élus et les fonctionnaires sont les serviteurs des citoyens, comme aime à nous le rappeler Ghislaine Alajouanine, pionnière de la télémédecine en France. Que la France, grâce aux Français, a des atouts, une histoire, une culture et des talents qui lui permettent de s’ouvrir sur le monde, d’entrer de plain-pied dans la modernité, de voir loin et grand, notamment grâce à ses outre-mer, sa puissance maritime, aux Français de l’étranger et à la francophonie. Et qu’enfin, en France comme en Europe, les institutions doivent être profondément rénovées. Nos éditos naviguent entre critique, parfois colère, et des propositions et des pistes pour esquisser une vision, un chemin, et tenter de bâtir aujourd’hui le monde d’après. Il n’est pas toujours aisé d’être un bâtisseur, mais il un devoir de tenter de l’être ! Michel Taube

Lundi 25 mai, au lendemain d’un long week-end ensoleillé. À Paris, l’indice CAC 40 gagne 1,25 %. À Francfort, le Dax progresse de 1,91 %. Quant à l’EuroStoxx 50, thermomètre boursier de la zone euro, il affiche une progression de 1,47 %.

Le 11 septembre 2001, alors que Wall Street était couvert d’une épaisse couche de poussière, il se disait dans les milieux d’affaires : « la bourse a tenu ! ».

Comment peut-elle tenir alors que la première bataille du Covid-19, la bataille sanitaire qui semble être sur le point de s’achever, dévoile un champ de ruines économiques, et qu’il faudra relancer la machine – ce sera la seconde bataille – pour éviter une troisième bataille, sociale, et peut-être un désastre populiste à la présidentielle de 2022.

Gérald Darmanin, l’homme qui monte au gouvernement et peut-être dans la classe politique, évoque trois pistes de relance, pour immédiatement en éliminer deux : la hausse des impôts et le rabotage de la sphère publique. Pourtant, il faudra trouver beaucoup d’argent pour payer la facture des secours déjà engagés par l’État pour sauver des pans entiers de l’économie.

Rien que Renault et le secteur automobile auront droit dès aujourd’hui au remède de cheval présenté par Emmanuel Macron lui-même.

Pour sauver l’économie française, il faudra injecter 100 fois plus d’euros que ce que rapporterait le rétablissement de l’ISF, si tant est qu’il ne coûte au final pas plus qu’il ne rapporte. Payer la note du Covid-19, plus salée en France que dans beaucoup de pays de l’Union européenne (la récession y est plus forte) par l’impôt impliquerait une augmentation massive des prélèvements, bien au-delà de la seule tonte des riches que réclament les prétendus défenseurs de la veuve et de l’orphelin, drapés de rose, de rouge, de brun ou de jaune.

Exit l’impôt donc.

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Le rabotage de la sphère publique n’est pas davantage dans l’air du temps. Le flot d’argent public qui se déverse sur l’économie du pays, même s’il n’est pas encore acquis qu’il évitera son naufrage (ou qu’il ne provoquera pas de crise financière) équivaut à un grossissement de cette sphère. On ne va pas financer la crise, la reprise, la revalorisation des personnels soignants (en salaire et non en médaille ou en défilé sur les Champs-Elysées !), le rééquipement de l’hôpital public… en supprimant les aides sociales, en réduisant les effectifs dans la police, de la justice ou de l’éducation nationale. Encore que… La dernière réforme de l’assurance chômage, devenue plus restrictive et moins généreuse, ou celle de la justice, de plus en en plus souvent rendue sur dossier, sont fidèles à l’approche comptable dont on mesure les effets à l’hôpital. Mais à la sortie de la bataille sanitaire du Covid-19, le peuple et les entreprises demandent plus d’États, voire demandent tout à l’État, ce qui est parfois quelque peu contradictoire avec l’apologie du libéralisme débridé.

Exit le recul de l’État, par conséquent.

 

Pour Gérald Darmanin, seule la troisième voie, celle de la croissance économique, permettra de relancer l’économie sans sacrifier le social. Mais ce gaulliste social, incarnation du « en même temps » macronien dans ce qu’il a de positif et d’équilibré, incarnation aussi de la méritocratie républicaine, doit encore franchir le Rubicon de la confiance que l’État doit aux citoyens. En la matière, la crise du coronavirus a profondément entaché cette confiance au vu du bilan sanitaire et du manque d’anticipation et de prévention dont les pouvoirs publics ont fait preuve.

Pour réussir la bataille économique, il est impératif que l’Etat procède à une mue psychologique et qu’il sache faire confiance aux entrepreneurs par une dérèglementation et une débureaucratisation de la France, par une nouvelle phase dans l’assouplissement du droit du travail, des accords d’entreprise au détriment des accords de branche pour échapper au dictat de certains syndicats dont le dessein n’a jamais été le bien-être des salariés ni la pérennité de leur emploi.

Plus que Gérald Darmanin et même Édouard Philippe, c’est Emmanuel Macron, le patron, qui doit faire ce pas, un pas de danse délicat, car la menace de mouvements sociaux corporatistes et égoïstes, comme la grève des conducteurs de la RATP, plane en permanence. Outre Emmanuel Macron, sont aussi concernés Angela Merkel et les dirigeants des autres pays de l’Union Européenne, de la zone euro en particulier. Mais ont-ils vraiment le choix ? Avec une banque centrale et une monnaie commune, une certaine forme de mutualisation de la dette est inévitable. La France, l’Italie et l’Espagne, principales victimes de cette crise, cela fait un morceau autrement plus gros que la Grèce à laquelle Bruxelles avait imposé ses conditions. Sauf à saborder le bateau européen, la solidarité budgétaire européenne est incontournable.

Mais c’est au gouvernement français de s’attaquer aux maux français, en espérant qu’une large majorité prenne enfin conscience que la survie et la réussite des entreprises sont aussi et même d’abord les leurs. Personne ne doit être obligé de travailler le dimanche ou la nuit, ou 60 heures par semaine, mais personne ne devrait en être empêché. Cela, il n’est pas certain que tous les Français en soient bien conscients. Pourtant, il devrait être insupportable pour tous qu’un syndicat puisse obtenir d’un conseil de prud’hommes politisé qu’un magasin ne puisse ouvrir jusqu’à minuit quand tous les salariés le souhaitent. Il est inacceptable que dans les mêmes conditions judiciaires, il puisse empêcher Renault de rouvrir une usine, malgré l’accord de toutes les parties prenantes. Que dirait ce syndicat, la GGT, si Renault était abandonné par Nissan, qu’elle passait sous bannière chinoise et que toutes les usines françaises fermaient ? Que feront par ailleurs, les salariés des PME et TPE qui mettront la clé sous la porte, parce qu’un carcan juridique et administratif, s’ajoutant à des charges sociales écrasantes et des dettes accumulées par le recours à l’emprunt pour gérer la crise, ne leur donne pas une chance de rebondir et de s’en sortir. Ce n’est pas l’aumône qu’elles réclament. C’est la liberté et l’équité.

On pourrait aussi évoquer le télétravail ou la formation continue : règles ineptes, contraintes administratives qui s’empilent, contrôles inutiles qui nuisent à la bonne marche de l’entreprise sans protéger les salariés… Monsieur Martinez ne supporte pas l’idée que d’innombrables travailleurs ne demandent pas mieux que de télétravailler, et que si employeurs et salariés en conviennent, le législateur, le juge et les syndicats n’ont pas à s’en mêler.

Politiques et bureaucrates, fonctionnaires et syndicats, laissez-nous travailler, laissez-nous innover, laissez-nous vivre !

Déjà, dès le 23 mars, nous prônions un plan de gestion de la crise de court terme reposant non sur le chômage partiel mais sur l’injection directe de trésorerie dans les ménages (sous forme de chèques consommation) et dans les entreprises. Des mesures simples, directes, non administratives. Les choix qui ont été faits par le gouvernement, importants en volume, ont cependant posé d’énormes problèmes d’application bureaucratique dans les entreprises.

La relance de l’économie est aussi une chance pour la France de rattraper quelques retards et de devenir leader dans des secteurs d’avenir comme l’économie verte et vertueuse, l’intelligence artificielle ou la télémédecine, pilier de toute politique sanitaire préventive et donc source d’immenses économies. Qu’attend-on pour supprimer toutes les barrières règlementaires à la généralisation de la télésurveillance médicale (et pas seulement la téléconsultation), dès lors qu’elle est effectuée sous le contrôle du médecin. Lui saura mieux qu’un fonctionnaire de l’A.R.S. si un dispositif estt fiable ou non. Faut-il supprimer ou alléger les A.R.S. ?

Ne faudrait-il pas supprimer Pôle Emploi, largement moins performant que des plateformes numériques comme Linkedin ou le Bon Coin pour mettre en relation employeurs et demandeurs d’emploi ? Éliminons cette graisse bureaucratique responsable du mauvais cholestérol de la France.

Baser la réussite de l’après Covid-19 sur la croissance plus que sur l’impôt et le recul des prestations est salutaire. Reste à confirmer les bonnes intentions et à les traduire en actes. La complexité effarante des guides « pratiques » et autres horripilants modes d’emploi du déconfinement, secteur par secteur d’activité, montrent plutôt un surcroît d’emprise de l’Etat. La confiance dans les acteurs économiques, on en est loin !

A terme, on ne pourra échapper à une réforme en profondeur de l’État et de toute l’organisation du secteur public. Mais entre la sclérose actuelle et la gouvernance idéale, il y a une marge si gigantesque qu’aucun jour ne doit être perdu.

Au travail, messieurs les président et ministres.

Michel Taube

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Directeur de la publication