La chronique de Michel Scarbonchi
11H23 - dimanche 1 mars 2020

Domingos Simoes Peirera : « la Guinée-Bissau doit avoir un président légitime »

 

L’un des deux candidats du second tour de l’élection présidentielle en Guinée-Bissau a accordé un entretien à Michel Scarbonchi pour Opinion Internationale, juste avant de repartir dans son pays où la Commission électorale nationale et la Cour Suprême l’avaient convoqué ainsi que son opposant Elambo.

Ce dernier avait été déclaré vainqueur par la CEN, au terme, pourtant, d’une élection fortement contestée par le parti majoritaire à l’Assemblée. Une fraude massive dans 50 % des 4800 districts électoraux a pourtant été prouvée, un recomptage des procès-verbaux étant devenu indispensable pour désigner le vainqueur de l’élection. Le 27 février, dans l’hôtel Azalay de Bissau, Umaro Sissoco Embalo s’est donc fait introniser Président de la République par le vice-président de l’Assemblée Nationale.

Ce « coup d’État constitutionnel » ouvre une crise politique grave dans un pays qui, grâce à cette élection, croyait être enfin sorti de cinq années de conflits politiciens qui ont retardé le développement de cette ancienne colonie portugaise. A la lumière de ces évènements récents l’interview du Président du PAIGC,Domingos Simoes Peirera, donne un écho plus sensible à cette crise politique.

 

Opinion Internationale : comment sortir de l’impasse électorale que connaît votre pays ?

Domingos Simoes Peirera : En respectant simplement le droit. Il y a toujours un chemin en démocratie, c’est celui du droit. Nous avons des institutions, notamment une commission électorale, une Assemblée nationale et surtout une Cour Suprême, la seule habilitée, en dernier ressort, à dire le droit. Ceux qui ne respectent pas la loi de nos institutions se mettent en marge de la République.

 

Votre adversaire Embalo prétend se faire investir le 27 février, chef de l’État, qu’en pensez-vous ?

Seuls les juges membres de la Cour Suprême ont le pouvoir de dire qui est le vainqueur de l’élection présidentielle comme ils peuvent décider d’annuler le second tour de cette élection entachée de fraudes à hauteur de 20 % des votants !

Nous faisons face à un « hold-up » électoral réalisé avec la complicité de la Commission électorale, laquelle, à ce jour, refuse de se plier aux injonctions de la Cour Suprême.

Si mon concurrent se contente de cette investiture frauduleuse, il commet « un coup d’État constitutionnel », il se met « hors la loi » de la République et devra en assumer toutes les conséquences devant notre peuple et les droits et devoirs de notre Constitution.

 

Beaucoup d’experts parlent de l’activisme d’un pays, le Sénégal, dans le processus électoral de votre pays. Y croyez-vous ?

J’ai pris connaissance de ces rumeurs. Je connais le Président Macky Sall pour qui j’ai beaucoup de respect. Je ne veux pas croire à une « ingérence » d’un pays frère dans notre élection car, nous autresAafricains sommes très attachés à la « souveraineté » des États.

Nous avons besoin d’une politique de coopération positive entre nos deux pays, profitables à nos peuples. Je laisse à ceux qui se feraient instrumentaliser, la responsabilité de leurs trahisons de nos combats et idéaux nationaux.

 

Vous êtes membres de la CEDEAO. Souhaitez-vous un rapprochement avec la France ?

Nous avons jusqu’à présent vécu à la périphérie de la CEDEAO et nous souhaitons nous y investir plus encore. Nous sommes pour la CEDEAO et l’UEMOA liés à l’économie française comme toute la sous-région. Je souhaite que mon pays renforce ses relations avec la France, pays et démocratie pour lesquels nous avons respect et admiration.

 

Vous êtes voisin du Sahel, région en guerre contre l’islamisme radical. Craignez-vous que votre pays soit touché lui aussi ?

Nul n’est à l’abri de cette contagion en Afrique de l’Ouest. Je considère qu’au-delà de l’action militaire nécessaire et coordonnée entre les différents pays dans le cadre du G5 Sahel, auquel nous sommes prêts à apporter notre contribution, la véritable action pour lutter contre ce fléau, c’est la lutte contre la pauvreté. C’est la pauvreté qui fragilise nos démocraties naissantes et nourrit cette radicalisation de l’islam.

Durant toute ma campagne électorale, je n’ai cessé de rappeler la concorde et la bienveillance indispensables entre les religions et entre les personnes qui permettent à un peuple de vivre en harmonie et de relever les défis de l’avenir.

Propos recueillis par Michel Scarbonchi

Ancien député européen