Edito
06H09 - mercredi 29 avril 2020

Le discours de déconfinement d’Edouard Philippe : « Je vous demande de rester confinés ! ». L’édito de Michel Taube

 

Edouard Philippe et le couple présidentiel font-ils confiance aux Français ?

« Je le dis aux Français, si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai »…. Faute de «vertu », les Français se verront donc infliger une double peine : des dizaines de milliers de morts et une vie économique et sociale durablement mise à terre.

Hier à l’Assemblée Nationale, une fois de plus, Edouard Philippe avait des allures de maître d’école donnant des leçons de morale aux Français à travers leurs députés. Un appel positif, optimiste, résolu à la mobilisation générale eut été bien plus efficace sur le mode : « j’ai confiance en vous » !

Nous attendions un plan de déconfinement. Nous avons eu un plan de desserrement conditionnel d’une France toujours confinée… et pour longtemps moralement. Avec des mesures contradictoires, décalées, complexes qui font échouer l’essentiel du message : l’appel à la responsabilité individuelle et à cette mobilisation générale.

A ce jour, le bilan économique et sanitaire de la France est l’un des pires de la planète. L’Allemagne fait cinq fois plus de tests que la France et elle compte au moins cinq fois moins de morts que nous. Et son économie redémarre. Ceci est une réalité implacable qui entame la crédibilité du gouvernement. Les députés ne s’y sont pas trompés, puisque hors LREM, certes largement majoritaire à l’Assemblée, aucun autre parti ne lui a accordé sa confiance.

Le cap du déconfinement est-il clairement fixé ? Hier, les enfants étaient les principaux vecteurs de transmission du Covid-19. Aujourd’hui, ils ne le sont plus. Pourtant, la réouverture des écoles sera progressive et territorialisée. Hier, porter un masque dans un métro bondé était inutile, dixit le conseil scientifique. Demain, il sera obligatoire. Il suffisait pourtant de prendre exemple sur l’Asie et de comprendre que se protéger les voies respiratoires relève de la logique la plus élémentaire. Hier les personnes âgées devaient rester confinées après le 11 mai. Aujourd’hui, elles ne le sont plus… C’est un peu beaucoup pour mériter la confiance, pourtant indispensable à la réussite du déconfinement.

Revenons sur la menace de report du déconfinement : Edouard Philippe affirme devant les députés que si nous ne sommes pas disciplinés, de sorte que quelques jours avant le 11 mai, les indicateurs sanitaires seraient mauvais, il n’hésiterait pas à ajourner la sortie du déconfinement. Cela peut effectivement se concevoir, mais il eut été plus honnête d’ajouter que d’autres motifs pourraient y conduire : l’incapacité à fournir des tests (700.000 par semaine annoncés pour le 11 mai) et des masques en quantité suffisante, d’organiser l’incroyable usine à gaz qui devra être mise en place dans les transports, en particulier en Ile de France, de mettre en œuvre la logistique de l’isolation des personnes infectées…

Alors qu’ailleurs on déconfine quand on s’estime prêt, la France le fait à jour fixe, dans la crainte d’un effondrement économique. Et cela, en préparant les Français à retarder le début du déconfinement en leur en faisant porter la responsabilité.

Le déconfinement n’est donc pas forcément pour le 11 mai, en tout cas pas partout. Les déplacements non impérieux ou non professionnels de plus de 100 kilomètres resteront interdits. Dans la meilleure hypothèse, le gouvernement déterminera le 7 mai quels sont les départements verts et lesquels restent en rouges, avec notamment leurs habitants toujours privés de parcs et jardins. Pour la suite, on avisera toutes les trois semaines.

On se demande aussi jusqu’à quand les rassemblements publics (donc les manifestations) de plus de dix personnes seront interdits. Aussi interdits sans doute, que celles des gilets jaunes et des blackblocs !

Quant aux restaurants, nous en avons abondamment parlé dans nos colonnes : nous maintenons qu’il eut mieux valu rouvrir tous les établissements de petite taille où il est aisé de faire respecter les gestes-barrière et la distribution massive des masques.

Tout n’est pas négatif dans les annonces du Premier ministre, notamment sur le plan économique, trop dérisoire par rapport à la crise qui s’annonce : prolongation du télétravail (mais pourquoi seulement pour trois semaines, alors qu’il devrait devenir un mode habituel), horaires décalés pour étaler les flux dans les transports et éviter la concentration sur le lieu de travail, maintien du chômage partiel jusqu’au 1er juin, soutien aux secteurs qui resteront fermés, comme le tourisme. Mais personne ne pense sérieusement que ces mesures suffiront à empêcher une catastrophe économique et sociale, surtout si l’épidémie reprend en juin.

 

C’en est donc fini de cette union sacrée qui n’a jamais eu lieu…

Les interventions des députés suivant le discours d’Edouard Philippe furent sans surprise, même si l’on peut regretter que LR, bien défendu par Damien Abad, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Nationale, s’abstienne, une position rarement pertinente en matière politique. La gauche républicaine glisse de plus en plus vers l’extrême gauche avec son discours de type lutte des classes. Elle semble obsédée par la perspective d’une application de traçage, pas loin de laisser entendre que le Covid-19 serait un prétexte pour instaurer une surveillance généralisée des Français. Depuis la déculotté électorale de 2017, cette gauche s’enfonce dans un dogmatisme obtus qui lui fait refuser par principe une solution juridiquement sécurisé et contrôlable, qui pourrait sauver de nombreuses vies. L’Europe, à défaut de bâtir un Gafa, n’a-t-elle pas su inventer le RGPD ?

Enfin, nous y reviendrons demain, le discours d’Edouard Philippe apporte à bien des égards un démenti à plusieurs des annonces d’Emmanuel Macron le 13 avril : le en même temps macronien tourne de plus en plus aux injonctions paradoxales. Le binôme exécutif semble se fatiguer à la tête de l’Etat, logique inhérente à la Vème République.

A une époque, un autre Edouard s’était fait remarquer en disant à ses troupes : « je vous demande de vous taire ! ». Hier notre Edouard du moment, c’était du : « Je vous demande de rester confinés ! ». Pour un plan de déconfinement, on attendait meilleure meilleure inspiration pour sonner la mobilisation générale !

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

Directeur de la publication

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