Edito
08H53 - mardi 28 avril 2020

« Un bon p’tit resto ou une coupe de cheveux ? Prenons rendez-vous ! » Le plan d’Opinion Internationale pour un déconfinement réussi. L’édito de Michel Taube

 

Ce sera tout ou rien. Un vote de confiance plus qu’une délibération collective sur un vrai plan d’action pour réussir le déconfinement. La représentation nationale aura donc une heure pour voter ou rejeter le plan que présentera Edouard Philippe à 15h aujourd’hui à l’Assemblée Nationale. L’exécutif a donc décidé de politiser le dévoilement d’une politique dont dépendra le sort de toute une nation dans les mois qui viennent.

Le déconfinement. On y est presque. Emmanuel Macron l’a annoncé aux Français presque un mois à l’avance, comme on promet à un prisonnier une remise de peine pour s’assurer de son calme dans sa cellule de prison.

En annonçant devant 38 millions de téléspectateurs que le le 11 mai marquerait le début du déconfinement, l’exécutif na-t-il pas mis la charrue avant les bœufs en annonçant des mesures très générales, très vite contestées puis retirées comme les 18 millions de personnes fragiles maintenues à résidence puis « libérées » et la polémique sur le retour en classe des élèves. Cacophonie de l’exécutif alors qu’en Italie le chef du gouvernement a attendu ce dimanche pour dévoiler un plan de déconfinement précis opérationnel une semaine plus tard, c’est-à-dire dès le 4 mai.

Saluons, au passage l’initiative de LR (enfin une force politique fait des propositions !), présentant un plan de déconfinement décliné en cinquante propositions, avec le souci de privilégier la reprise économique sans l’opposer à la santé. Perdre le combat sanitaire conduirait à un désastre économique. Et réciproquement. On a trop opposé le sanitaire et l’économique là où nous sommes en train de perdre sur les deux tableaux. Edouard Philippe aura-t-il lu ce plan de la droite pour préparer sa copie avec son chef d’orchestre Jean Castex, lui-même membre de LR et maire de Prades ?

Réussir le déconfinement, c’est réussir deux challenges : permettre la reprise du travail, clé de voûte de la reprise économique, et réduire les risques d’une seconde vague de contamination qui conduirait à un nouveau confinement en juin ou en septembre.

Il n’y a pas 36 solutions : la stratégie de déconfinement que nous proposons implique principalement de recouvrer la liberté de mobilité à deux conditions : protéger les plus fragiles ou les plus exposés et revoir et étendre très fortement les gestes barrière, modifier nos habitudes, nos comportements, y compris au travail.

Voici quelques mesures fortes proposées à nos lecteurs…

Ce sont les régions qui décideront de la date de sortie du confinement, dans une fenêtre située entre le 11 mai et le 22 juin

Certes, la France est une et indivisible mais le Covid-19 ne l’a pas entendu de cette oreille. Chacune des 13 régions métropolitaines et des 5 régions ultramarines françaises décideront, en concertation avec les acteurs économiques et sociaux et les préfets de région, de la date à partir de laquelle tous les habitants pourront reprendre une mobilité normale.

Les seules exceptions seront notifiées par l’exécutif.

La date du 22 juin est très importante car il est impératif que les Français reprennent une vie normale et que la France se remette au travail avant l’été, sans quoi l’on perdra encore trois mois et notre pays engrangera des pertes sanitaires et économiques irréparables.

Pour rattraper un tant soit peu le choc économique du confinement brutal décidé à la mi mars, les Français, surtout les services publics, seront encouragés à réduire à un mois la durée de leurs vacances d’été. Ainsi la rentrée scolaire sera avancée au 17 août 2020.

Les maires exerceront librement leur droit de police et déclineront localement l’application des mesures concrètes de déconfinement. Ainsi ce sont les maires qui décideront de la date de retour à l’école des enfants. En outre, les polices municipales seront mobilisées pour faire respecter les gestes-barrière.

 

Tous les commerces et espaces de vie de moins de 400 mètres carrés puis de 800 rouvriront.

Selon l’idée qu’il est plus simple de faire respecter les gestes-barrière dans de petits espaces, tous les commerces et lieux de vie de moins de 400 mètres carrés au mieux à partir du 11 mai, de 800 mètres carrés au mieux à partir du 25 mai, et les plus grands à partir du 8 juin pourront rouvrir dès la date choisie par chaque région.

A partir du 1er juillet, les événements de taille plus importante comme les matchs sportifs, les congrès ou les concerts reprendront avec des jauges de public de 5000 personnes pour des capacités initiales de 20.000 personnes, afin de respecter une distanciation sanitaire. Par exemple, au stade Geoffroy Guichard de Saint-Etienne (rendons hommage au défunt Robert Herbin), pour 40.000 places, seules 10.000 personnes pourront assister à la reprise du championnat de Ligue 1 de football.

 

Développer le « sur rendez-vous »

Certains médecins organisent les consultations afin que les patients ne puissent se croiser. Il n’y a donc plus guère de salles d’attente. Cela demande un respect plus strict de la ponctualité, mais aussi la possibilité d’envoyer automatiquement un message à tous les patients en cas de nécessité de décaler les consultations, comme le fait la SNCF en cas de retard de train (elle le fait donc beaucoup !).

Le « sur rendez-vous » gagnerait à se développer dans de très nombreux secteurs, à l’image des réservations au restaurant. La prise de rendez-vous et les réservations deviendraient la règle jusqu’à la fin de l’épidémie. 110 députés de la majorité ont appelé à leur réouverture dès le 15 mai comme nous l’avions proposé dès le 17 avril. Tiens, des frondeurs chez LREM ? Le parti revit ! Nous avons appelé à celle des fleuristes dès le 1er mai mais, bien que la demande fut formulée avec des fleurs, nous n’avons pas été entendus. Le « sur rendez-vous » pourrait être un moyen de libérer le commerce sans générer de la promiscuité, et en évitant les files d’attente, même s’il ne faut pas totalement exclure l’achat spontané.

 

Des masques FFP2 pour les personnes les plus fragiles, des masques chirurgicaux dans les transports publics et des masques grand public dans toutes les sorties

Toutes les personnes de plus de 70 ans et celles qui présentent des facteurs de co-morbité ne pourront sortir sans le port d’un masque FFP2. Ces publics fragiles seront désormais prioritaires sur tout autre public. 

Pour emprunter les transports en commun (bus, tram, métro, train…), les masques chirurgicaux seront impératifs. Heureusement rendre les masques obligatoires dans les transports et autres espaces clos, en particulier les grandes surfaces, est aujourd’hui évident pour (presque) tout le monde. Mais si les masques en tissu ou les masques chirurgicaux (qu’on peut commander sur internet) peuvent faire l’affaire dans la rue, ou des espaces aménagés ou à promiscuité modérée, comme le lieu de travail, il faut avoir le courage de dire aux Français que la version grand public n’est pas suffisante dans un métro ou un bus, a fortiori aux heures de pointe. Dans cette hypothèse, l’idéal serait de porter un masque hermétique, donc de type FFP2 voire FFP3.

Comme la vie masquée risque d’être notre avenir planétaire commun pour longtemps, surtout si le Covid-19 devient saisonnier et que le vaccin n’est pas pour demain, il faut espérer qu’avec la fin (toute relative) de la pénurie dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, les Français pourront se procurer facilement tous types de masque. En attendant, il ne serait pas inutile de les informer qu’ils peuvent en commander sur internet (sans qu’ils soient réquisitionnés par les services des douanes !). N’attendons pas de l’État providence qu’il offre ces masques, mais demandons-lui de nous donner la possibilité légale de nous en procurer.

 

La prise de température sera un nouveau geste-barrière.

Il n’y aura pas de test virologique (il détermine si l’on est contaminé) pour tout le monde à la date du 11 mai. Mais comme l’a souhaité Emmanuel Macron, il faut dépister ceux qui présentent des symptômes du Covid-19. La température est un indicateur certes imparfait, mais suffisamment pertinent pour avoir été retenu dans de nombreux pays. Il ne faut qu’un instant pour la mesurer à l’entrée de tout bâtiment, en particulier les commerces, ce qui devrait être une obligation pour l’employeur. Cela peut même générer de nombreux « petits boulots » temporaires, exonérés de charges.

En Asie, des dispositifs automatiques permettent la prise de température à distance à l’entrée de tout bâtiment ou lieu accueillant du public, comme une station de métro ou une gare. Mais ce serait sans doute trop demander. Bien entendu, les fiévreux seraient immédiatement isolés, testés et confinés jusqu’au résultat, et au-delà s’ils sont positifs.

 

Le traçage avec géolocalisation GPS sera impératif

Le traçage n’est efficace que s’il est généralisé, donc obligatoire, systématique, et basé sur l’ensemble des technologies disponibles, en particulier la géolocalisation par GPS. Le but est de s’assurer que les contaminés non hospitalisés soient réellement confinés, quitte à organiser la livraison de repas et autres produits de première nécessité. Il est aussi de remonter la chaîne de contamination afin de tester toutes les personnes que le contaminé a rencontrées. Bien entendu, ce traçage, notamment mis en place en Corée du sud et en Israël, deux pays démocratiques, constitue une atteinte à la vie privée (mais le confinement de la planète n’en a-t-il pas été une acceptée par tous ?). Elle ne sera justifiée que si l’efficacité de la méthode est démontrée, qu’elle est strictement encadrée sur le plan juridique, et que le jeu en vaut la chandelle : si le traçage contribue à sauver de nombreuses vies tout en permettant à l’économie de redémarrer, il serait dommage de s’en priver au nom de principes éthiques qui peuvent être temporairement assouplis au vu des circonstances.

 

Encourager le système D et autonomiser les comportements

Aide-toi et le ciel (ou l’État) t’aidera. Le système D, les Français l’on déjà mis en œuvre en se procurant des masques ou en les confectionnant eux-mêmes, rendant d’autant plus regrettable la position initiale des pouvoirs publics qui les déclaraient inutiles.

« Do it yourself » (fais-le toi-même), diraient les Américains ! Par exemple, ce n’est pas l’État qui va désinfecter les emballages au domicile des Français. En revanche, il doit les informer que le coronavirus peut vivre plusieurs jours sur du plastique, du carton ou du verre, et que la mise en rayon des produits en magasin peut être une source de contamination. Comme le port du masque et le nettoyage des mains, la désinfection des emballages doit être intégrée aux gestes barrière.

Le système D, c’est aussi et même surtout un état d’esprit à acquérir, celui d’un peuple adulte qui cesse de tout attendre de l’État, et qui se complaît dans la seule critique lorsque le service attendu n’est pas rendu. C’est aussi un moyen de préserver notre santé et de sauver nos emplois. Cela relève de l’instinct de survie.

 

Aménager les conditions de travail

Exemple : le Conseil scientifique préconise la désinfection des salles de classe après chaque cours. Cette tâche est effectuée hebdomadairement par des agents du conseil départemental dans les collèges. Certains syndicats d’enseignants exigent davantage de personnel, laissant même planer la menace de grève ou d’exercice du droit de retrait, s’il n’était fait droit à leur requête. Les enseignants, qui jouissent de la garantie de l’emploi, alors que s’annonce une flambée des faillites et donc du chômage, s’honoreraient en acceptant de sortir la serpillère, les chiffons et les gants pour désinfecter eux-mêmes leurs salles de classe, éventuellement avec l’aide des élèves à partir du collège, sans que les syndicats de parents ou d’enseignants ne crient à l’esclavage des enfants. Nettoyer, désinfecter, nettoyer deviendra un apprentissage de la vie civique !

L’usage du gel hydroalcoolique (déjà imposé à l’entrée de certaines grandes surfaces), la désinfection des locaux et des surfaces et objets que les salariés, les usagers ou les clients touchent (comme les charriots de supermarché) est également à systématiser.

Les aménagements doivent aussi être encouragés dans les entreprises, employeurs comme salariés pouvant en prendre l’initiative. Aménagement des locaux, de l’organisation et même du temps de travail, seront développés. Ce qui importe, c’est que le droit n’y fasse pas obstacle (voir ci-dessous) pas davantage que les syndicats. On se souviendra par exemple que la CGT a fait interdire l’ouverture de magasins le dimanche, contre la volonté majoritaire des salariés.

Ce sont les Fédérations professionnelles en relation avec les syndicats qui, par secteur d’activité, définiront les cahiers des charges opérationnels pour faire respecter les gestes-barrière et l’organisation la distanciation sociale entre collaborateurs et clients. 

 

Lever les barrières administratives et prioriser le télétravail et la formation à distance

Le télétravail a été simplifié, mais il doit désormais être généralisé durablement en devenant une modalité de travail à part entière, au choix du salarié, dès lors que cela ne nuit pas au bon fonctionnement de l’entreprise.

La plupart des tâches faites sur ordinateur peuvent l’être indifféremment sur le lieu de travail ou à distance, grâce à un réseau sécurisé (c’est un jeu d’enfant de sécuriser la liaison entreprise-domicile du salarié par un VPN au coût dérisoire). Tant que perdurera la crise sanitaire, l’employeur doit pouvoir imposer le télétravail à temps complet.

Travailler à distance peut également concerner l’éducation et la formation continue. Là aussi, le carcan règlementaire doit être desserré, en particulier s’agissant de formations que l’employeur souhaite mettre en place pour ses salariés.

Les services publics peuvent aussi bénéficier du télétravail. Nous avions consacré un article au scandale – le mot n’est pas trop fort – d’une justice qui quasiment à l’arrêt durant tout le confinement, alors que le Conseil d’État a lui-même organisé des audiences… par Skype.

 

Bien sûr, le volet économique et l’aide aux entreprises

Toutes les mesures visant à prolonger autant que nécessaire le chômage partiel ou à effacer les contributions obligatoires des PME et TPE sont de nature à relancer l’économie, ou du moins à limiter les fermetures d’entreprises, même si le gouvernement devra bien expliquer qui paiera, ou nous dire si un effacement mondial des dettes publiques (la France seule, voire l’EU, ne peut se payer ce luxe) est envisageable.

L’investissement dans les nouvelles technologies (télémédecine et e santé, développement durable…) doit aussi être relancé, au niveau européen et national, afin de permettre un retour durable de la croissance.

 

Le déconfinement est le bon moment pour lancer la nécessaire réforme de l’État, des services publics et de la Vème République

Le gouvernement se targue d’avoir gagné la bataille du confinement. Avec une économie à l’arrêt et des dizaines de milliers de morts, malgré des services de réanimation qui n’auraient pas été saturés, le triomphe pourrait être plus modeste. Cafouillages, tutelle administrative pléthorique, gangrénée et coupée des réalités ont aussi caractérisé le confinement à la française.

Plus que la réforme des retraites, qui n’a été qu’une broutille dans les autres pays de l’OCDE (pas de crise sociale), rendre l’État et l’ensemble de la sphère publique enfin efficace est une nécessité vitale. Le déconfinement peut en être l’opportunité historique. Cette réforme de l’Etat n’en est-elle pas la condition ?

Si le secteur public continue à absorber 56 % de la richesse nationale, le contribuable a droit, en échange, à des hôpitaux, des écoles, des tribunaux, etc. qui fonctionnent infiniment mieux que ce que l’on constate aujourd’hui. Il devrait même être possible de réduire cette proportion pour la ramener au niveau des autres pays européens, soit sous les 50 %, tout en améliorant le service public (qui est avant tout un service au public).

Cela suppose la refonte totale de l’organisation administrative, la réduction du nombre d’élus, la suppression de plusieurs échelons administratifs, la simplification des procédures… Plus d’un tiers des agents de l’APHP – Hôpitaux de Paris seraient des administratifs. Cela ne peut durer. Il n’y a pas trop de fonctionnaires en France, mais ils sont fort mal répartis. Trop de brasseurs de papier, et finalement, de vent, et pas assez de fonctionnaires de terrain, eux-mêmes parfois accaparés par des tâches administratives comme nos chers policiers.

Le volet institutionnel exige aussi une refondation complète de notre République. La crise du coronavirus a aussi montré les avanies de la Vème République. Tout ne peut plus dépendre d’un seul homme. Or à nouveau notre sort collectif n’a dépendu que d’un ! Une République décentralisée à la gouvernance plus collective devra accoucher de cette crise profonde de la Vè République.

 

Jean Castex, ministre du déconfinement

Un ministre du déconfinement sera nommé en la personne de Jean Castex. Haut fonctionnaire et élu local, chargé de la préparation des Jeux olympiques de Paris 2024, il sera chargé pendant un an de mobiliser tous les moyens et toutes les énergies pour réussir le déconfinement de la France.

Les points mentionnés ci-dessus ne sont pas une liste exhaustive. Ce sont quelques propositions concrètes pour un déconfinement économiquement et sanitairement efficace.

Libérer les énergies, protéger notre santé, ce plan relancera la France des réformes et accélèrera la conversion accélérée de notre pays à la modernité.

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication